(Québec) Les négociations entre le gouvernement Legault et la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) accusent du retard. Loin d’être devancée comme le voulait le gouvernement Legault, l’étude comparative pancanadienne sur la rémunération des spécialistes est retardée. Le dépôt de ce rapport, qui doit servir de base aux pourparlers, est repoussé à la fin de l’année, voire au début de 2020, a appris La Presse.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Cette étude a été commandée à l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS). Elle devait être produite avant le 1er septembre, mais l’ICIS a besoin de prolonger le délai, d’environ quatre mois, pour la terminer. En l’absence de ce rapport, les pourparlers ne peuvent être lancés officiellement, bien qu’il y ait des échanges entre les parties en ce moment, confirme-t-on au cabinet du président du Conseil du trésor, Christian Dubé.

La négociatrice en chef du gouvernement est Édith Lapointe qui, avant de se retrouver au Trésor en 2014, a travaillé au ministère de la Santé. La FMSQ est désormais représentée par Me Lucien Bouchard, ancien premier ministre du Québec.

En campagne électorale, la Coalition avenir Québec (CAQ) a promis de réduire la rémunération des médecins spécialistes. M. Legault disait qu’ils gagnaient en moyenne 80 000 $ de trop par année lorsqu’on compare leur rémunération avec celle de leurs collègues de l’Ontario, en tenant compte du coût de la vie.

Au total, ses « estimations préliminaires établissent à 1 milliard par an la rémunération versée en trop », peut-on lire dans le cadre financier de la CAQ.

La Presse a révélé en février que ce milliard avait fondu, car l’écart salarial entre les médecins québécois et ontariens a diminué, si l’on se fie aux données comparatives utilisées par la CAQ pour faire ses calculs. À Québec, on convient qu’il ne sera pas possible de récupérer 1 milliard de dollars, mais on vise tout de même plusieurs centaines de millions.

Le premier ministre François Legault ne chiffre plus ses demandes sur la place publique. « Ce n’est pas simple, comparer la rémunération des médecins entre les provinces. Il y a une question de volume, il y a une question de la façon de travailler, est-ce qu’un médecin de famille travaille surtout à l’hôpital, surtout en clinique privée ? Quels sont les frais qui sont assumés pour ceux qui sont en clinique privée ? Donc, on est encore malheureusement à l’étape d’avoir le résultat des comparaisons », a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse hier.

M. Legault a réitéré qu’il était « inéquitable » que les médecins du Québec gagnent plus que ceux de l’Ontario, alors que ce n’est pas le cas pour les autres professionnels.

Une autre étude pour les omnipraticiens

Quant aux médecins omnipraticiens, l’ICIS doit aussi produire une étude comparative, en vertu d’une clause peu connue de l’entente entre leur fédération et le gouvernement. Elle devait être prête le printemps dernier, mais on l’attend encore à Québec. Si l’étude montre un écart de rémunération, à l’avantage ou non des médecins de famille québécois par rapport à leurs collègues du reste du Canada, des négociations doivent être entreprises pour le résorber, selon l’entente. 

Or le gouvernement et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec ont décidé de suspendre les pourparlers sur le sujet. Les négociations débuteront uniquement après la conclusion d’un autre dossier : la création d’un système de capitation. Selon ce système, plutôt que d’être rémunérés principalement à l’acte, les médecins de famille seraient plutôt payés en fonction du nombre de patients suivis. Il faudra au moins un an pour mettre en place ce système.

— Avec la collaboration d’Hugo Pilon-Larose, La Presse