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La capitale de la cataracte menacée par les élections

Les lundis, les soins offerts aux patients sont... (Photo Marco Campanozzi, La Presse)

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Les lundis, les soins offerts aux patients sont entièrement financés par l'entente. Les autres jours, les frais médicaux sont payés par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), mais les frais accessoires (125$ pour un examen de biométrie, par exemple) sont facturés aux patients.

Photo Marco Campanozzi, La Presse

L'avenir de l'Institut de l'oeil des Laurentides, plus importante clinique d'ophtalmologie privée du Québec, dépend en bonne partie du résultat des élections provinciales de lundi.

Fortement critiqué par le Parti québécois, le partenariat public-privé unissant l'hôpital de Saint-Jérôme à l'Institut de l'oeil des Laurentides (IOL) et ayant permis à Saint-Jérôme de devenir la «capitale de la cataracte» au Québec, avec près de 9000 interventions par année, intéresse au contraire grandement le Parti libéral et la Coalition avenir Québec.

Créé en 2010 par cinq ophtalmologistes de la région, l'Institut de l'oeil des Laurentides a rapidement signé une entente pour prendre le relais du service d'ophtalmologie de l'hôpital de Saint-Jérôme, qui fermait pour deux ans pour rénovations.

Dès le début, le taux de productivité de l'Institut a été étonnant. «En six mois, on a éliminé la liste d'attente pour la chirurgie de la cataracte dans les Laurentides, qui était d'environ deux ans», estime le Dr Sébastien Gagné, ophtalmologiste à l'IOL.

L'entente finance 19 000 visites de patients par année, mais l'Institut de l'oeil des Laurentides en réalise plutôt 60 000. Les ophtalmologistes de l'IOL ont établi un système de «journées de gratuité». 

Les lundis, les soins offerts aux patients sont entièrement financés par l'entente. Les autres jours, les frais médicaux sont payés par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), mais les frais accessoires (125$ pour un examen de biométrie, par exemple) sont facturés aux patients.

Système à deux vitesses

Les pratiques de l'IOL ont créé un système à deux vitesses, note le protecteur du citoyen dans un rapport très critique publié en septembre 2013. Les patients peuvent attendre deux ou trois mois pour obtenir un rendez-vous dans le cadre d'une journée gratuite. S'ils veulent passer plus vite, ils doivent accepter d'être vus les journées «non gratuites».

Le Dr Robert Lepage, de l'IOL, reconnaît que cette façon de gérer les clientèles peut entraîner de la confusion. «Mais si on faisait cohabiter tout le monde [...], sur quelle base déciderait-on de quel patient est subventionné? Premier arrivé, premier servi? Comment expliquer aux patients que les subventions de l'État ne permettent pas de traiter tout le monde gratuitement?»

Suspension de service

En juin 2012, l'entente entre l'hôpital de Saint-Jérôme et l'IOL vient à échéance. Mais le service d'ophtalmologie de l'hôpital de Saint-Jérôme n'est pas prêt à récupérer les activités. L'hôpital affirme que «les ophtalmologistes n'étaient pas disponibles pour former le personnel et procéder au choix d'équipement». Résultat: aucun service gratuit en ophtalmologie n'est offert à l'été 2012.

«On voulait retourner à l'hôpital. Mais pensez-vous que l'hôpital aurait été prêt à nous fournir 80 employés comme on a ici? À nous construire plus de 25 salles d'examen comme on a ici? Il n'y a que deux salles d'examen à l'hôpital de Saint-Jérôme. On aurait donné un service sous-optimal, critique le Dr Lepage. Québec veut limiter ses coûts en santé en limitant l'accès. On nous a accusés de prendre la population en otage. C'est plutôt le contraire.» L'entente a finalement été renouvelée en septembre 2012, jusqu'en juin 2014.

Depuis septembre 2013, les services d'ophtalmologie reviennent tranquillement dans le réseau public. Deux salles d'opération sont offertes à l'hôpital de Saint-Jérôme. Et dans les prochains mois, 12 millions seront investis pour relancer les services d'ophtalmologie à Sainte-Agathe et Saint-Eustache.

L'agence de la santé des Laurentides croit pouvoir réaliser plus de 12 000 opérations de la cataracte une fois le projet terminé. Une prévision qualifiée d'«utopique» par le Dr Lepage.

Avenir incertain

Si le Parti québécois et son candidat-vedette Pierre Karl Péladeau sont portés au pouvoir, le partenariat avec l'IOL prendra fin en juin prochain. Selon l'attaché de presse Alexandre Ramacieri, M. Péladeau «appuie le ministre Réjean Hébert», qui a déjà annoncé que l'entente avec l'Institut de l'oeil ne sera pas renouvelée.

Le Parti libéral, au contraire, veut miser encore plus sur ce genre de partenariat public-privé en santé. 

«On n'est pas pris dans une idéologie anti-privé en santé qui n'a pas d'allure. On veut que le système public soit fort. Mais la priorité, c'est le patient. Si on a des gains à faire au profit des patients, on va en développer plus, des ententes avec le privé», affirme le candidat libéral dans Saint-Jérôme, Armand Dubois.

À la Coalition avenir Québec (CAQ), le candidat Patrice Charbonneau dit être «ni pour ni contre l'entente» de l'IOL. Il affirme que la CAQ veut «favoriser le public en santé», mais aussi «permettre aux citoyens d'avoir le meilleur service au meilleur prix». Chose certaine, l'avenir de l'Institut de l'oeil est «l'un des enjeux majeurs de l'élection» dans Saint-Jérôme, dit-il.

Si l'entente prend fin en juin prochain, l'IOL compte rester en activité. 

«Mais on va devoir s'ajuster et facturer des frais de service. On va tenter de garder les frais justes et accessibles», affirme le directeur général de l'IOL, Stéphane Bédard. Les ophtalmologistes de l'IOL font le pari que les patients continueront d'aller s'y faire soigner puisque les soins seront plus accessibles et que le service à la clientèle sera meilleur que dans le réseau public. 

M. Bédard ne cache toutefois pas que, dans un monde idéal, un partenariat avec le réseau public serait renégocié.

Combien ça coûte? 568$

Somme versée par le gouvernement par opération de la cataracte aux hôpitaux du Québec: 650$

Coût d'une opération à l'IOL: 720 780$

Somme payée à l'IOL par le ministère de la Santé en 2013-2014 pour combler l'écart de financement.

«La somme accordée par le gouvernement ne paie que la procédure chirurgicale. Les frais d'immobilisations, d'administration et de personnel ne sont pas inclus. L'IOL assume ces frais entièrement tandis que, dans les hôpitaux, ces frais fixes sont financés par un autre budget. Donc, ce n'est pas vrai qu'à l'hôpital, une opération de la cataracte coûte juste 568$.» - Le Dr Robert Lepage, ophtalmologiste à l'IOL




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