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Exclusif

Les griefs explosent chez les infirmières

ARIANE LACOURSIÈRE
La Presse

Le principal syndicat représentant les infirmières et infirmières auxiliaires de la province a enregistré une hausse fulgurante de 128 % du nombre de griefs liés aux heures supplémentaires obligatoires en 2018, a appris La Presse.

Alors que la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) n'avait enregistré que 2 griefs sur ce sujet en 2015 et 486 en 2016, ce nombre est passé à 1981 en 2017 et a atteint 4526 en 2018.

« Clairement, on est dans la pointe de l'effet des coupes des dernières années. L'année dernière, on a atteint un point de rupture. Pour qu'il y ait tant de griefs, c'est que les gens en ont vraiment assez, qu'ils sont au bout du rouleau », affirme la présidente de la FIQ, Nancy Bédard.

« Ce mode de gestion où le temps supplémentaire est normal, ça doit cesser. »

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) ne dispose pas de données sur les heures supplémentaires obligatoires réalisées dans son réseau chaque année. Une situation jugée « odieuse » par Mme Bédard. « On veut des données depuis des années pour agir. Mais on n'en a jamais », déplore-t-elle.

Des données du MSSS obtenues par La Presse montrent toutefois que les heures supplémentaires, obligatoires ou non, sont en hausse pour les premiers mois de 2018.

Dans certains établissements, le taux d'heures supplémentaires est bien plus élevé qu'ailleurs. C'est notamment le cas à l'Institut de cardiologie de Montréal, qui présente un taux d'heures supplémentaires de 9,28 chez ses infirmières, et au CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal, qui présente un taux de 10,92 chez ses infirmières auxiliaires.

Porte-parole de l'Institut de cardiologie de Montréal, Marie-Claude Pageau affirme que la situation des heures supplémentaires « préoccupe grandement » l'établissement.

« Nous surveillons la situation étroitement et travaillons à y remédier par divers moyens [...], dit-elle. Faisant face aussi à la pénurie d'infirmières dans le réseau, nous déployons des efforts de recrutement pour être attractifs. Nous nous efforçons aussi le plus possible de planifier nos besoins de main-d'oeuvre en temps réel. »

Congés de maternité, spécialisation et bilinguisme

Mme Pageau souligne que plusieurs infirmières sont en congé de maternité cette année et qu'en raison des soins ultraspécialisés prodigués à l'Institut de cardiologie, l'établissement n'emploie que des infirmières, et aucune infirmière auxiliaire, deux facteurs qui peuvent contribuer à l'augmentation des heures supplémentaires.

Du côté du CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal, on dit être touché, comme tous les établissements du réseau, par une pénurie de personnel. « De plus, s'ajoute à notre organisation le défi du recrutement de personnel bilingue », dit la responsable des relations médias, Ariane Bourbonnière.

Selon Nancy Bédard, cette hausse des heures supplémentaires a des effets « catastrophiques » sur des employés « déjà à bout de souffle ». « Tu ne peux pas fonctionner avec de si forts taux de temps supplémentaire sans arrêt. »

À l'automne 2017, la surcharge de travail et la pression vécue par les infirmières et infirmières auxiliaires du réseau avaient fait les manchettes et poussé le gouvernement de l'époque à agir. Des projets pilotes visant à déterminer les meilleurs rapports infirmières-patients dans différents secteurs de soins ont été déployés progressivement dans tout le Québec.

« Il y a maintenant des projets dans plusieurs régions, et ça fonctionne. Des infirmières retraitées nous disent que si ces ratios avaient été implantés avant, elles ne seraient pas parties si vite à la retraite. On veut que ces ratios soient appliqués rapidement partout dans le réseau », plaide Mme Bédard, qui estime aussi que d'autres mesures pourraient être adoptées, notamment la création de postes à temps plein.

Recrutement réclamé

La FIQ réclame également une campagne gouvernementale majeure de recrutement. « Depuis 10 ans, on parle de pénurie de personnel dans le réseau. Qu'a-t-on fait comme campagne majeure pour régler la pénurie ? Quel ministre de la Santé va enfin s'attaquer au manque de main-d'oeuvre ? », demande Mme Bédard.

La FIQ rencontrera la ministre de la Santé, Danielle McCann, dans les prochains jours et compte bien faire de la gestion de la main-d'oeuvre un enjeu important des discussions.

Au cabinet de Mme McCann, on affirme que la promesse électorale d'éliminer les heures supplémentaires obligatoires tient toujours la route. « On va toujours vers l'élimination. Mais il faut s'asseoir avec les intervenants. Le dialogue continue et est cordial. On va encore vers l'élimination », affirme l'attaché de presse de la ministre McCann, Alexandre Lahaie.

***

Taux d'heures supplémentaires pour l'ensemble du Québec (pourcentage d'heures supplémentaires sur le nombre total d'heures travaillées)

INFIRMIÈRES

2017-2018 : novembre 5,23 ; septembre 6,17 ; juillet 5,97 ; mai 5,38

2018-2019 : novembre 5,87 ; septembre 6,91 ; juillet 6,88 ; mai 6,11

INFIRMIÈRES AUXILIAIRES

2017-2018 : novembre 4,57 ; septembre 6,25 ; juillet 6,30 ; mai 4,87

2018-2019 : novembre 5,56 ; septembre 7,71 ; juillet 7,36 ; mai 5,59

Source : MSSS




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