Une nouvelle demande d’action collective en lien avec la crise des opioïdes vise 27 pharmaceutiques actives au Canada. Cette demande au Québec fait suite à celle déposée la semaine dernière en Ontario.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

En toute connaissance de cause, 27 sociétés pharmaceutiques ont fait une fausse représentation des opioïdes en les présentant comme moins addictifs qu’ils ne l’étaient, clame une nouvelle demande d’autorisation d’action collective déposée à Montréal jeudi.

« On désirait lancer cette action collective pour donner accès à la justice aux personnes qui ont été victimes de la crise des opioïdes qui ravage le Québec. Ce sont des personnes qui ont été mal avisées des dangers des opioïdes et qui sont maintenant aux prises avec une dépendance et la stigmatisation qui est liée à cette dépendance », explique au téléphone Me Gabrielle Gagné. 

Le cabinet où elle travaille, Trudel Johnston & Lespérance, et le cabinet Fishman Flanz Meland Paquin ont déposé conjointement la demande pour faire autoriser l’action collective pour toutes les personnes au Québec s’étant fait prescrire ou ayant consommé des opioïdes produits ou distribués par les sociétés pharmaceutiques visées entre 1996 et aujourd’hui et ayant développé une dépendance. Le nom de la personne demanderesse n’a pas été divulgué. Souffrant de douleurs chroniques, elle a préféré rester anonyme pour éviter une stigmatisation, souligne Me Gagné.

Une demande en Ontario

La poursuite réclame 25 millions de dollars de chacune des 27 sociétés pharmaceutiques, en plus de dommages et intérêts. Pour chaque personne inscrite à l’action collective, si elle est autorisée, les pertes financières seront à évaluer, mais on demande au moins 30 000 $ plus intérêts pour chacune, avec des indemnités additionnelles selon le moment du début de leur dépendance.

Cette demande d’autorisation d’action collective s’ajoute à une autre, déposée la semaine dernière en Ontario, estimée à plus de 1,1 milliard.

« Les critères d’autorisation sont un peu plus en faveur des recours collectifs au Québec comparativement au reste du Canada. » — Me Gabrielle Gagné

Initialement, les opioïdes étaient utilisés pour les soins palliatifs et les traitements de courte durée pour les douleurs aiguës, note la requête. Or, si l’action collective vise l’année 1996, c’est qu’un changement s’est alors produit, avec l’introduction de l’OxyContin, puis celle des autres médicaments développés dans la foulée, poursuit la demande. L’usage s’est étendu aux douleurs chroniques. « Dans leurs efforts de marketing, les défenderesses ont persuadé les professionnels du milieu de la santé que les risques de dépendance aux opioïdes étaient largement infondés », lit-on dans la demande, rédigée en anglais et traduite librement par La Presse. D’autres risques ont aussi été ignorés, ajoute-t-on.

Traitement de la douleur

Jointe par La Presse pour parler de la crise des opioïdes, la Dre Marie-Ève Goyer – qui ne fait pas partie de la demande d’action collective – note elle aussi qu’il y a eu un changement dans le traitement de la douleur il y a un certain nombre d’années. « Comme médecin, on se faisait taper sur les doigts, on se faisait marteler de ne pas laisser les gens souffrir, dit la spécialiste des dépendances. On sentait qu’il fallait soulager à tout prix, mais on n’avait pas été bien informés des risques. »

Elle prône une approche biopsychosociale de la douleur chronique, puisque les opioïdes, s’ils fonctionnent pour certains, causent trop de problèmes pour d’autres.

« On a une réponse très pharmacologique à la douleur chronique et on a aussi organisé notre système de santé autour d’une réponse très médicale. Et la réponse à la douleur chronique et à la dépendance, ce n’est pas une réponse uniquement médicale. » — La Dre Marie-Ève Goyer

La Dre Goyer constate aussi un changement dans le profil des gens dépendants aux opioïdes depuis une dizaine d’années, des « monsieur et madame Tout-le-Monde ».

Me Gagné espère que l’action collective offrira une chance de briser la stigmatisation autour de cette dépendance. « De nombreux Québécois ont été victimes de la montée fulgurante du nombre de prescriptions d’opioïdes résultant des stratégies agressives de vente et de marketing trompeuses des compagnies pharmaceutiques défenderesses, souligne-t-elle. Cette action collective offre un recours approprié et un accès à la justice à ces victimes pour faire valoir leurs droits. »

Il reste maintenant à la Cour à trancher pour déterminer si l’action collective ira de l’avant. Les personnes au nom desquelles la demande d’autorisation d’action collective a été déposée n’ont aucune démarche à faire pour l’instant, mais peuvent s’inscrire sur le site web des cabinets d’avocats pour être tenues au courant de l’évolution du dossier.

La Presse n’a pas réussi à joindre les sociétés pharmaceutiques visées hier soir.vent à des milliards de dollars.