Alors que des patients languissent sur des listes d’attente, près d’un médecin spécialiste sur cinq au pays n’avait pas trouvé de travail en 2017 à la fin de sa formation, un sommet, rapporte le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada.

Stéphanie Marin
La Presse canadienne

Cette année-là, la proportion de nouveaux spécialistes canadiens ayant déclaré être sans emploi au moment de leur certification se chiffrait à 19 %, révèle l’Enquête sur l’emploi.

Le Collège effectue chaque année ce sondage auprès de ses membres, et cela, depuis 2011. Au fil des années, la proportion de spécialistes sans emploi après avoir obtenu leur certification a varié de 14 à 19 %. Les données de 2017 sont les plus récentes.

Mais cela ne signifie pas qu’il y a un surplus de médecins spécialistes au Canada, s’empresse de souligner le Collège royal.

Il faut plutôt une meilleure planification des besoins en santé, soutient Danielle Fréchette, directrice exécutive, Bureau de la recherche, des politiques de la santé et de la défense des intérêts au Collège Royal et l’une des auteurs du rapport dévoilé mercredi.

Car pour l’instant, « le système ne fonctionne pas de façon optimale », juge-t-elle.

Certains médecins spécialistes peuvent mettre plus d’un an pour dénicher un emploi clinique.

Le but de cette enquête est « de trouver des solutions aux problèmes liés à l’emploi des médecins, d’améliorer la planification des effectifs médicaux et d’éclairer le choix de carrière », fait valoir le Collège. Le taux de réponse a été de 37 % pour le sondage initial et de 51 % pour celui effectuant un suivi.

L’inquiétude demeure pour les patients, avance Mme Fréchette : « Si les gouvernements pensent à aligner les ressources humaines avec les ressources physiques pour donner des soins plus ponctuellement, on serait tous plus heureux ».

Elle s’est penchée avec ses collègues sur les obstacles rencontrés par les médecins qui sont à la recherche active d’emploi.

Les motifs qu’ils ont cités sont nombreux : un manque de postes disponibles dans leur spécialité, un piètre accès aux annonces d’emploi, leur propre refus de quitter leur ville en raison d’obligations familiales, un manque de ressources liées aux soins de santé (problèmes d’accès aux salles d’opération et manque de lits hospitaliers), et le départ à la retraite tardif des médecins et chirurgiens chevronnés.

« Certains hôpitaux voudraient m’embaucher, mais ils n’ont ni le financement ni le temps d’accès aux salles d’opération requis, donc il n’y a pas d’emploi. Les chirurgiens plus âgés ne veulent pas partir à la retraite », a relaté un nouveau spécialiste certifié en chirurgie générale oncologique qui a répondu au sondage.

Quant à ceux qui ne voulaient pas tenter leur chance ailleurs, ils sont nombreux à faire partie de la « génération sandwich », hésitant à déménager parce qu’ils prennent à la fois soin de leurs enfants et de leurs parents âgés, a fait valoir Mme Fréchette en entrevue.

Les données du sondage réalisé en 2017 confirment toujours la tendance selon laquelle les spécialités chirurgicales nécessitant beaucoup de ressources sont davantage frappées par les problèmes d’emploi. Les neurochirurgiens et les radio-oncologues ont été les plus touchés à chacune des sept années de collecte de données, suivis de près par les chirurgiens orthopédistes et les spécialistes en médecine nucléaire.

Et alors que les nouveaux spécialistes ont toujours de la difficulté à trouver un emploi, une enquête internationale a récemment révélé que les Canadiens ont déclaré un temps d’attente plus long que d’autres pays du comparatif pour voir un spécialiste. Plus de la moitié des Canadiens (56 %) ont attendu plus de quatre semaines pour voir un spécialiste, un taux qui serait nettement plus élevé que la moyenne internationale (36 %). Le Collège royal indique que ces chiffres proviennent de l’Enquête internationale de 2016 du Fonds du Commonwealth sur les politiques de santé réalisée auprès d’adultes de 11 pays.

La bonne nouvelle, c’est que les données de quatre enquêtes de suivi du Collège royal démontrent qu’en général, quelque 61 % des nouveaux spécialistes et surspécialistes ayant déclaré ne pas avoir d’emploi au moment de la certification avaient décroché un emploi clinique au moment où ils ont reçu l’Enquête de suivi, soit de 12 à 17 mois après l’obtention du certificat, a tenu à préciser Mme Fréchette.

Le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada est l’association professionnelle nationale qui supervise la formation médicale des spécialistes au Canada. Il est responsable de l’agrément des programmes universitaires de formation des résidents dans leur spécialité.