L’OMS tire la sonnette d’alarme avec son nouveau rapport mondial sur les données de surveillance de la rougeole. Le bilan est inquiétant : une augmentation de 300 % a été constatée à l’échelle mondiale. Au Canada, 28 cas de rougeole – maladie pourtant quasiment éliminée du pays auparavant – ont été signalés entre le 1er janvier et le 23 mars 2019.

Manon Louvet
La Presse

Plus de 110 000 cas

Il y a un an, 28  124 cas de rougeole avaient été recensés dans 163 pays. Aujourd’hui, ils sont 112 163 répartis dans 170 pays. La plus forte hausse constatée touche l’Afrique, avec une augmentation de 700 %, suivie par l’Europe (+ 300 %), la Méditerranée orientale (+ 100 %), l’Amérique (+ 60 %) et l’Asie du Sud-Est (+ 40 %). Au Québec, une éclosion dans Lanaudière est survenue en 2015. Au total, 159 cas de rougeole avaient été déclarés à la Direction de santé publique de Lanaudière entre janvier et avril 2015, selon le dernier rapport de l’Institut national de santé publique du Québec sur les maladies évitables par la vaccination. Les cas touchaient principalement les membres d’un groupe religieux qui refuse la vaccination. Le premier cas avait été déclaré chez un homme qui revenait de Californie. Depuis, les cas semblaient être à nouveau en baisse.

Madagascar en tête de liste

À l’échelle mondiale, Madagascar est le pays le plus contaminé avec 69 696 cas recensés dans les six derniers mois, suivi de l’Ukraine, avec 49 073 cas, et de l’Inde, avec 16  222 cas, selon l’OMS. Arrivent ensuite le Brésil (9168 cas) et les Philippines (8767 cas). Ces pays sous-développés ou en voie de développement ne sont pas les seuls. Les États-Unis, première puissance mondiale, sont également touchés avec 555 cas, selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies.

Hausse à Montréal

Alors que l’épidémie semblait être en baisse à l’échelle mondiale depuis 2016, à Montréal, une augmentation des cas est observée depuis 2018. Selon Jean-Nicolas Aubé, des relations médias du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, quatre cas ont été recensés à Montréal depuis le début de l’année 2019. Tous revenaient d’un voyage (deux en Europe, un en République dominicaine et un en Asie). Pour la même période, on comptait quatre cas en 2018, aucun en 2017, un en 2016 et deux en 2015.

Aux États-Unis aussi

La rougeole revient de manière inquiétante aux États-Unis aussi, avec 555 cas. Les deux principaux foyers de la maladie se situent à New York, où 285 cas ont été recensés, et dans une ville du comté de Rockland, non loin de New York, où 184 cas ont été signalés pour 300 000 habitants. La mairie de New York, ville de 8,5 millions d’habitants, a imposé le 9 avril la vaccination de toute personne qui vit ou travaille dans un des quatre quartiers les plus touchés. Le mouvement antivaccin n’accepte pas cette décision. Cinq parents ont notamment porté plainte devant la Cour suprême de l’État de New York contre l’ordre de vaccination de la mairie.

Mouvements antivaccins

Si c'est le manque d’accès aux soins qui explique une telle hausse dans les pays pauvres, c'est plutôt la défiance envers la vaccination qui en serait la principale cause dans les pays riches. En effet, en 1998, le chercheur britannique Andrew Wakefield a fait un lien entre le vaccin contre la rougeole et l’autisme. Son étude a depuis été discréditée, mais certains parents restent sceptiques par rapport à ce traitement, dont l’efficacité a pourtant été démontrée dans de nombreuses études depuis. Bien que cette maladie soit plus dangereuse pour les adultes que pour les enfants, elle est à l’origine de nombreux décès chez les plus jeunes dans les pays sous-développés comme la République démocratique du Congo ou encore le Soudan, selon l’OMS. En 2017, 110 000 morts liés à la rougeole ont été comptabilisés dans le monde.

Une baisse en 2016

Une baisse du nombre de cas avait pourtant été enregistrée en 2016 par l’OMS. En effet, une diminution de 84 % des morts depuis 2000, où 550 000 décès étaient survenus, avait été célébrée : «  Parvenir à sauver, en moyenne, 1,3 million de vies grâce au vaccin anti-rougeole est un succès extraordinaire qui nous permet de croire qu’il sera possible, voire probable, d’assister de notre vivant à l’éradication de la rougeole  », avait déclaré le Dr Robert Linkins, de l’Initiative contre la rougeole et la rubéole (M&RI) et responsable du service de la lutte accélérée contre les maladies et des maladies à prévention vaccinale aux Centers for Disease Control and Prevention. Cette baisse était liée à une grande action de vaccination des enfants dans les pays les plus pauvres.

Les symptômes

La rougeole est le plus souvent caractérisée par l’apparition de taches rouges sur la peau. Les premiers symptômes sont une forte fièvre, un écoulement du nez, une toux, une conjonctivite ainsi qu’une grande fatigue. C’est dans un second temps, généralement de cinq à sept jours après la contamination, que les éruptions cutanées apparaissent. Le plus souvent, le virus est bénin, mais de graves complications respiratoires ou encore neurologiques peuvent survenir. Dans les pires cas, celles-ci entraînent la mort chez les personnes fragiles. La rougeole est contagieuse quatre jours avant et après l’apparition des taches rouges. Elle est d’ailleurs l’une des maladies les plus contagieuses. En effet, le virus se transmet à travers l’air et par contact direct. Selon l’Hôpital de Montréal pour enfants, un cas de rougeole peut infecter jusqu’à 15 autres personnes non protégées.