Inquiets de voir de plus en plus de cas de maladies pulmonaires graves surgir chez de jeunes adeptes du vapotage, les pédiatres canadiens lanceront d’ici deux semaines un important programme de surveillance afin de documenter la situation.

Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

Pédiatre spécialisé en médecine de l’adolescence et toxicomanie au CHU Sainte-Justine, le Dr Nicholas Chadi explique que cette étude a été « créée en urgence » en réaction aux nombreux cas ayant fait les manchettes dernièrement. « Le programme de surveillance allait se faire. Mais il a été mis en mode accéléré. Et nous y avons ajouté les cas de maladies pulmonaires aiguës », explique-t-il.

Le 18 septembre, les autorités de santé publique de l’Ontario ont rapporté qu’un jeune homme adepte de la cigarette électronique s’était retrouvé aux soins intensifs après avoir développé une maladie pulmonaire grave. Il s’agissait du premier cas du genre à survenir au Canada.

La semaine dernière, c’était au tour du directeur national de santé publique (Québec) de déclarer son premier cas de patient atteint d’une maladie pulmonaire grave liée au vapotage. Il s’agit d’un adulte habitant la région de Montréal. 

Au cours des derniers mois, plus de 800 cas semblables ont été signalés aux États-Unis. De ce nombre, 16 % touchent des jeunes de moins de 18 ans, affirme le Dr Chadi, qui estime que les cas rapportés jusqu’à maintenant au pays ne sont « que la pointe de l’iceberg ».

Croissance à prévoir

D’ici deux semaines, la Société canadienne de pédiatrie, Santé Canada et l’Agence de la santé publique du Canada lanceront donc leur programme de surveillance. Le Dr Chadi en sera le chercheur principal. Les pédiatres canadiens seront invités à signaler tout cas de blessure ou de maladie liées au vapotage survenu au cours des 12 derniers mois. Que ce soit par l’ingestion de liquide de vapotage, par l’explosion de produits de vapotage ou par inhalation, explique le Dr Chadi.

Selon lui, plusieurs collègues un peu partout au pays ont noté au cours des derniers mois des « anomalies » pulmonaires chez certains jeunes patients.

« Mais on n’a pas rapporté ces cas. On ne pensait pas nécessairement au vapotage », explique-t-il. Le programme de surveillance des pédiatres canadiens permettra d’avoir un meilleur aperçu de la situation, selon le Dr Chadi.

Il faut dire que les jeunes Canadiens sont de plus en plus nombreux à utiliser la cigarette électronique.

74 %
Hausse du taux d’utilisation de la vapoteuse dans les 30 derniers jours chez les 16 à 19 ans entre 2017 et 2018, selon une étude publiée en mai dernier par le British Medical Journal

Le Dr Chadi explique que la problématique du vapotage était déjà « sur le radar » des pédiatres canadiens. En 2018, une étude publiée dans le Journal canadien de pédiatrie a rapporté que 220 cas de blessures liées au vapotage avaient été rapportés en un an par les pédiatres canadiens. De ce nombre, 135 cas résultaient d’une inhalation, volontaire ou non, de produit.

Dans 85 cas, les jeunes avaient ingéré le produit de façon accidentelle ou non. Les symptômes présentés par ces jeunes allaient du vomissement à la toux, en passant par l’irritation respiratoire. Cette fois, le programme de surveillance ira plus loin et permettra de voir si des cas de maladies pulmonaires graves sont aussi survenus. « On est en train de découvrir quels peuvent être les problèmes liés au vapotage. On s’attend à ce que de plus en plus de médecins rapportent des cas », dit le Dr Chadi.