Les chambres individuelles diminuent le problème des infections résistantes aux antibiotiques, selon une nouvelle étude montréalaise publiée hier matin. Mais ce n’est pas la panacée.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Déménagement

« Le déménagement des patients du Royal Victoria au campus Glenn du CUSM était l’un des plus gros changements de chambres avec plusieurs lits à des chambres individuelles en Amérique du Nord », explique l’auteure principale de l’étude publiée dans la revue JAMA Internal Medicine, Emily McDonald, infectiologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM). « Nous avons pu mesurer l’impact sur les infections résistantes aux médicaments. » Le déménagement du Royal Victoria en 2015 a touché plus de 350 patients. Les chambres de l’ancien hôpital, qui avait été construit en 1893, comportaient trois ou quatre lits.

Entérocoques

L’effet le plus remarquable a été observé sur les entérocoques résistants à la vancomycine (ERV). La diminution a été de 75 %. En ce qui concerne le staphylocoque doré résistant à la méthicilline (SARM), une diminution a été observée pour la colonisation, c’est-à-dire une contamination par le SARM de nouveaux patients sans qu’une infection se déclare. Mais il n’y a pas eu de diminution de cas de SARM pour ce qui était des infections. Et il n’y a pas eu de diminution des infections à Clostridium difficile (C. difficile). « On pense que l’absence de diminution pour ce qui est du SARM est due au fait que nous sommes un centre de référence, dit la Dre McDonald. Alors les infections proviennent d’autres hôpitaux. Pour l’ERV, la diminution est très importante parce que la propagation se faisait à l’intérieur de l’hôpital. »

Facteurs confondants

La force de l’étude est d’avoir pu tenir compte de multiples autres facteurs influant sur ces infections. « Il y avait par exemple plus de lavabos au nouveau CUSM », dit la Dre McDonald. Mais on a pu faire des corrélations, notamment avec les diminutions en général au Québec des infections. L’étude n’avait pas de données sur la colonisation à C. difficile. Les données de colonisation et d’infection entre 2013 et mars 2015, et entre avril 2015 et mars 2018 ont été utilisées pour l’étude.

L’hôpital du futur

« La chambre individuelle devrait être considérée comme une ligne importante de défense contre les infections résistantes aux antibiotiques », conclut un commentaire accompagnant l’étude montréalaise dans JAMA Internal Medicine, signé par un spécialiste de l’Université Texas A&M. « Certains regretteront le romantisme d’une infirmière qui regarde la salle dont elle est responsable, comme Florence Nightingale, et voit tous les patients. Même si elles ne sont pas suffisantes pour combattre le SARM et C. difficile, les chambres individuelles feront partie des investissements nécessaires quand on donnera la priorité au contrôle des infections. »

En chiffres

55 : nombre d’infections aux entérocoques résistants à la vancomycine au Royal Victoria entre janvier 2013 et mars 2015

14 : nombre d’infections aux entérocoques résistants à la vancomycine au Royal Victoria (campus Glen) entre avril 2015 et mars 2018

Source : JAMA Internal Medicine