Québec assumera finalement la totalité de la facture de l'installation de gicleurs pour la grande majorité des résidences pour personnes âgées, a appris La Presse. Les autres, celles qui sont plus grosses, auront droit à une bonification de l'aide gouvernementale.

Publié le 18 janv. 2018
Tommy Chouinard LA PRESSE

Quatre ans après la tragédie de L'Isle-Verte, où 32 aînés ont perdu la vie dans l'incendie de leur résidence, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, a décidé de revoir son programme d'aide pour l'installation de gicleurs. La Presse faisait état de ses ratés en novembre dernier.

Québec a décidé en 2015 d'obliger les résidences, à l'exception des très petites, à se munir de gicleurs d'ici décembre 2020. C'était ce que recommandait le coroner qui avait enquêté sur le drame de la Résidence du Havre.

Le gouvernement Couillard a annoncé son programme d'aide financière dans son budget de 2015. Il devait assumer environ 45 % des coûts totaux liés à l'installation de gicleurs. Il avait prévu une aide financière de 115,9 millions de dollars, sur une facture totale estimée à 252 millions il y a trois ans.

Or, selon ce qu'a appris La Presse, Gaétan Barrette doit annoncer une augmentation de 67,4 millions de l'enveloppe, qui atteindra 183,3 millions. La proportion payée par l'État passera ainsi à 72 % globalement.

Surtout, la grande majorité des résidences se feront rembourser en totalité la facture. Ce sont celles qui ont 30 unités d'habitation (des chambres ou des appartements) ou moins. Elles comptent pour 950 des 1300 résidences qui n'ont pas de gicleurs ou en ont trop peu, selon des statistiques datant de 2015. Le programme initial prévoyait que l'État assume 60 % des coûts dans leur cas.

Pour les résidences de 31 à 99 unités, l'aide du gouvernement passe de 40 % à 80 %. Les établissements de 100 unités ou plus auront droit à 60 %, comparativement à 20 % dans le programme initial.

L'État assumera 100 % des coûts pour les OBNL d'habitation, des établissements sans but lucratif.

LA MOITIÉ DES RÉSIDENCES TOUJOURS DÉPOURVUES DE GICLEURS

La bonification sera rétroactive. Les résidences qui ont déjà installé des gicleurs en vertu du programme initial recevront ainsi une aide supplémentaire.

Elles sont toutefois peu nombreuses à l'avoir fait jusqu'ici, comme l'a démontré La Presse en novembre dernier.

Résultat : la moitié des résidences pour personnes âgées du Québec (902) n'ont toujours pas de gicleurs.

Selon les données du ministère de la Santé, 293 résidences avaient fait une demande d'admissibilité au programme en date du 12 octobre dernier, première étape en vue d'obtenir l'aide financière. Et seulement 22 établissements étaient passés à l'autre étape, celle d'une demande de subvention. Par conséquent, Québec n'a fait jusqu'ici que deux versements totalisant 136 638 $ à une poignée de résidences qui ont terminé les travaux. Des millions devaient pourtant avoir déjà été accordés à ce jour, selon ses prévisions de 2015.

Le Regroupement québécois des résidences pour aînés imputait les retards à la « procédurite » du gouvernement. Le programme d'aide est complexe ; les démarches administratives, laborieuses. Québec apportera des modifications pour faciliter le processus, selon nos informations.

FACILITER L'ACCÈS AU CRÉDIT

Des résidences se plaignaient des difficultés à obtenir un prêt auprès des banques pour financer l'installation de gicleurs. Il faut savoir qu'un emprunt est nécessaire, puisque l'aide gouvernementale arrive à la fin des travaux seulement et est versée sur une période de cinq ans.

Gaétan Barrette entend faciliter l'accès au crédit. Québec fournira aux résidences une lettre prouvant aux institutions financières que l'État assumera en tout ou en partie la facture.

Même s'il y a du retard, Québec maintient la date limite de décembre 2020 pour se conformer à l'obligation d'installer des gicleurs. Il fait le pari que les changements au programme accéléreront le processus.

Le mois dernier, la Coalition avenir Québec condamnait le gouvernement pour son programme « trop rigide et mal adapté ».

PHOTO PASCAL RATTHÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

Gaétan Barrette, ministre de la Santé

La part de la facture payée par l'État en un coup d'oeil

30 unités d'habitation ou moins

• AVANT : 60 %

• MAINTENANT : 100 %

De 31 à 99 unités

• AVANT : 40 %

• MAINTENANT : 80 %

100 unités ou plus

• AVANT : 20 %

• MAINTENANT : 60 %

Aide totale du gouvernement

• AVANT : 115,9 millions

• MAINTENANT : 183,3 millions

• + 67,4 millions