Si le recours à la punition corporelle est en baisse, la question de la maltraitance d’enfants est toujours d’« une immense importance », insistent les directeurs régionaux de santé publique du Québec.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Dans un témoignage conjoint mardi à la Commission spéciale sur la protection de la jeunesse, trois directeurs de la santé publique ont aussi rappelé que la prévention demeure l’enfant pauvre en santé.  

Pour illustrer son propos, le docteur Alain Poirier, directeur de la santé publique en Estrie, a raconté cette anecdote.

Il y a dix ans, le gouvernement investissait 30 millions pour améliorer l’accès à la chirurgie bariatrique destinée aux obèses morbides, alors qu’à peu près aucune somme n’avait été investie à l’époque pour prévenir l’obésité.

Et ça, 30 millions, c’est aussi cinq millions de plus que ce qui a été consacré en 2016 à toute la politique gouvernementale en prévention en santé qui contenait pas moins de 28 mesures, de 15 ministères différents. Ça fait peu d’argent pour chacune, déplore le docteur Poirier. « On peut faire mieux. »

La plus récente enquête (Clément et al, 2019) révèle que dans les 12 mois précédents, près de la moitié des enfants ont été victimes d’agression psychologique de manière répétée, 7 % ont subi de la violence physique mineure, tandis que 0,6 % ont vécu de la violence sévère à au moins trois reprises.

Cela fait beaucoup d’enfants pour lesquels il manque de ressources.

Les enfants doivent être aidés, leurs parents aussi, de maintes façons.

« Les programmes de soutien aux parents qui visent la modification des attitudes, des habiletés (parentales) et des comportements individuels ne sont pas suffisants et doivent être combinés à des actions sur les conditions de vie des familles », peut-on lire dans le mémoire des directeurs de santé publique.

« Concrètement, cela peut prendre la forme de mesures fiscales destinées aux familles, de services de garde éducatifs de qualité, de logements sains et abordables », etc.

En entrevue, le docteur Poirier fait observer qu’il faut insister sur les familles défavorisées, mais sans oublier les autres.  

En gros, à l’heure actuelle, 30 % des enfants entrent à la maternelle avec un retard (intellectuel, social ou autre). « Ces 30 % ne sont pas tous issues de familles démunies », rappelle-t-il.

Des parents qui ont un problème d’alcool ou un problème de santé mentale peuvent tout aussi bien être issus de milieux très favorisés, fait remarquer le docteur Poirier.

Les transformations du système de santé ces dernières années « ont perturbé et même freiné » certaines belles choses qui se faisaient au Québec en matière de prévention, est-il écrit dans le mémoire.   

Il faut y revenir. Le docteur Poirier comprend que les gouvernements aient la réflexion « d’éteindre les feux les plus pressants, comme des pompiers ».

« Mais il faut que les décideurs aient le courage d’agir en amont. »

Les médecins en santé publique ont certes beaucoup de leviers pour alerter la population de problèmes majeurs, mais pour agir sur le terrain, il leur en manque. « On n’est pas des ministres des Finances, on n’est pas au cabinet des ministres. »

La bonne nouvelle, selon le docteur Poirier : le gouvernement actuel « a vraiment l’air d’avoir à cœur le développement des tout-petits ».