Les dentistes et les denturologistes sont-ils sur le point d’enterrer la hache de guerre ? Les auditions publiques sur la Loi modifiant le Code des professions commencent aujourd’hui, à Québec, et l’Ordre des denturologistes du Québec entend bien jouer le tout pour le tout afin de s’affranchir une fois pour toutes des aspects considérés comme désuets de la loi entourant sa profession, et réclamer du même coup plus d’indépendance pour ses membres.

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

Le conflit entre les dentistes et les denturologistes dure depuis des lustres, à savoir qui peut faire quoi dans votre bouche. Après deux décennies de travaux sur la modernisation de la loi qui encadre leur pratique, un projet de loi a finalement été déposé en juin dernier. Le projet de loi 29 viendra, s’il est adopté, modifier le Code des professions, qui inclut le domaine buccodentaire.

« Quand la loi a été écrite en 1974, les prothèses n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Il existait un ou deux types de prothèses sur implants », explique Robert Cabana, président de l’Ordre des denturologistes du Québec (ODQ), qui est entendu par la Commission des institutions, aujourd’hui.

PHOTO FOURNIE PAR ROBERT CABANA

Robert Cabana, président de l'Ordre des denturologistes du Québec

« Le conflit, c’est que l’Ordre des dentistes dit qu’on ne devrait pas faire, dans notre pratique, autre chose que de la prothèse amovible, comme on le faisait dans les années 80. Mais maintenant, on peut avoir des plans de traitement beaucoup plus performants ; par exemple, on visse une partie de la prothèse sur les implants », affirme M. Cabana.

Zone grise

En vissant une partie de la prothèse, le denturologiste estime qu’elle reste amovible puisqu’elle s’enlève facilement en retirant les vis. Les deux ordres ne s’entendent pas sur les notions de « fixe » et d’« amovible ». Le projet de loi récemment déposé accorderait plus de liberté aux denturologistes sur ce point, mais une condition qui accompagne ce droit de pratique pourrait le rendre caduc, craint M. Cabana, qui représente 950 denturologistes.

« Dans le projet de loi, ils nous soumettent à une ordonnance pour faire des plans de traitement, explique M. Cabana. L’ordonnance doit être émise par un dentiste. Mais on sait très bien que le nerf de la guerre, c’est que les dentistes voudraient qu’on soit exclus [du droit de faire des] prothèses vissées. […] Alors advenant le cas où la loi serait adoptée en notre faveur, l’Ordre des dentistes pourrait dire [à ses membres] d’exclure les prothèses vissées de leurs ordonnances, et ça viendrait contrecarrer l’effet de la loi élargissant notre exercice. »

L’ODQ dépose aujourd’hui son mémoire aux commissaires, dans lequel il demande de redéfinir la teneur de l’ordonnance pour l’exécution des services professionnels en matière d’implantologie. M. Cabana espère qu’il s’agit du dernier tour de piste après 20 ans de consultations diverses. L’Ordre des dentistes, pour sa part, se présentera devant la Commission des institutions demain.

UN DENTUROLOGISTE
C’est un spécialiste des prothèses dentaires. Il les fabrique, les ajuste, les installe et les répare. Le diplôme d’études collégiales (DEC) en denturologie consiste en une formation de trois ans.

UN DENTISTE
C’est un médecin qui assure la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies buccales et dentaires. Les dentistes possèdent un doctorat en médecine dentaire.