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Informatisation des CSSS: un contrat qui «ne marche pas»

L'Alliance du personnel professionnel et technique de la... (Photo François Roy, archives La Presse)

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L'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux entend réclamer au ministre de la Santé Réjean Hébert un moratoire et l'ouverture d'une enquête.

Photo François Roy, archives La Presse

Un nouveau contrat d'informatisation attribué à la firme privée Proaction soulève encore une fois la colère de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), qui entend réclamer au ministre de la Santé Réjean Hébert un moratoire et l'ouverture d'une enquête.

Précision: Cet article publié le 6 mars fait l'objet d'une précision. Nous avons écrit que la société Worximity Technologie travaille dans le domaine de la transformation alimentaire et dans le domaine de la mise en relation en transfert d'entreprises. Or, cette entreprise travaille plutôt dans le domaine des services informatiques et dans le développement de logiciels de gestion dans le milieu manufacturier. De plus, M. Jean-Philippe Laforge n'est plus actionnaire de la société Worximity Technologie et n'en est plus administrateur depuis le 1er février dernier. Enfin, contrairement à ce que nous avons pu laisser entendre dans le texte, il n'existe aucun lien entre Worximity Technologie ou M. Yannick Desmarais et M. Tony Accurso. Nos excuses.

Précision: Mme Lacroix n'est pas administratrice des sociétés mentionnées dans cet article et n'y a jamais eu de rôle actif. Nos excuses.

Proaction a obtenu jusqu'à ce jour des contrats atteignant près de 10 millions pour implanter dans les soins à domicile une controversée méthode dite «Lean», qui consiste à minuter les actes du personnel. L'APTS demande depuis des mois un moratoire sur cette méthode mise en place dans certains CSSS.

L'entreprise élargit maintenant son champ d'action en se lançant dans l'informatisation en santé, en confiant la conception d'un logiciel à une firme qui, jusqu'en 2011, se spécialisait dans la transformation alimentaire et n'avait jamais travaillé dans le domaine de la santé.

Selon des documents officiels obtenus par La Presse, la firme privée Proaction est passée avec succès, comme elle l'écrit elle-même, «à une autre étape de développement» en santé en concluant une entente avec le CSSS de Bordeaux-Cartierville-Saint-Laurent. L'accord consiste en l'implantation d'un logiciel destiné à relier le minutage des interventions à domicile au serveur central du centre de santé. Comme Proaction ne possède pas l'expertise pour concevoir le logiciel, il a été convenu de confier cette tâche à la société Worximity Technologies inc., dont le siège social est à Terrebonne. Au moins deux autres CSSS se sont montrés intéressés par le logiciel, Cavendish et Jeanne-Mance.

Une enquête réclamée

Pour l'APTS, ce nouveau contrat est la goutte qui fait déborder le vase. «Même le ministre a dit que ce n'était pas une vraie méthode Lean, rappelle Carole Dubé, présidente de l'APTS. Avec ces nouvelles informations, on ne peut que demander des comptes sur tous ces contrats accordés. On ne comprend pas. On a interpellé maintes et maintes fois les dirigeants des CSSS, de même que l'agence de santé. On n'a rien contre les vrais projets d'optimisation, mais Proaction, ça ne marche pas. Notre personnel est en détresse, des gens songent à démissionner, et ce n'est pas avec une méthode comme celle-là que les employés vont collaborer. On veut un moratoire, et on va exiger une enquête.»

Le CSSS s'est engagé à «tenir confidentiels» les coûts facturés pour la conception du logiciel, mais La Presse a appris qu'ils s'élevaient à 50 000$. Le CSSS a aussi accepté que le logiciel demeure la propriété de Proaction. Le directeur général de Bordeaux, Daniel Corbeil, a aussi accepté, dans une entente signée de sa main, de réaliser avec l'équipe de Proaction une vidéo ou un document promotionnel vantant les mérites du projet. Le centre de santé doit payer 15 000$ pour les frais de conception, et devra verser 18% par an pour le coût du logiciel évalué par Proaction à 35 000$, soit 6300$ par année. C'est sans compter près d'un demi-million déjà versé par ce CSSS pour implanter la méthode Lean.

Un tout autre secteur d'activité

Les actionnaires de Worximity Technologies inc. sont Jean-Philippe Laforge et Yannick Desmarais. Leur société, qui a changé de nom en avril 2012, s'appelait jusqu'en 2011 Food Business Consulting inc. et se spécialisait dans la transformation alimentaire. Ils sont aussi à la tête d'une firme de mise en relation en transfert d'entreprises. En remontant plus loin dans l'historique des sociétés enregistrées à la même adresse, La Presse a constaté que l'administratrice de ces deux dernières firmes est Josée Lacroix, aussi administratrice de deux entreprises dont l'actionnaire principal est Tony Accurso. L'une d'elles est dans la gestion et les placements, l'autre est Construction Louisbourg.

Le fondateur de Proaction, Denis Lefebvre, n'a pas donné suite à plusieurs demandes d'entretien de La Presse. Un message laissé dans une boîte vocale de Worximity est resté sans réponse. Tout comme nos tentatives de joindre M.Accurso. Au cabinet du ministre de la Santé, l'attachée de presse Ariane Lareau a expliqué que Réjean Hébert préférait prendre connaissance de tous les détails obtenus par La Presse avant de faire des commentaires, tout en rappelant que «Proaction est un dossier qui le préoccupe».

Au CSSS de Bordeaux-Cartierville-Saint-Laurent, où la firme Proaction est présente depuis le mois de juin dernier, on a confirmé que le logiciel est en phase «d'implantation». La responsable du service des personnes en perte d'autonomie, Lucie Blain, a expliqué que le logiciel allait permettre d'éliminer une double saisie des actes des intervenants à domicile. «Nous n'avons pas les moyens financiers pour nous équiper et on n'a pas le personnel pour développer un logiciel», a-t-elle précisé avant de nous renvoyer à la firme Proaction pour avoir d'autres détails sur le concept informatique.

Comme l'a révélé La Presse il y a quelques semaines, Proaction n'a pas hésité à payer un voyage à Vancouver de plus de 2000$ à un dirigeant d'un CSSS pour qu'il fasse la promotion de sa méthode lors d'un sommet sur les soins à domicile, l'automne dernier. Cette méthode, imposée au personnel dans une dizaine de CSSS, contreviendrait au code de déontologie de plusieurs intervenants, dont les infirmières, selon la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

Le ministre de la Santé, Réjean Hébert, a déjà dit publiquement que la méthode Proaction n'est pas une vraie méthode Lean. Et il a rappelé à l'ordre les directions des CSSS en leur demandant d'établir une approche «à l'interne» plutôt que de faire appel à des firmes privées.




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