Des médecins opposés à l'euthanasie ont lancé aujourd'hui une offensive médiatique pour convaincre leurs collègues et la population de s'opposer au dépôt du projet de loi de la ministre Véronique Hivon légalisant «l'aide médicale à mourir».

Mis à jour le 19 févr. 2013
Daphné Cameron LA PRESSE

Un peu plus de 230 médecins québécois, dont trois anciens doyens de facultés de médecine, ont formé le Collectif de médecins du refus médical de l'euthanasie. Le groupe s'oppose farouchement à l'injection létale et souhaite mettre en garde les Québécois contre les enjeux «mal compris et mal définis» du projet de loi, qui devrait être déposé d'ici le mois de juin. Ils militent plutôt en faveur de l'amélioration des soins palliatifs.

«Techniquement, c'est un homicide, que la personne soit consciente ou inconsciente, que la personne soit jeune ou vieille, ça ne change rien au fait qu'il y a une seringue et que la personne au bout est décédée. Nous sommes là pour dire qu'enlever la vie volontairement à quelqu'un ce n'est pas un soin», a déclaré le Dr Marc Beauchamp, chirurgien-orthopédique, lors d'une conférence de presse ce matin dans le hall du Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal.

«L'aide médicale à mourir» est l'un des concepts mis de l'avant par la Commission Mourir dans la dignité. Un rapport de juristes experts mandatés par le gouvernement rendu public au début du mois de janvier a par la suite statué que Québec a le pouvoir de légaliser l'aide médicale à mourir, à condition que la pratique soit étroitement balisée. Le patient devra notamment être en fin de vie, être atteint d'une maladie incurable, dans une situation de dégénérescence avancée, avec des souffrances constantes et insupportables que la médecine ne peut soulager. Les patients atteints de maladie mentale ne seront pas éligibles. Et il n'est pas question d'ouvrir la porte au «suicide assisté» comme dans certains pays européens.

Il faut préciser que le collectif ne considère pas la sédation terminale utilisée pour «endormir» un patient dans ses derniers jours de vie en administrant des médicaments antidouleur et le refus de traitement comme de l'euthanasie.

«Médecins, aidez-nous à protéger les plus faibles, les plus vulnérables, ceux et celles qui ne sont pas capables de résister à la pression du milieu, de disparaître, de dégager», a plaidé le Dr Beauchamp. «On fait aussi appel à tous les politiciens et à tous les citoyens qui ont le sens des responsabilités, nous vous demandons de ne pas lancer notre société dans une expérience imprévisible et dangereuse. Aidez-nous plutôt à bâtir un réseau complet de soins palliatifs.»

«Il faut garder l'hôpital sécuritaire, si vous voulez mourir par la main d'un autre, il ne faut pas que ce soit dans un hôpital public ou dans une maison de soins palliatifs. Il y a un autre avenir pour les souffrants et ils ont le droit à la sécurité. Nous vous demandons de ne jamais demander à quelqu'un de tuer un autre», a ajouté le Dr Patrick Vinay, ex-doyen de la faculté de médecine de l'Université de Montréal.

Le Collectif a embauché une firme de relations publiques pour organiser la conférence de presse ce matin. Elle a par ailleurs acheté une  publicité dans La Presse ce matin en plus de lancer un site web, une page Facebook et une campagne sur Twitter. Le Dr Patrick Vinay a assuré que le Collectif n'était financé par aucun groupe de défense ou lobby.