La mort de son voisin de chambre dans un centre d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD) a ébranlé Daniel Pilote. Il lui avait confié la veille de sa mort avoir peur de mourir faute de soins adéquats. Il est mort la journée qui a suivi cette confidence.

Thomas Dufour LA PRESSE

Aujourd'hui, Daniel Pilote a choisi de se battre pour avoir accès à de meilleurs soins, se disant « humilié, maltraité et déprimé » dans le CHSLD où il réside depuis quatre ans.

« Je veux arriver à la bientraitance », a raconté avec émotion mardi le quinquagénaire cloué à un fauteuil roulant. M. Pilote est le demandeur principal de la requête d'autorisation d'exercer une action collective contre les CHSLD déposée mardi.

Après la mort de son voisin de chambre, M. Pilote a passé un coup de fil à Paul Brunet, directeur du Conseil pour la protection des malades. « Daniel m'appelle pour me dire qu'il a peur que le personnel [du CHSLD] ne soit pas là pour lui changer sa trachéotomie pour le faire respirer », a confirmé M. Brunet.

Assis côte à côte en conférence de presse, MM. Pilote et Brunet font front commun dans cette demande d'autorisation de recours collectif faite au nom des 37 000 résidants des CHSLD. Le montant du recours pourrait s'élever à un demi-milliard de dollars, comme l'a rapporté mardi La Presse.

L'histoire de M. Pilote n'est pas un cas isolé, selon Paul Brunet. Le Conseil pour la protection des malades a passé les derniers mois à recueillir les histoires de centaines de résidants avant d'intenter son recours. « Quand on va vite pour faire manger, pour maquiller, pour laver, on ne fait pas exprès, mais on est maltraitant », affirme Paul Brunet.

Cette demande d'autorisation de recours a obtenu l'appui de la Fédération de l'âge d'or du Québec (FADOQ) et de l'Alliance des patients pour la santé.

RÉACTIONS

L'Association des établissements privés conventionnés (AEPC), visée par un potentiel recours, a réagi en soulignant l'importance de ne pas généraliser la situation. « Il faut regarder chacun des gestes posés bien évidemment, mais on ne peut pas dire que l'ensemble des CHSLD est maltraitant et que l'ensemble des employés sont maltraitants sans le savoir », a affirmé Annick Lavoie, directrice générale de l'AEPC.

« Le ministre Barrette semble s'obstiner que tout va bien dans les CHSLD alors que ce n'est pas le cas, a réagi Dave Turcotte, porte-parole du Parti québécois en matière de services sociaux. Le ministre est conscient de cette situation-là, mais il ne fait rien. »

Joint par courriel, le bureau du ministre de la Santé Gaétan Barrette n'a pas souhaité commenter l'affaire. Le bureau a toutefois rappelé ses investissements de 470 millions pour la construction et la rénovation de CHSLD, l'ajout d'un deuxième bain par semaine et l'embauche de 1300 employés supplémentaires.