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Quand le pot mène à des drogues dures

Lorsque la marijuana est légalisée, les autorités de santé publique devraient redoubler d'efforts pour prévenir la consommation de drogues dures et aider ceux qui y sont accros. Telle est la conclusion d'une étude américaine qui a analysé les comportements de 27 000 adolescents. Dans les États qui légalisent le cannabis médicinal, la consommation de cocaïne augmente de 60 % et celle d'héroïne, de 160 %.

Pot médicinal et récréatif

Cette analyse est-elle pertinente pour la légalisation de la marijuana au Canada ? « Il y avait trop peu d'États qui avaient légalisé l'usage récréatif du cannabis quand nous avons fait l'étude », explique Hsien Chang-Lin, épidémiologiste à l'Université de l'Indiana, qui est l'auteur principal de l'étude publiée dans la revue Addictive Behaviors. « Mais dans les deux cas, on assiste à une normalisation de cette drogue. En consommer n'est plus une transgression. C'est l'impact de cette normalisation sur la consommation d'autres drogues qui nous intéresse. »

Jean-Sébastien Fallu, spécialiste des drogues à l'Université de Montréal, est d'accord avec cette interprétation. « Les gens se fient que les médicaments sont sécuritaires, dit M. Fallu. Ils ne sont souvent pas conscients qu'ils peuvent avoir des effets négatifs. Alors quand on dit que le cannabis peut avoir un effet médicinal, ils sont rassurés que c'est sécuritaire. La frontière entre le cannabis médicinal et récréatif peut aussi être mince si on n'a pas besoin d'ordonnance, comme au Colorado. » M. Chang-Lin estime que la principale leçon de son étude est la nécessité pour les autorités de santé publique de porter attention à une possible augmentation de la consommation de drogues dures.

Des bémols

M. Fallu a deux principales critiques à propos de la méthodologie de l'étude : le manque de données sur l'encadrement du cannabis récréatif et des résultats à la limite de ce qui est statistiquement significatif. « On ne tient pas compte des restrictions sur la commercialisation, la publicité et la consommation dans les lieux publics. Ensuite, les auteurs ont fait sept analyses, dont deux ont eu des résultats positifs. Plus on multiplie les tests, plus on augmente les chances d'avoir des différences statistiquement significatives, mais qui ne sont pas corroborées dans la population. On a utilisé beaucoup de sujets et une régression logistique extrêmement puissante, mais les différences sont minimes. La borne inférieure est très proche du 1, du seuil où il n'y a pas de risque accru. »

L'« effet passerelle »

Les épidémiologistes de l'Université de l'Indiana expliquent le lien entre la normalisation du cannabis et l'augmentation de la consommation de cocaïne et d'héroïne par « l'effet passerelle » : le pot mène certains consommateurs à essayer des drogues plus fortes. Mais M. Fallu est très critique de cette théorie. « Au départ, elle avait été proposée pour expliquer un passage de la cigarette et de l'alcool vers les drogues. Si certaines personnes passent à la cocaïne ou à l'héroïne après avoir essayé le cannabis, c'est très certainement une petite minorité. D'ailleurs, très peu de gens consomment de la cocaïne et de l'héroïne. » Environ 7 % des adolescents américains de 14 à 18 ans consomment du cannabis, contre 0,7 % pour la cocaïne et 0,1 % pour l'héroïne.

Contestation

Un autre phénomène marginal pouvant expliquer un passage aux drogues dures après la légalisation du cannabis médicinal est le besoin de contestation. « Pour certains, la consommation de drogues illicites est un marqueur de contestation, qu'ils ne respectent pas les règles, dit M. Chang-Lin, de l'Université de l'Indiana. Mais à notre avis, ça ne peut expliquer qu'une petite partie de l'augmentation de la consommation de cocaïne et d'héroïne. » L'étude a aussi examiné la consommation d'hallucinogènes et de médicaments opiacés, mais n'a pas vu d'augmentation. « C'est probablement parce que le cannabis peut servir à avoir des hallucinations ou à calmer des douleurs. »

Dépendance et criminalisation

Cette augmentation de la consommation de drogues dures doit être comparée aux effets bénéfiques de la légalisation du cannabis récréatif sur le plan de la criminalisation, selon MM. Chang-Lin et Fallu. « Oui, il peut y avoir plus de consommateurs de cocaïne et d'héroïne, mais ce sont des drogues beaucoup plus rares, dit M. Chang-Lin. En contrepartie, on évite de criminaliser la simple consommation de cannabis et on enlève un marché important au crime organisé. »

En chiffres

26 % 

Augmentation de la fréquence de consommation de cannabis chez les adolescents de 13 et 14 ans de l'Oregon qui étaient déjà consommateurs lors de la légalisation de la consommation récréative dans cet État en 2015.

14 % 

Diminution de la proportion d'adolescents de 13 et 14 ans de l'Oregon qui considèrent que consommer du cannabis peut être dangereux, après la légalisation de la consommation récréative dans cet État en 2015.

5 % 

Diminution, depuis 2015, de la proportion d'adolescents de 13 et 14 ans vivant dans des États où la consommation récréative est interdite qui considèrent que consommer du cannabis peut être dangereux.

Sources : Psychology of Addictive Behaviors, JAMAPediatrics




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