Pour la première fois au Québec, une maladie professionnelle attribuable à l’amiante vient d’être identifiée chez une coiffeuse. La patiente atteinte d’un mésothéliome a été exposée à l’amiante contenu dans les sèche-cheveux des années 70 et 80, a découvert le Dr Louis Patry, responsable de la Clinique de médecine du travail et de l’environnement du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

L’historique de la patiente de 71 ans, dont l’identité est gardée confidentielle, ne montrait aucune exposition connue à l’amiante. Sachant qu’environ 80 % des cas de mésothéliome sont reliés à des causes professionnelles, le Dr Patry s’est interrogé. « Qu’est-ce qu’une coiffeuse utilise régulièrement, tous les jours ? Un séchoir. On formule une hypothèse et on s’aperçoit que, selon la littérature, il y avait de l’amiante dans les sèche-cheveux jusqu’au début des années 80. »

Quelque 90 % des fabricants de sèche-cheveux utilisaient l’amiante comme isolant dans les années 70 et au début des années 80, signalait l’International Journal of Occupational and Environmental Health en 2015.

Et une recherche italienne publiée en 2012 a examiné une trentaine de diagnostics de mésothéliome dans le domaine de la coiffure. Chez plus de la moitié de ces patients, le sèche-cheveux a été identifié comme la source probable, et parfois même l’unique source, d’exposition à l’amiante.

Première 

Au Québec, c’est une première. La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail confirme n’avoir jamais reçu de demande d’indemnisation pour un mésothéliome associé à l’usage d’un sèche-cheveux.

On ne peut évidemment pas affirmer avec certitude que le mésothéliome de cette ex-coiffeuse a été causé par son outil de travail. Mais le risque posé par les fibres d’amiante libérées par les sèche-cheveux de cette époque est considéré plus grand pour les coiffeurs que pour les particuliers, en raison de l’usage intensif qu’ils faisaient de leur appareil.

La personne nous a dit : “J’ai presque toujours mon séchoir dans les mains.” Il est toujours à portée des voies respiratoires. Il pousse l’air et, éventuellement, l’amiante se désagrège.

Le Dr Louis Patry

Il en parlera jeudi aux Journées annuelles de santé publique, lors de sa conférence sur les cas de mésothéliome étudiés par la Clinique de médecine du travail du CHUM.

Le mésothéliome est un cancer foudroyant qui s’attaque le plus souvent à la plèvre et au péritoine. La majorité des patients meurent dans les deux années suivant le diagnostic.

Le travail de la clinique du CHUM permet notamment d’accompagner les malades dans leur processus d’indemnisation et de mieux comprendre les facteurs ayant contribué à la maladie. Cela nécessite des entrevues détaillées, car le mésothéliome se déclare habituellement au moins 20 ans après l’exposition à l’amiante.

Sans surprise, plus du tiers des patients rencontrés depuis deux ans (11 sur 29) ont été en contact avec des fibres cancérogènes durant des travaux de construction et de rénovation. Mais certains récits sont plus étonnants.

C’est le cas d’une femme de 39 ans dont la seule exposition connue venait de petits coffrets de minerais distribués à l’école dans son enfance. Une autre patiente dans le début de la cinquantaine avait fait des cendriers en pâte d’amiante dans une activité de bricolage, là aussi à l’école.

« L’amiante était omniprésent dans nos vies. Quand j’étais jeune, mon père, médecin, en avait un morceau dans son bureau », raconte le Dr Patry.

Résistant aux très hautes températures, l’amiante a été largement utilisé dans la construction, l’industrie et la voirie durant plusieurs décennies. On en retrouve donc encore dans une foule d’endroits.