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Projet OPTILAB: l'inquiétude gagne le réseau de la santé

Le docteur Gaétan Barrette, président de la Fédération... (PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE)

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Le docteur Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), a rompu le silence pour exprimer ouvertement ses réserves. Bien qu'il siège sur le comité directeur d'OPTILAB, le Dr Barrette souhaite que l'on mette la pédale douce sur l'avancement des travaux.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Lise Millette
La Presse Canadienne
MONTRÉAL

Le système de santé coûte cher et pour diminuer les coûts, Québec a amorcé en 2012 un virage destiné à optimiser les dépenses des laboratoires médicaux. Des économies de 100 millions de dollars sont espérées, mais la précipitation des travaux sème l'inquiétude dans le réseau de la santé.

Le projet OPTILAB se fonde sur des principes d'efficience, de contrôle des dépenses et de mise à jour des équipements. Il s'est amorcé en 2012.

Des notes internes du ministère de la Santé et des Services sociaux, rédigées en novembre 2013 et obtenues par La Presse Canadienne, révèlent que le dossier avance toujours et qu'il chemine dans l'urgence.

Le document précise que le Québec doit s'inscrire dans le mouvement nord-américain du «choosing wisely» dans le but de «réviser nos façons de dispenser les services pour les rendre plus performants et plus efficients».

Et la commande ne vient pas du ministère de la Santé, mais bien du Conseil du trésor.

«Sous le gouvernement précédent et sous le gouvernement actuel, le Conseil du trésor réitère auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux l'obligation de procéder à un tel exercice d'optimisation», peut-on lire dans ce même document, qui précise, en toutes lettres, que «le statu quo n'est pas une option».

OPTILAB veut mettre en place 14 grappes pour les 18 régions du Québec. À terme, des méga-grappes de forts volumes verront le jour à Québec et Montréal. D'autres grands laboratoires sont prévus à Sherbrooke (CHUS), à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont et à l'Hôpital général juif.

Viendront ensuite des regroupements régionaux ou interrégionaux pour l'Hôpital du Sacré-Coeur, l'Hôpital Charles-Lemoyne, mais aussi à Rimouski, Chicoutimi, Gatineau, Lévis et Trois-Rivières. S'ajoute aussi un laboratoire unique pour la région dite des «3 L» désignant les Laurentides, Lanaudière et Laval.

Dans les laboratoires des hôpitaux, l'inquiétude a déjà gagné le personnel.

«Lorsqu'on demande des chiffres ou des détails à nos agences, personne n'est capable de nous fournir quoi que ce soit. On nous répond que d'autres projets semblables sont en cours au Canada, mais rien pour nous dire ce que nous allons améliorer en qualité des services», a confié une microbiologiste en entrevue à La Presse Canadienne, précisant que tous les prélèvements ne peuvent «voyager» ou être déplacés sur de grandes distances.

L'hôpital de cette professionnelle n'a pas été choisi pour devenir le grand centre régional. Ses échantillons devront être envoyés à plus de 60 kilomètres, à l'hôpital Charles-Lemoyne de Longueuil. Sa situation n'est pas unique.

«Tout le monde n'est pas content, sauf les techniciens et le personnel des gros centres qui ont été choisis comme grands laboratoires. À Trois-Rivières, les choses ont brassé», ajoute une technicienne de Lanaudière qui ne souhaite pas non plus être identifiée, jugeant que l'enjeu est «politique».

Elle ajoute: «ils auraient pu faire un projet pilote avec une région particulière. Et la grappe Laval, Lanaudière et les Laurentides, c'est immense comme territoire regroupé!»

«Parfois ce sont des hôpitaux avec de plus petits laboratoires que le nôtre qui ont été désignés comme laboratoire central. On s'explique mal certains choix», a mentionné une médecin spécialiste de la Montérégie, inquiète de voir que certaines analyses ne seront plus effectuées dans son hôpital.

Le docteur Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), a rompu le silence pour exprimer ouvertement ses réserves. Bien qu'il siège sur le comité directeur d'OPTILAB, le Dr Barrette souhaite que l'on mette la pédale douce sur l'avancement des travaux.

«Nous comprenons l'exercice financier, mais il n'est pas question de mettre quoi que ce soit en place au Québec sans garantir la sécurité du transport et la mise en place d'un système d'information fonctionnel pour permettre le relais rapide des rapports diagnostics et des analyses», a insisté le président de la FMSQ.

Même si les réponses sur la sécurité des échantillons et sur la liste des analyses qui seront déplacées se font toujours attendre, des agences sont déjà en train de s'engager dans des déménagements de ressources, de matériel et de personnel. Le Dr Barrette dit avoir tenté de freiner les agences de Montréal qui précipitent un processus encore inachevé.

Dans l'Ouest canadien, Alberta Health Services a commencé ses recherches pour trouver l'entreprise qui héritera de la tâche d'élaborer un «super-lab» afin de regrouper toutes les analyses médicales en laboratoire à Edmonton.

Tout comme le Québec, cette province justifie son projet par les défis technologiques et médicaux à venir. L'Alberta est aussi confrontée à une demande croissante de services de laboratoire, des tests nouveaux et souvent plus dispendieux, des contraintes d'espace qui limitent l'expansion des laboratoires actuels, une main-d'oeuvre vieillissante et des défis de recrutement. Les enjeux sont à ce point importants que le statu quo n'est plus considéré comme une option durable.

L'appel d'offres albertain précise que l'objectif est de consolider tous les services de laboratoire sous un seul fournisseur d'ici janvier 2015. Des investissements de 3 milliards de dollars seront nécessaires pour réaliser ce projet, qui s'étendra sur un horizon de 15 ans. L'Alberta estime donc que son super laboratoire sera livré en 2030.

Si les enjeux sont similaires à ceux du Québec, les moyens et le calendrier de réalisation diffèrent largement. Le gouvernement du Québec espère réaliser des économies de 100 millions de dollars avec la création de ses grappes de services, mais aucune somme n'y est dévolue dans le dernier budget. Et Québec veut compléter cette réforme d'ici trois ans.

«Il n'y a pas de données centralisées au Québec, ça n'existe pas, a dit Gaétan Barrette. Et on nous dit que dans maximum trois ans ce sera terminé! N'importe quelle personne saine d'esprit va comprendre que c'est n'importe quoi.»

Loin de vouloir abandonner le projet, il croit néanmoins qu'il faut aller de l'avant, mais avec un plan bien défini.

«On ne pourra pas acheter des équipements de pointe dispendieux dans 22 laboratoires, alors oui à une concentration, mais à une condition que le patient et la pratique médicale ne s'en trouvent pas altérés», a nuancé le président de la FMSQ qui craint un développement anarchique.

En laissant les différentes agences lancer des appels d'offres pour développer leurs propres systèmes, le Dr Barrette redoute d'ajouter à la confusion puisque rien ne viendrait assurer que les systèmes retenus seront compatibles d'une région à l'autre. Pour le médecin, le risque de plonger le Québec dans une cacophonie administrative est grand.

Il cite en exemple le cas du FIT, un test de dépistage de sang dans les selles pour détecter le cancer du côlon. À l'heure actuelle, tous les tests menés au Québec sont envoyés à Sherbrooke. Or, s'il a l'expertise pour le réaliser, le système d'information de Sherbrooke n'est pas compatible avec aucun autre centre de santé au Québec.

«Sherbrooke envoie par la poste, par fax ou manuellement ses résultats, ce qui induit des délais énormes parce qu'après, localement, du personnel administratif entre ces résultats manuellement dans les systèmes locaux. Tout ça pour des raisons politiques. À Sherbrooke, le ministre (de la Santé, Réjean Hébert) est là et prêche pour sa paroisse», a déploré le docteur Barrette.




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