(QUÉBEC) L’entente conclue entre la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et le gouvernement Legault réduit l’enveloppe de rémunération des médecins spécialistes de 1,6 milliard sur quatre ans. Cette somme est confiée à un nouveau groupe de travail, l’Institut de la pertinence, qui le réinvestira dans le réseau de la santé en médecine spécialisée pour améliorer l’accès aux soins.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

En campagne électorale, la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault avait promis de récupérer dans l’enveloppe de rémunération des médecins spécialistes 1 milliard de dollars dès l’an un de son mandat. Une fois élu, le premier ministre avait plutôt visé que les revenus des médecins spécialistes soient inférieurs à 9% de la moyenne de leurs homologues canadiens, comme c’est le cas pour les autres professionnels québécois.

L’entente qui lie désormais la FMSQ à Québec jusqu’au 31 mars 2023 n’atteint pas ces deux promesses. À Québec, on justifie que différentes études mises à jour ont changé les données utilisées pour comparer les revenus des médecins spécialistes du Québec et d’ailleurs au pays.

« On a fait toute cette évolution dans la dernière année dans un esprit de partenaire. Je pense que le climat conflictuel qui prévalait avant n’était pas gagnant pour personne », a souligné mercredi le président du Conseil du trésor, Christian Dubé.

« Le gouvernement a forcé le jeu en imposant la renégociation d’une entente dument négociée, dument signée, valide jusqu’en 2023. Nous aurions pu nous braquer, mais nous avons choisi la voie de la collaboration », a souligné Diane Francoeur, présidente de la FMSQ.

Au final, en 2022-2023, l’enveloppe de rémunération des médecins spécialistes sera réduite de 560,2 millions. Avant cela, les économies consenties seront de 148,3 millions en 2019-2020, de 280,7 millions l’année suivante et de 403,4 millions en 2021-2022.

En tout, pour l’ensemble de ces quatre années, les économies récurrentes réalisées dégagent près de 1,4 milliard de l’enveloppe de rémunération des médecins spécialistes. Il faut ajouter à cela des économies non récurrentes qui font passer cette somme à 1,6 milliard.

« Nous tournons la page sur des années de débats pénibles autour de la rémunération des médecins spécialistes. La chicane est finie et nous n’en voulons plus », a dit Mme Francoeur, mercredi.

Un nouvel Institut

Un nouveau groupe de travail, l’Institut de la pertinence (qui sera composé de quatre membres de la FMSQ, de quatre membres du gouvernement et de deux représentants du public), aura le mandat de réinvestir ce 1,6 milliard en médecine spécialisée, notamment en ajoutant du personnel infirmier dans les blocs opératoires ou en formant des employés qui travaillent dans les soins intensifs ou en cancérologie.

Ce nouvel Institut aura également le mandat d’examiner la pertinence de certains actes médicaux, d’éliminer ceux qui ne sont pas pertinents et d’abolir certaines primes. Ses décisions seront finales. L’Institut révisera aussi les tarifs de certains actes médicaux « avec le consentement de la FMSQ », précise-t-on.

« Le fait que les médecins spécialistes ont accepté de faire cette entente nous permet, à tous, (…) d’attaquer le problème de la pertinence ensemble. Pour moi, c’est une révolution. Lorsqu’on aura 3 ans derrière la cravate, en 2023, nous serons mieux placés, le gouvernement et les spécialistes, pour reconduire une autre entente », a dit M. Dubé, mercredi.

« Présentement, nos délais sont beaucoup trop grands. On a des structures de prises de rendez-vous complètement archaïques. L’Institut de la pertinence va se poser des questions sur les gestes médicaux, sur les visites médicales, sur comment on voit les patients et comment on pourrait être plus optimal », a ajouté Mme Francoeur.

Les spécialistes gagneront-ils moins ?

Mais réduire à terme de façon récurrente l’enveloppe de rémunération des médecins spécialistes de 560,2 millions diminuera-t-il la moyenne de rémunération des médecins spécialistes ? Pas nécessairement, a expliqué Mme Francoeur.

« Tout dépend de ce qui va arriver d’ici 2023. Si, en 2022, on trouvait par exemple un nouveau traitement contre le cancer et que soudainement, tous les Québécois qui ont un deuxième ou un troisième cancer devenaient éligibles, si on soigne plus de gens, les médecins qui vont travailler sont payés à l’acte », a expliqué la présidente de la FMSQ.

L’entente entre la FMSQ et Québec sera officiellement publiée mardi prochain, le 17 décembre, sur les sites internet du gouvernement et de la fédération médicale. Mais déjà par voie de communiqué, mercredi, les partis d’opposition ont vivement critiqué son contenu.

« La création d’un Institut de la pertinence prévue dans la nouvelle entente entre la Coalition Avenir Québec (CAQ) et la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) n’est qu’un moyen de détourner l’attention de l’enjeu réel soit la rémunération des médecins. L’entente dévoilée aujourd’hui par le gouvernement et la FMSQ ne réduira pas de manière significative le revenu des médecins ce à quoi s’était pourtant engagé le premier ministre François Legault », a dénoncé le Parti libéral du Québec (PLQ).

« Si on veut réduire les actes superflus, j’ai une solution pertinente qui ne requiert pas de nouvel Institut de la pertinence : revoir la rémunération des médecins spécialistes en diminuant significativement la part de la rémunération à l’acte. L’entente ne prévoit rien pour s’attaquer à cette question charnière », a également écrit Québec solidaire (QS).