Les morts dues aux opioïdes sont en hausse dans le monde, et le Canada arrive au deuxième rang des pays les plus touchés, tout juste derrière les États-Unis et devant l’Estonie, révèle un nouveau rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dévoilé hier.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Mesures urgentes

Plus de 10 000 morts dues aux surdoses d’opioïdes sont survenues au Canada entre janvier 2016 et septembre 2018. C’est ce que révèle un nouveau rapport de l’OCDE, qui exhorte les gouvernements à « traiter l’épidémie des opioïdes comme une crise de santé publique et [à] améliorer les traitements, les soins et l’aide pour des personnes dépendantes ». Au pays, le nombre de morts par 100 000 habitants est passé de 8,4 en 2016 à 11,8 à la fin de 2018, relève le rapport, qui rappelle que l’abus d’opioïdes a également un « impact important sur les services de santé, les hospitalisations et les consultations dans les services d’urgence ».

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Données « pas surprenantes »

Ces nouvelles données ne sont « pas surprenantes », et la hausse pourrait très bien se poursuivre, signale Jean-Sébastien Fallu, professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal et spécialiste en toxicomanie. « Est-ce qu’on a atteint un plateau ? Je ne pense pas », dit-il, ajoutant que le problème est typiquement nord-américain. « J’arrive d’un congrès au Portugal, et nous étions une grosse délégation canadienne, justement à cause de cela. Les Européens nous disaient qu’ils ne connaissent pas ce phénomène-là chez eux. »

Hausse de 177 % aux États-Unis

Entre 2011 et 2016, dans les 25 pays de l’OCDE pour lesquels on dispose de données, le nombre de morts liées à la consommation d’opioïdes a augmenté de plus de 20 %, principalement en raison de la hausse de 177 % observée aux États-Unis. Une situation « favorisée par la hausse des prescriptions abusives ou non d’opioïdes à des fins antalgiques et le trafic de drogue, peut-on lire. Les gouvernements devraient revoir la réglementation applicable, dans la mesure où, depuis la fin des années 90, les industriels minimisent systématiquement les effets néfastes des opioïdes ».

PHOTO JONATHAN HAYWARD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La naloxone est un antidote aux opioïdes qui peut sauver la vie d'une personne en surdose.

150 morts dans la région de Montréal

Le phénomène n’épargne pas la région de Montréal : entre le 31 décembre 2017 et le 31 décembre 2018, le Bureau du coroner du Québec signale 150 décès probablement attribuables aux drogues et aux opioïdes dans la métropole, soit environ 12 morts en moyenne par mois. Dans au moins 10 % des cas, la présence de fentanyl a été détectée, souligne Justin Meloche, des affaires publiques du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Parmi les mesures mises en place pour lutter contre l’abus d’opiacés, il signale « le plan de prévention des surdoses, [qui] comprend un programme d’accès à la naloxone dans la communauté, une mise en place de services d’injection supervisée et l’analyse des substances en préconsommation ».

Fin de la prohibition ?

Pour Jean-Sébastien Fallu, il faut faire plus pour combattre ce fléau, et la solution passe par la fin de la prohibition des drogues dures. À ce titre, la décision d’Ottawa de permettre le suivi médical et l’accès à l’héroïne pharmaceutique pour les personnes dépendantes est un pas en avant. « J’entends toutes sortes d’analyses. On regarde les causes, les ordonnances, l’industrie, l’accès aux traitements… Mais, la cause première, c’est la prohibition. C’est ça qui permet au marché du fentanyl illégal d’exister. La prohibition favorise l’apparition de drogues toujours plus puissantes, plus concentrées, car elles sont plus faciles à cacher pour être trafiquées et génèrent plus de profits. »