L’unique clinique privée qui pratique des avortements au Nouveau-Brunswick ferme ses portes. Son directeur médical implore maintenant les partis en campagne de favoriser l’accès à des avortements sécuritaires pour les femmes de partout au pays.  

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Dans un long message publié sur Facebook, le Dr Adrian Eoin Edgar, directeur médical de la clinique 554, a expliqué que le centre de santé qu’il dirige est arrivé au bout de ses ressources financières et qu’il a dû mettre la clé sous la porte.

 Je suis attristé que durant cette campagne électorale, nos leaders aient mis l’accent sur la possibilité de rouvrir ou non le débat sur l’avortement plutôt que sur la réelle crise actuelle : l’accès.

Adrian Eoin Edgar

«Nous nous adressons aux chefs de tous les partis fédéraux pour discuter du fait que trop de femmes de partout au pays doivent parcourir des centaines, parfois des milliers de kilomètres pour avoir accès à un avortement au Canada», poursuit le Dr Edgar.

Il est vrai que l’accès à l’avortement varie considérablement d’une province à l’autre.

Au Québec, une cinquantaine de cliniques et d’hôpitaux pratiquent l’avortement.

Au Nouveau-Brunswick, les personnes qui désirent une interruption volontaire de grossesse n'ont maintenant que trois options : deux hôpitaux à Moncton et un à Bathurst.

Il s'agit aussi de la seule province qui exige que l’avortement soit pratiqué dans un établissement hospitalier pour être financé par le gouvernement.

À la Clinique 554, à Fredericton, les patientes devaient débourser entre 700 $ et 850 $ pour obtenir les services. Mais en juillet dernier, le Dr Adrian Eoin Edgar disait à La Presse : «Nous ne refusons jamais un patient. S’il le faut, notre personnel travaille donc pour un salaire inférieur ou gratuitement».

Il avait ajouté que la clinique 554 tenait le coup grâce aux dons «de citoyens et de groupes communautaires», mais qu’elle avait des problèmes financiers.

À La Presse, Allison Webster, conseillère à la Clinique 554, a écrit : « Malgré l'appui écrasant de la communauté et de la population partout au Canada, la Clinique 554 n'est pas viable sans l'aide du gouvernement. Pendant trop longtemps, les gouvernements du Nouveau-Brunswick ont ​​ignoré la Loi canadienne sur la santé et ont tenu pour acquis l'important travail accompli par la Clinique 554 ».

Elle affirme que la fermeture de la seule clinique privée aura « des répercussions sur les Néo-Brunswickois des décennies ». »

Du côté de la Fédération du Québec pour la planification des naissances, Mariane Labrecque exprime sa colère : « La fermeture de la Clinique 554 en pleine campagne électorale est d'autant plus révoltante que nous avons alerté les libéraux et Justin Trudeau en personne sur la situation de la Clinique 554, lors d'une rencontre en juillet dernier ».

Elle ajoute : « Dans le contexte des élections fédérales ou les chefs de partis disent défendre le droit à l'avortement, nous trouvons cela particulièrement ironique. Le débat à ce sujet est demeuré superficiel et ne va pas au-delà de la position personnelle des chefs. En effet, il ne suffit pas de se dire “pro-choix”, il faut parler de l'accessibilité des services pour tous et toutes et faire des actions concrètes en ce sens ».

Le NPD a réagi par voie de communiqué en après-midi. Selon son chef Jagmeet Singh, « Justin Trudeau fait campagne sur le droit de choisir, mais son refus d'agir a plutôt réduit l'accès à l'avortement».

M. Singh assure que «les néo-démocrates feront de l'expansion de l'accès aux services d'avortement une priorité afin que des établissements comme la Clinique 554 puissent continuer à servir leurs collectivités».

Campagne électorale

L’enjeu de l’avortement a été omniprésent depuis le lancement de la campagne. Chacune des formations a dû se positionner à ce sujet, mais c’est le Parti conservateur qui a subi le plus de pression. Son chef Andrew Scheer a finalement affirmé la semaine dernière qu’il était «pro-vie», mais a constamment répété que son parti ne rouvrirait pas la législation en vigueur sur l’accès à l’avortement. Il a promis de voter contre tout projet de loi qui limiterait le droit d’une femme à se faire avorter. Néanmoins, il n’empêcherait pas un de ses députés de déposer un tel projet.  

AFP

Andrew Scheer et Maxime Bernier après le débat de lundi à Gatineau.

Le Parti conservateur ainsi que le Parti populaire du Canada, dirigé par Maxime Bernier, comptent dans leurs rangs de nombreux candidats opposés à l’avortement.

Le Parti libéral, le Nouveau Parti démocratique et le Bloc québécois se sont tous clairement prononcés en faveur du droit des femmes à se faire avorter.

Le Parti vert, pro-choix, a nagé en pleine confusion sur cette question pendant les premiers jours de la campagne. Après avoir d’abord déclaré qu’elle laisserait ses députés s’exprimer librement sur la question en chambre, la cheffe Elizabeth May a dû rectifier le tir et réaffirmer qu’il n’y avait «aucune chance» qu’un député vert ne dépose un projet de loi antiavortement. Le parti a par ailleurs expulsé la candidate ontarienne Marthe Lépine cette semaine après qu’elle eut tenu des propos antiavortements sur des blogues catholiques.

«Dès le 22 octobre [au lendemain de l’élection], nous nous attendons de notre prochain premier ministre qu’il prenne la responsabilité de protéger et d’assurer un accès universel et accessible à toutes les Canadiennes, plus spécifiquement aux services d’avortement au Nouveau-Brunswick», écrit encore le Dr Edgar.