D’ici 2050, l’obésité et le surpoids diminueront l’espérance de vie de trois ans au Canada, selon un rapport sur l’obésité rendu public ce matin par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). L’organisation, qui regroupe 36 pays, presse les gouvernements d’adopter de meilleures stratégies de prévention. « Il n’y a plus d’excuses à l’inaction », peut-on lire dans le document.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Progression constante

Depuis 1975, le surpoids et l’obésité sont en hausse constante dans les pays de l’OCDE. Aujourd’hui, 60 % de la population souffre d’embonpoint et 25 % est obèse. L’OCDE n’avait pas publié de rapport sur l’obésité depuis 10 ans. Les conclusions de ce nouveau document révèlent que le taux d’obésité des adultes est passé de 21 % en 2010 à 23 % en 2016. L’obésité se définit par un indice de masse corporelle égal ou supérieur à 30 kg/m2.

Les enfants ne sont pas épargnés

Les jeunes ne sont pas épargnés par les problèmes de poids. L’obésité chez les enfants est passée « d’un événement rare à un événement commun », peut-on lire dans le rapport de l’OCDE. De 1975 à 2016, le taux d’obésité chez les enfants de 5 à 19 ans est passé de 2,7 % à 12,3 % au Canada. En 2016, 19,8 % des enfants canadiens de 5 à 19 ans étaient considérés comme « pré-obèses ».

Conséquences sur l’espérance de vie

D’ici 2050, le surpoids et l’obésité feront diminuer l’espérance de vie en moyenne de trois ans dans les pays de l’OCDE, dont le Canada. Le Dr André Carpentier, endocrinologue et directeur du Réseau de recherche sur la santé cardiométabolique, le diabète et l’obésité, explique que l’obésité « est à la source de beaucoup de maladies chroniques » comme le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, respiratoires et les cancers. « Des recherches ont montré que jusqu’à 15 % des cancers pourraient être attribuables à l’obésité et au surpoids », dit-il.

Impact sur les élèves

L’obésité ne fait pas que réduire l’espérance de vie. Plus un enfant présente un indice de masse corporelle élevé, plus ses performances scolaires seront faibles, souligne le rapport de l’OCDE. Les enfants ont 13 % plus de chances de réussir à l’école s’ils présentent un poids santé. Annie Aimé, professeure au département de psychologie et de psychoéducation de l’Université du Québec en Outaouais, précise toutefois qu’il n’y a pas de lien direct entre obésité et performance scolaire. « Ce n’est pas l’obésité qui fait que tu apprends moins bien. Ce sont les conséquences de l’obésité », dit-elle. Les enfants obèses sont plus susceptibles d’avoir une faible estime d’eux-mêmes et de se sentir moins compétents, en plus d’être plus à risque d’être victimes d’intimidation. Des facteurs qui influencent à la baisse les taux de réussite scolaire, explique Mme Aimé.

Fardeau économique

Au Canada, le surpoids représente 11 % des dépenses en santé, soit l’un des taux les plus élevés des pays de l’OCDE. « Les personnes en surpoids utilisent plus les services de soins de santé, subissent plus de chirurgies et ont en moyenne deux fois plus de médicaments prescrits que les personnes présentant un poids santé », peut-on lire dans le rapport. Le surpoids réduit aussi le PIB de 3,6 % au Canada, selon le rapport, notamment en augmentant l’absentéisme au travail.

Viser la prévention

Le rapport souligne que la quasi-totalité des pays de l’OCDE ont déjà adopté des stratégies pour réduire l’obésité. « Malgré tout, l’augmentation du taux de surpoids montre que, jusqu’à maintenant, les progrès ne sont pas encore suffisants », est-il écrit. Le rapport plaide pour une meilleure prévention, soulignant que chaque dollar investi dans ce domaine entraîne des économies de 6 $. « Ça prend des politiques publiques sur les saines habitudes de vie. Par exemple pour favoriser les déplacements actifs », affirme le Dr Carpentier, qui souligne que dans certains quartiers, il est encore aujourd’hui difficile de circuler à pied. Le Dr Carpentier ajoute qu’il faut aussi cibler des actions spécialisées, comme mettre en place des services de prévention dans les CLSC et sensibiliser les intervenants du réseau de la santé. « Beaucoup de patients n’ont pas beaucoup d’aide pour changer leurs habitudes de vie », souligne-t-il. Enfin, le Dr Carpentier plaide pour des « approches plus musclées » afin de mieux soutenir les personnes souffrant d’obésité plus grave. « Ça prend des actions à plusieurs niveaux. Mais actuellement, on ne veut pas nécessairement voir le problème », dit-il.