(Montréal) Des infirmières de l’urgence de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal, ont refusé d’entrer au travail samedi matin en raison du manque d’effectifs.

Ugo Giguère
La Presse canadienne

Une quinzaine de travailleuses de la santé ont procédé à un « sit-in » d’environ deux heures pour dénoncer leurs conditions de travail difficiles. Le temps supplémentaire obligatoire (TSO) et les ratios trop élevés de patients par infirmière poussent de nombreuses travailleuses de la santé à l’épuisement, dénonce leur syndicat.

Selon ce que rapporte le président du Syndicat des professionnelles en soins de l’Est-de-l’Île-de-Montréal (SPS-ESTIM), affilié à la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), les infirmières ont constaté qu’il leur manquait trois collègues au moment d’entreprendre le quart de jour, vers 7 h 45 samedi matin.

Denis Cloutier explique que ses membres ont choisi de protester en improvisant un « sit-in » à l’urgence afin de mettre de la pression sur l’employeur. Il précise que quelques-unes d’entre elles ont dû malgré tout se mettre au travail pour prendre la relève des infirmières de nuit dont certaines étaient déjà en fonction depuis 16 heures puisqu’elles œuvraient depuis le quart de soir de la veille.

Le président du SPS-ESTIM précise que ce ne sont pas les infirmières de nuit qui ont manifesté contre les heures supplémentaires qui leur étaient imposées, mais celles de jour qui protestaient en solidarité avec leurs collègues et qui dénonçaient la charge de travail qui leur incombait.

« Une infirmière a une responsabilité professionnelle, donc celles qui étaient déjà en fonction sur le quart de nuit avaient les patients à leur charge. Elles ne pouvaient donc pas spontanément cesser de travailler. Ce sont les autres qui retardent leur entrée en fonction pour mettre de la pression sur l’employeur afin qu’il trouve une solution », mentionne M. Cloutier qui dénonce la grande détresse qui accable les infirmières à l’urgence de Maisonneuve-Rosemont.

Au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, la directrice qui était de garde samedi, Lina Spagnolo, souligne que les trois infirmières absentes du travail ont invoqué des raisons de maladie à la toute dernière minute rendant leur remplacement très difficile.

« On a pu transférer quelques patients vers les unités de soins, ce qui est la trajectoire normale. Donc, c’est ce que nous avons fait pour diminuer le taux d’occupation dans la salle d’urgence », a indiqué Mme Spagnolo en insistant sur le caractère inhabituel de trois absences imprévues.

La directrice reconnaît tout de même que l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont n’échappe pas à la pénurie de main-d’œuvre qui affecte tout le réseau de la santé au Québec.

« Le recrutement, la rétention, c’est tout ça qui fait que l’on vit par moment des difficultés », mentionne-t-elle en assurant que la situation s’est résorbée rapidement et que les équipes seraient complètes sur les prochains quarts de travail.

Épidémie d’épuisement

Au sein du syndicat de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, on compterait environ 520 infirmières en situation d’invalidité sur un total de 4500 membres. Des chiffres qui effraient Denis Cloutier.

« Il y a un pourcentage normal d’arrêt de travail dans une entreprise, mais quand ça atteint des 12 %, on voit qu’il y a une détresse. Je suis sincèrement inquiet », confie celui qui réclame une intervention directe de la ministre de la Santé, Danielle McCann, afin de régler la crise qui sévit à Maisonneuve-Rosemont.

Le syndicat assure avoir tout fait ce qui était possible avec la direction du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal et que les deux parties sont à bout de solutions.

« Nous, on a été au bout de ce qui est permis de faire. Là, ça nous prend une intervention de la ministre qui nous aide à trouver des pistes de solution parce qu’il y a un épuisement », insiste M. Cloutier qui ne parle pas de solutions financières, mais de qualité de vie pour ces femmes qui sont souvent des mères de famille.

L’épuisement au cœur des négociations

Difficile de ne pas relever l’ironie, mais les travailleuses de la santé entendent mettre leur propre santé au cœur des négociations de leur prochaine convention collective nationale.

Plus tôt cette semaine, plusieurs centaines de membres de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) ont marché jusqu’aux bureaux du Conseil du trésor, à Québec, pour déposer les demandes syndicales en vue du renouvellement de la convention collective des infirmières.

En route, les membres ont scandé leur slogan « Travailler à se rendre malade, c’est terminé ». L’enjeu de l’imposition d’heures supplémentaires obligatoires se trouvera au cœur de la prochaine négociation.

Les représentantes de la FIQ et de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), respectivement Nancy Bédard et Carolle Dubé, ont fait savoir que l’amélioration des conditions de travail était directement liée à l’amélioration « de la qualité, la sécurité et l’accessibilité des soins et des services offerts à la population ».

Selon les deux organisations, qui vont négocier en front commun, le gouvernement doit comprendre que les conditions de travail sont la clé pour attirer et retenir la main-d’œuvre qui fait cruellement défaut dans le système de santé.