Après avoir constaté un engorgement hors de contrôle dans les services de natalité au cours des derniers jours, le centre hospitalier de Saint-Eustache a convenu de fermer son département pour tout le week-end.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Le débit constant de patientes jumelé au manque criant d’effectifs a créé « une situation dangereuse pour les patientes », a confié à La Presse une membre du personnel soignant qui n’a pas souhaité être nommée.

« Le personnel est épuisé, on a manqué de paires de bras », a renchéri cette source. À certains moments, sept des neuf infirmières en devoir étaient en temps supplémentaire obligatoire. Au cours de la dernière semaine, « des erreurs ont été faites » a-t-elle admis.

Devant ce constat, les gynécologues et médecins omnipraticiens de l’hôpital ont convenu de fermer momentanément la salle d’accouchement.

« On a décidé de mettre en place un plan de réorientation des patientes, qui vont être évaluées », a précisé Lynda Thibeault, directrice des services professionnels du CISSS des Laurentides, dont fait partie l’hôpital. Celles qui ne peuvent pas être redirigées seront prises en charge par l’équipe de natalité, qui restera sur place, a-t-elle assuré.

« La qualité des soins, pour moi, c’est être capable de bien s’occuper d’une dame qui vient d’accoucher, par exemple avec les soutiens à l’allaitement, a-t-elle ajouté. Est-ce qu’on parle de danger ? Je pense que, quand on prend des décisions, c’est toujours pour dire qu’on ne veut pas en arriver là. »

La décision de fermer le département a été prise dans un contexte où il fait face à un fort achalandage depuis quelques semaines, a-t-elle souligné. « Le personnel est fatigué, il y a beaucoup de nouveaux et les équipes sont épuisées », a noté Mme Thibeault.

Plus d’une vingtaine d’infirmières auraient quitté le département d’obstétrique de cet établissement depuis un an.

Mme Thibeault montre du doigt la « pénurie de personnel infirmier », un problème étendu « à tout le réseau », selon elle.

Le syndicat des infirmières a réfuté cette hypothèse pour expliquer le manque de personnel. « Il n’y a pas de pénurie de personnel, a martelé Denis Provencher, président par intérim du Syndicat des professionnelles en soins des Laurentides, affilié à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec. C’est un manque créé parce que l’intérêt d’y aller se perd parce que l’employeur ne donne pas les conditions de travail pour être capable de travailler dans un milieu satisfaisant. »

Il dénonce la « vétusté des lieux et des équipements », le manque de formation et la surcharge de travail, dit-il, dans un département spécialisé et difficilement prévisible. Un meilleur ratio entre les infirmières et les patientes, en ajoutant au moins une professionnelle par quart de travail, rendrait le recrutement plus facile, juge le syndicat. « Le travail serait plus attrayant si les ratios étaient plus sécuritaires, ça ferait moins de risques de temps supplémentaire obligatoire ou de risques de mettre sa licence en jeu », a dit M. Provencher.

Les femmes enceintes suivies à Saint-Eustache sont tout de même invitées à se présenter au centre hospitalier ce week-end si elles ont besoin de soins ou si elles sont sur le point d’accoucher. Seuls les cas urgents seront traités sur place, et les autres seront redirigés vers un autre établissement, soit dans la couronne nord de Montréal ou dans la métropole. Comme d’autres établissements peuvent aussi connaître un fort achalandage, l’hôpital coordonnera la réorientation des patientes. Les patientes seront dirigées vers un autre hôpital en fonction de l’évaluation de leur condition, a assuré Mme Thibeault.