(Québec) Un fossé gigantesque se présente entre le gouvernement Legault et les syndicats pour le renouvellement des conventions collectives du demi-million de travailleurs de l’État. Deux syndicats de la santé réclament des augmentations salariales de 21,6 % en trois ans.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) et l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) ont déposé leurs demandes au Conseil du trésor jeudi. Ils représentent 131 000 travailleurs, dont des infirmières.

Selon leurs présidentes respectives Nancy Bédard et Carolle Dubé, « après plusieurs années de carence, il est essentiel que nos membres puissent bénéficier d’un rattrapage salarial important » et « augmenter leur pouvoir d’achat ». « C’est pourquoi nous réclamons 7,2 % d’augmentation pour chacune des trois années de la prochaine convention collective. Compte tenu des nombreux sacrifices consentis au fil du temps, on ne demande pas la lune, seulement un traitement équitable », ajoutent-elles.

Selon une source gouvernementale, « si la FIQ avait voulu se discréditer, elle n'aurait pas fait mieux. »

La FIQ et l’APTS forment une alliance dans le cadre de cette négociation. Comme La Presse l’écrivait samedi, pour la première fois depuis au moins 20  ans, les centrales syndicales sont divisées au moment de déposer leurs demandes à la table centrale de négociation du secteur public. Elles ne sont pas parvenues jusqu’ici à former le traditionnel front commun à temps pour le dépôt des demandes au Trésor, d’ici la fin octobre. Ceci dit, la FIQ a eu l’habitude de faire bande à part.

La pomme de discorde entre les centrales : la stratégie à adopter quant aux demandes salariales.

La CSN a consulté ses membres en vue de réclamer une augmentation de 3 $ l’heure pour tous la première année, puis des hausses annuelles de 3 %. Une augmentation de 3 $ représente un gain plus important pour les salariés au bas de l’échelle ou dans des métiers moins bien rémunérés.

De son côté, la CSQ a sondé ses membres en vue de demander 3 % par année et les réponses obtenues l’ont amenée à réexaminer sa position : elle réclame maintenant une hausse de 2 $ l’heure la première année, puis de 6 % en deux ans. Sa plus importante fédération, celle représentant les enseignants, réclame en plus, à la table sectorielle, une hausse de 8 % dès le 1er avril 2020 au titre de rattrapage salarial par rapport à la moyenne canadienne. La FTQ réclame aussi un « rattrapage » mais n’a pas chiffré ses demandes salariales à ce jour.

Or le premier ministre François Legault a déclaré en septembre que le demi-million de travailleurs de l’État devrait se contenter de hausses salariales limitées à l’inflation. Il y aurait quelques exceptions, comme les enseignants en début de carrière et les préposés aux bénéficiaires, ajoutait-il.