Le ministère de la Sécurité publique et celui des Finances sont aux prises avec des taux de plomb dans l’eau potable qui dépassent les normes, révèlent des documents que La Presse a obtenus.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

L’eau potable de l’Établissement de détention Leclerc « présente un profil chimique anormal », révèle un rapport d’analyse produit pour le gouvernement québécois, dont les recommandations ont été caviardées.

Le centre carcéral provincial pour femmes situé à Laval affiche des taux de plomb, de cuivre et de fer supérieurs aux valeurs de référence du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

L’Établissement de détention Leclerc, à Laval

Le document, daté de janvier 2018, que La Presse a obtenu en invoquant la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, a été préparé par la firme Enviro-Option, à la demande de la Société québécoise des infrastructures (SIQ), l’organisation qui gère le parc immobilier des ministères et organismes du gouvernement.

Sept des 40 échantillons prélevés par la firme dépassaient la norme de 10 microgrammes par litre (µg/L).

Or, Québec a resserré cette norme à 5 µg/L cet automne, dans la foulée de la crise du plomb dans l’eau des écoles du Québec.

Selon ce nouveau barème, huit échantillons d’eau de la prison Leclerc dépassent les concentrations maximales de plomb dans l’eau.

Les analyses ont également montré que le taux de cuivre dans l’eau était supérieur à la norme dans sept échantillons et que le taux de fer était supérieur à la norme dans un échantillon.

Les analyses n’ont pas détecté la présence de manganèse dans l’eau de la prison, qui est alimentée par le réseau de distribution d’eau de la Ville de Laval.

La totalité des recommandations du rapport a été caviardée par la SQI.

CAPTURE D’ÉCRAN

Le rapport de la firme Enviro-Option a été entièrement caviardé.

« Les recommandations des spécialistes étaient à l’effet d’effectuer une purge dans la tuyauterie [et] une fois cette action réalisée, les résultats d’analyse étaient inférieurs aux valeurs de référence », a déclaré à La Presse Martin Roy, porte-parole de la SQI, sans fournir de résultats d’analyse pour étayer cette affirmation.

Même après une purge, un secteur de la prison continue d’afficher des « valeurs supérieures aux normes prescrites », ajoute M. Roy, affirmant qu’il s’agit « d’un secteur peu occupé » et qu’en attendant qu’une solution soit trouvée, « de l’eau potable en quantité suffisante est fournie ».

Le centre de détention Leclerc est sous la responsabilité de la SQI depuis 2014 ; il relevait auparavant du gouvernement fédéral.

Aussi dans le Vieux-Québec

Les taux de plomb et de cuivre dans l’eau dépassent aussi les normes à l’édifice Gérard-D.-Lévesque du ministère des Finances, dans le Vieux-Québec, révèle un autre rapport que La Presse a obtenu.

Le prestigieux bâtiment de style Second Empire, construit entre 1883 et 1887, a d’abord abrité le palais de justice de Québec.

PHOTO DIDIER DEBUSSCHERE, ARCHIVES LE SOLEIL

L’édifice Gérard-D.-Lévesque du ministère des Finances, dans le Vieux-Québec

C’est la firme Genecor qui a été chargée d’« identifier les sources de contamination présentes dans le réseau d’eau domestique et d’identifier les interventions correctives requises », indique le rapport daté du 10 août 2018.

Elle a prélevé 90 échantillons en mai 2018 à l’entrée d’eau principale de l’édifice et aux 17 fontaines qu’il compte.

Quatre des cinq échantillons prélevés à l’entrée principale affichaient un taux de plomb supérieur à la norme de l’époque, ainsi que les échantillons de trois fontaines.

En juin 2018, 25 échantillons supplémentaires ont été prélevés ; cette fois, les cinq échantillons de l’entrée principale dépassaient la norme pour le plomb, ce qui amène le rapport à mettre en cause « une mauvaise qualité de l’étain utilisé pour les soudures lors des travaux de réfection [de l’entrée d’eau principale] ».

Les lignes suivantes du rapport ont été caviardées.

Puisque les résultats d’analyse des 90 échantillons n’ont pas été transmis à La Presse, il est impossible de savoir combien d’échantillons présentaient un taux de plomb supérieur à la nouvelle norme de 5 µg/L.

Le rapport révèle aussi des taux de cuivre supérieurs à la norme pour au moins trois fontaines.

La SQI dit avoir découvert le problème « au début de 2018, à la suite d’un constat quant au goût de l’eau dans un secteur [du bâtiment] », explique Martin Roy.

Un « projet majeur » de réfection de l’immeuble Gérard-D.-Lévesque étant sur le point de commencer — le déménagement des occupants de l’immeuble est d’ailleurs en cours —, la SQI a opté pour l’installation de distributrices d’eau comme solution temporaire.

« La correction définitive de la problématique d’eau fait évidemment partie des interventions qui seront réalisées dans l’immeuble », assure le porte-parole.

La SQI dit avoir agi « de façon transparente » dans les deux cas de contamination que La Presse a découverts, assurant avoir pris « toutes les mesures requises pour assurer la santé et la sécurité des clients occupants [de ces] immeubles ».

— Avec la collaboration de William Leclerc