(Ottawa) Des responsables fédéraux ont admis mercredi que le gouvernement canadien n’avait pas été consulté à l’avance sur les détails d’un projet de l’administration Trump visant à permettre aux patients et consommateurs américains d’importer légalement des médicaments d’ordonnance moins chers du Canada.

Kristy Kirkup
La Presse canadienne

Au cabinet de la ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, on indique que le projet, annoncé mercredi, n’avait jamais été discuté avec Ottawa, même si on était au courant d’initiatives envisagées par certains États américains.

Le secrétaire américain à la Santé et aux Services sociaux, Alex Azar, un ancien dirigeant de l’industrie pharmaceutique, a déclaré mercredi que les patients américains pourraient importer des médicaments de manière sûre et efficace grâce au contrôle exercé par l’Administration des aliments et des médicaments (FDA).

De nombreux défenseurs de l’approvisionnement en médicaments au Canada n’ont pas tardé à tirer la sonnette d’alarme, une fois de plus. Ce plan américain ne représente rien de moins qu’une menace pour la santé et le bien-être des Canadiens qui ont besoin de médicaments sur ordonnance, a soutenu John Adams, président de la « Best Medicines Coalition », une organisation à but non lucratif qui représente 28 associations de patients, comme Hypertension Canada ou l’Alliance canadienne de l’épilepsie.

M. Adams plaide que l’offre actuelle de médicaments au Canada ne suffit pas toujours pour répondre aux besoins actuels des Canadiens. Il estime que le Parlement devrait être rappelé avant les élections d’octobre afin d’établir un mécanisme garantissant aux Canadiens un large accès aux médicaments dont ils ont besoin. « Nous n’avons peut-être pas tous les outils nécessaires actuellement », a-t-il souligné.

Dans un communiqué, le cabinet de la ministre Petitpas Taylor présente la proposition américaine comme une preuve de l’engagement du Canada en faveur de médicaments sur ordonnance plus abordables. Le cabinet assure qu’Ottawa surveille en permanence l’approvisionnement en médicaments au Canada et travaillera en étroite collaboration avec des experts de la santé pour mieux comprendre les implications pour les Canadiens et éviter tout effet négatif sur l’offre ou les prix.

La proposition américaine autoriserait les États, les grossistes et les pharmaciens à obtenir l’approbation de la FDA pour importer certains médicaments qui sont pourtant déjà disponibles aux États-Unis, bien que peu d’autres détails aient été publiés.

L’Association des pharmaciens du Canada presse le gouvernement fédéral de s’opposer au projet et d’élaborer une réponse immédiate, notamment en limitant les exportations. L’offre de médicaments canadiens n’est pas conçue pour répondre à la fois aux besoins des consommateurs canadiens et américains, prévient-on.

Le sénateur américain Bernie Sanders, l’un des nombreux candidats à l’investiture démocrate pour affronter le président Donald Trump l’année prochaine, s’est rendu à Windsor, en Ontario, avec des patients américains, en fin de semaine dernière, pour acheter de l’insuline à meilleur prix. M. Sanders milite pour une réglementation accrue du gouvernement fédéral américain sur le prix des médicaments. Il a également soulevé la question des médicaments canadiens lors du premier des deux débats entre les candidats démocrates, mardi soir.