Si les ordres professionnels ont des pouvoirs importants à l’égard de leurs membres, ils ont très peu de leviers contre des organisations qui peuvent être à la source de violations des codes de déontologie, fait observer Me Marco Laverdière, professeur et chercheur en droit et politiques de la santé.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

La lettre signée par 192 professeurs d’université, médecins et chercheurs et publiée dans La Presse jeudi a suscité de nombreuses réactions. Dans cette lettre, les signataires dénoncent l’omerta dans un réseau de la santé qui, disent-ils, s’incarne de nos jours dans une logique de type industrielle peu compatible avec des soins de qualité. Ils demandent aussi aux ordres professionnels de sortir « de leur réserve habituelle ».

Or, signale Me Laverdière, comme l’a démontré la commission Charbonneau, « l’Ordre des ingénieurs ne disposait pas de pouvoirs suffisants pour contrer des pratiques contraires à la déontologie professionnelle au sein de certaines des firmes de génie ».

« Cela vaut également pour les ordres professionnels du secteur de la santé à l’égard des organisations de soins », dit-il.

Culture Lean

Camil Villeneuve, propriétaire d’une entreprise spécialisée en organisation du travail, a quant à lui souligné que les signataires avaient bien relevé les effets pervers de l’organisation industrielle des soins actuellement en place, mais a soutenu que la méthode Lean (gestion sans gaspillage) n’était pas en cause. « Une méthode Lean bien mise en application mettrait, elle, le patient au cœur des priorités », a-t-il dit.

La culture Lean est par exemple utilisée à l’Hôpital général juif, qui a réussi à réduire ses temps d’attente aux urgences.

La sortie des 192 signataires a par ailleurs rebondi à l’Assemblée nationale, où le député de Québec solidaire Sol Zanetti a tenté sans succès de faire adopter une motion qui reconnaîtrait que « la culture de représailles et l’intimidation exercée par certains gestionnaires du réseau de la santé sont néfastes pour les travailleurs et les travailleuses ainsi que pour la santé de la population du Québec ».