Le comité de vérification du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) se penchera sur des allégations concernant la gouvernance de l'établissement, notamment la multiplication des postes de direction et la gestion contractuelle.

Mis à jour le 18 janv. 2013
Pascale Breton LA PRESSE

C'est ce qu'ont confirmé à La Presse plusieurs sources bien informées du dossier. «La reddition de comptes se fera ensuite auprès du conseil d'administration», précise l'une d'entre elles.

Aux communications du CHUM, la porte-parole, Lucie Dufresne, nie que le comité soit au travail. «Ce n'est pas dans son mandat», dit-elle.

La haute direction grossit

Selon ce qu'il a été possible d'apprendre, plusieurs sont préoccupés par la gestion administrative de l'établissement. Ils remettent notamment en question la pertinence d'une «superstructure» de direction que le directeur général, Christian Paire, a mise en place autour de lui.

Dans une lettre envoyée à ses membres le 20 décembre, le président du conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) du CHUM, le Dr Paul Perrotte, aborde d'ailleurs le sujet ouvertement.

Le CMDP dénonce la «multiplication incompréhensible des postes de la haute direction», ainsi que certaines nominations et le recours à des experts-conseils. Des postes de direction aux affaires internationales, aux affaires juridiques, à la performance médico-administrative et à la planification stratégique, entre autres, ont été créés, de même qu'un poste de délégué aux arts.

Le CMDP s'inquiète aussi de l'augmentation des coûts de l'appareil administratif, au moment où le CHUM doit plutôt réduire ses dépenses de 10% en vertu de la loi 100, peut-on lire dans cette lettre.

Selon nos informations, les chiffres qui circulent évoquent plutôt une augmentation des dépenses administratives de 10 à 15%.

Le CMDP craint «la possibilité d'entrevoir une situation de crise» au CHUM. «Nous craignons que la gestion et la gouvernance ne soient remises en question, que les coupures de services aient des impacts sur les soins aux patients», peut-on lire dans la lettre.

Le 14 décembre, le Dr Perrotte a aussi écrit au ministre de la Santé, Réjean Hébert, pour solliciter une rencontre d'urgence. Cet entretien a eu lieu la semaine dernière, dans le cadre d'une visite de l'établissement au cours de laquelle le ministre a aussi rencontré le comité exécutif et la direction du CHUM.

Le Ministère avait déjà des préoccupations concernant la situation au CHUM, lesquelles ont été corroborées par les dires du CMDP.

Coupes aux urgences

Les infirmières, en faisant écho aux médecins, dénoncent elles aussi l'augmentation des postes de direction pendant que, sur le terrain, des coupes se font sentir aux urgences.

Un poste d'infirmière a été aboli aux urgences de l'hôpital Saint-Luc l'automne dernier, pour «harmoniser les pratiques sur les trois sites», dit le CHUM. Depuis, il n'y a que deux infirmières pour quatre patients aux soins aigus, des cas complexes. Pendant les pauses, une seule se retrouve à s'occuper de huit patients.

La tâche est lourde. «Nous avons vécu des situations qui mettaient les patients en danger, car nous ne pouvons pas leur accorder toute l'attention que leur état exige», peut-on lire dans une lettre écrite par les infirmières, que La Presse a obtenue.

Le président du Syndicat des professionnels en soins de santé du CHUM, Guy Brochu, est inquiet. Il abordera le sujet au cours d'une rencontre aujourd'hui avec le directeur général associé du CHUM, Yvan Gendron.

«Ça ne paraît pas que la direction se rationalise. Mais sur le plancher, quand on est rendu à enlever une infirmière aux urgences, il y a un problème. Les urgences débordent», lance M. Brochu en invitant le ministre à réagir. «Il faut que monsieur le ministre regarde les livres et voie où va l'argent.»

Le CHUM se défend

La Presse a aussi appris que les nombreuses absences du directeur général suscitent des interrogations. Christian Paire, originaire de la France où sa famille se trouve toujours, a bénéficié de plusieurs semaines de vacances et de congés professionnels l'an dernier.

«Il a le droit de prendre ses vacances en France et d'aller rencontrer ses enfants. Il est aussi appelé à donner des conférences ou à représenter l'institution», justifie sa directrice de cabinet, Irène Marcheterre.

Elle réfute les allégations concernant une multiplication des postes. Seuls trois postes de direction ont été créés depuis l'arrivée de M. Paire, les autres étant des réaffectations, dit-elle. Le poste de direction aux affaires internationales vient d'être aboli.

Le CHUM déménagera bientôt sur un seul emplacement qui accueillera 10 000 personnes, en plus du centre de recherche. Il devait mettre au point sa planification stratégique et souhaite aussi revoir le mode de financement des hôpitaux.

«Dans ce contexte, ça prenait quelques ressources de plus», souligne Mme Marcheterre en affirmant dans la foulée que l'établissement respectera la cible de réductions administratives prévue dans la loi 100.