L'hôpital est souvent perçu comme un endroit effroyable, où l'on espère ne jamais devoir aller. Tout le monde sait cependant que la maladie peut frapper sans crier gare, et qu'une civière deviendra alors une sorte de planche de salut. Derrière les murs d'un hôpital, il y a bien sûr toutes les souffrances inimaginables. Mais un hôpital, c'est aussi le microcosme de la société avec les plus belles histoires de compassion, d'espoir, et d'amour. Et à l'approche de Noël, c'est encore plus vrai. En voici un petit aperçu.

Sara Champagne LA PRESSE

C'était la vie ou la mort. Elle a choisi la vie, moyennant un lourd prix à payer. Raphaëlle a 10 ans. Il y a deux mois, sa jambe droite a été amputée, une partie de son bassin, ainsi que des muscles de son fessier. Depuis ce jour fatidique d'octobre, sa vie est une alternance entre la physiothérapie et la chimiothérapie. Un cancer des os d'une rare férocité a frappé la fillette au début de l'été dernier, un ostéosarcome.

À sa gauche, un fauteuil roulant rappelant celui de Chantal Petitclerc. À sa droite, une marchette. Entre les deux, son lit d'hôpital, où elle doit encore se soumettre à de la chimio, avec les maux de coeur compris, et ce, jusqu'à l'été prochain. Deux mois à peine se sont écoulés depuis qu'on lui a coupé la jambe, et Raphaëlle parvient à grimper des marches. Elle rampe. Elle se roule à terre, aussi. S'il n'en tenait qu'à sa volonté, elle serait de retour dans les rangs de son équipe de ringuette. Mais avec une seule jambe, c'est quasiment impensable. Du moins, pour l'instant.

« Raphaëlle a pleuré, mais moins que nous, raconte sa mère, Valérie Robitaille. Même qu'elle me consolait quand on a appris pour son cancer. Elle est forte ma fille, c'est mon héroïne », ajoute-t-elle assise au pied de son lit. À moins de complications, par exemple une infection, la petite devrait recevoir son congé de l'Hôpital de Montréal pour enfants juste à temps pour Noël. Du moins jusqu'au prochain traitement, prévu début janvier. En attendant, elle soigne ses nausées à coup de médicaments, participe aux sessions de bricolage de l'hôpital, et se rabat sur la musicothérapie.

Deux Dr Clown entrent dans la chambre. Les Dre Queen et Dr Tcheksa lui remettent « une prescription de tendresse ». On dirait que la neige s'est arrêtée de tomber. La petite a un large sourire pour la première fois ce matin. Elle ne parle pas, mais ses yeux sont remplis de 10 000 maux. « Tout est difficile, explique-t-elle, mais c'est le mal de coeur le pire. »

Quelques jours avant l'amputation de sa jambe, elle a eu droit à une haie d'honneur lors d'un match de son équipe de ringuette. On a retiré son chandai l . Le numéro 98. Personne ne le portera plus jamais. Et sur les casques protecteurs de l'équipe, on retrouve désormais ce fameux numéro 98. « Un jour, qui sait, elle pourra devenir gardienne de but », glisse sa mère avec espoir dans la voix. La petite Raphaëlle relève sa couverture sous son nez, elle ramène sa jambe gauche au niveau de son bassin. Grâce au programme des vainqueurs, elle pourra recevoir, des Amputés de guerre, une prothèse de nageur et une autre pour le vélo. « On verra si elle veut les porter plus tard », ajoute Valérie.

Raphaëlle tombe de fatigue, mais ses yeux redeviennent vifs quand on parle des performances de Chantal Petitclerc, du chanteur Martin Deschamps. On parle aussi de cette jeune Américaine, qui, malgré le bras arraché par un requin, a repris les compétitions de surf à 14 ans. Voilà qu'apparaît tout l'espoir du monde dans les yeux de Raphaëlle, c'est l'espoir olympique sur la vie, semble-telle vouloir dire.

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UN DEUXIÈME CHEZ-SOI POUR LES PATIENTS

La vieille dame n'arrête pas de regarder la fée des étoiles, les deux mains appuyées sur sa marchette. «Quel âge a-t-elle? demande-t-elle en italien.

- 21 ans.

- Elle ressemble tellement à ma petite-fille, je croyais que c'était elle!», dit-elle avant de se faire en prendre en photo avec sa nouvelle petite fée.

Le père Noël et sa fée, une bénévole qui étudie en médecine à l'Université de Montréal, visitent l'unité de gériatrie. Ensuite, ils iront en hémodialyse, puis en neurologie. Ils traînent avec eux un chariot rempli de truffes au chocolat, de cartes de souhaits, de cannes de bonbon, et une petite chaîne stéréo, pour faire jouer les refrains des Fêtes.

«L'hôpital, c'est la maladie, mais pour moi, c'est une famille, mon deuxième chez-moi», explique Marcel Gagnon, derrière sa longue barbe blanche. L'homme est devenu le père Noël de l'hôpital Notre-Dame il y a 16 ans, après y avoir travaillé pendant 34 ans, notamment comme opérateur des ascenseurs.

Certains patients, comme la dame à la fée des étoiles, recevront leur congé de l'hôpital pour Noël, mais devront y retourner le lendemain.

À l'unité d'hémodialyse, les patients sont branchés à des appareils qui filtrent leur sang. Certains sont assis, d'autres couchés, certains sourient, d'autres se cachent le visage. «La seule chose qu'on ne peut pas demander aux patients, c'est: "comment ça va? ". On risque de se faire virer de bord assez vite. Mieux vaut juste dire bonjour et leur souhaiter une bonne journée», dit M. Gagnon.

On arrive à l'unité de neurologie. Au poste de garde, les infirmières accueillent le père Noël avec des câlins. «Est-ce que ça prend juste une grosse barbe pour pogner de même avec les femmes?», blague un infirmier. Dans le couloir, des patients sortent de leur chambre malgré les lendemains douloureux d'une opération. L'un d'eux a été opéré au cerveau en début de semaine et attend son congé. «Je croise les doigts pour la suite», dit-il avant d'accepter des truffes.

Environ 500 patients recevront la visite du père Noël d'ici au réveillon, autant de gens qui ne désirent qu'une seule chose: la santé!

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Photo: Martin Chamberland, archives La Presse

Le père Noël et la fée des étoiles visitent des patients de l'hôpital Notre-Dame, quelques jours avant Noël. Le patient Jules Bardier et l'infirmière Madeleine Daigneault les reçoivent.

REPAS SOMPTUEUX PRÉPARÉ POUR 10 000 PERSONNES

C'est la plus grosse journée de l'année à l'hôpital Notre-Dame. Une vingtaine de cuisiniers sont entrés au travail à 5 h du matin pour offrir le repas de Noël à 10 000 personnes. À quelques jours de Noël, 4500 morceaux de gâteau seront offerts aux médecins, infirmières, patients, et à tout le personnel du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM). Le menu du temps des Fêtes a nécessité un mois de préparation. Les cuisiniers ont préparé jusqu'à 160 tourtières par jour, 250 kilos de poitrine de dinde ont été désossés, et une marmite de 120 litres a permis de brasser la soupe aux pois.

Deux étages plus haut, une femme célèbre sa 30e année de bénévolat au CHUM en servant le gâteau royal praliné au chocolat. Depuis quatre ans, tous les patrons du centre hospitalier, tant le PDG Christian Paire, que ceux des unités de soins, sortent de leurs bureaux pour servir le repas, et serrer des mains. La Dre Isabelle Perreault, du centre des grands brûlés, vient à la rencontre des bénévoles le chapeau de chirurgien encore sur la tête. Elle se remémore l'explosion survenue dans une industrie de Sherbrooke, un moment fort de son année, avec tous les brûlés qui devaient être soignés.

Pierre-Albert Coubat, directeur des ressources humaines, explique que les patrons seront présents dans les étages toute la journée. La tradition a été instaurée il y a quatre ans. Il tend ensuite un morceau de gâteau à une infirmière qui le refuse sans cacher sa fierté. «J'ai perdu 60 livres, je suis au régime, dit-elle. Mais j'aimerais bien une tasse de café.»

Un patient fait son entrée avec un bandage à l'oeil droit. On lui offre un morceau. D'autres personnes se présentent, mais on dirait qu'elles ne sont pas malades. Elles ont l'air heureuses d'être là.

Pendant ce temps, dans les cuisines, Jean-Marc Riverain, chef des activités alimentaires,  veille à la supervision de 25 livraisons de buffets en après-midi, et à la préparation d'un 5 à 7 en soirée. Il explique que le repas de Noël au CHUM nécessite près de deux fois le volume habituel. «C'est beaucoup de travail, mais on en retire une grande satisfaction personnelle. C'est comme un repas du réveillon.»

Photo: Martin Chamberland, La Presse

Depuis quatre ans, tous les patrons du centre hospitalier, tant le PDG Christian Paire que ceux des unités de soins, sortent de leurs bureaux pour servir le repas de Noël et serrer des mains.