Des aliments sont faussement vendus comme étant halal - c'est-à-dire conformes aux rites musulmans - au Canada. Bonne nouvelle: le gouvernement fédéral veut réduire ces fraudes, difficiles à détecter pour les consommateurs.

Marie Allard LA PRESSE

«L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) est en train d'analyser les différentes options pour réduire l'utilisation frauduleuse des revendications halal sur les étiquettes des produits alimentaires, a confirmé hier à La Presse Guy Gravelle, porte-parole de l'Agence. Une fois cette analyse terminée, l'ACIA partagera son approche proposée avec les parties prenantes, y compris le grand public, pour examen et commentaires.»

L'étiquetage des produits casher est encadré par Ottawa, mais rien ne réglemente l'appellation halal. C'est problématique, selon Me Pierre Bosset, professeur au département de sciences juridiques de l'UQAM. Ne serait-ce qu'en vertu de la neutralité religieuse de l'État, qui ne doit pas protéger une religion - dans ce cas-ci, le judaïsme - sans accorder la même protection aux autres cultes.

Problème: la définition de ce qui est halal divise les musulmans, qui sont plus ou moins stricts à certains égards. Ce n'est pas au gouvernement de trancher ces points de discorde, a souligné Me Bosset. «On devra vivre avec une multiplicité d'appellations halal, la neutralité de l'État l'exige», a-t-il dit.

Vers l'étiquetage obligatoire?

François Gendron, nouveau titulaire du ministère de l'Agriculture (MAPAQ), va plus loin: il demande l'étiquetage obligatoire des aliments halal. Cela permettrait à ceux qui ne veulent pas acheter de viande halal - parfois vendue incognito au supermarché - de l'éviter. Plus de 80% des Québécois estiment que l'étiquetage des produits halal doit être mis en évidence et transparent, selon un sondage Léger Marketing réalisé pour le Journal de Montréal.

«La demande des consommateurs est légitime, il faut tendre vers cela», a indiqué Maxime Giroux, attaché de presse du ministre. Le Québec ne peut toutefois imposer seul l'étiquetage obligatoire, qui relève du gouvernement fédéral.

Au Québec, 20% des abattages de viande rouge qui se font dans les abattoirs de compétence provinciale respectent un rituel religieux, a dit Thérèse Loubier, vétérinaire au MAPAQ. Dans la vaste majorité des cas, il s'agit d'abattage halal.

C'est évidemment légal. Le Règlement fédéral sur l'inspection des viandes prévoit que les animaux doivent perdre connaissance avant la saignée, mais des exceptions sont prévues pour l'abattage halal ou casher, qui peuvent se faire à froid.

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L'abattage rituel religieux au Québec

En ce jour de l'Aïd, où les familles musulmanes sacrifient un animal en souvenir de la soumission d'Abraham à Dieu, voici quelques statistiques sur l'abattage rituel religieux au Québec.

1.   Abattoirs sous juridiction fédérale, qui peuvent vendre leur viande partout au Canada et à l'étranger.

Parmi les 10 abattoirs québécois de bovins et de veaux sous juridiction fédérale:

-      9 font l'abattage rituel halal

-      6 font l'abattage rituel casher

Parmi les 14 abattoirs québécois de volaille sous juridiction fédérale:

-      6 font l'abattage rituel halal

-      1 fait l'abattage rituel casher

2. Abattoirs sous juridiction provinciale, qui peuvent vendre leur viande au Québec seulement.

-      20% des abattages de viande rouge respectent un rituel religieux. La grande majorité sont des abattages halal.

-      1% des abattages de volaille respectent un rituel religieux.

Sources : Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) et Dr Thérèse Loubier, coordonnatrice des activités d'inspection du secteur des viandes au MAPAQ.

-Marie Allard





Abattage à domicile

Demain, à l'occasion de la fête de l'Aïd, plusieurs familles musulmanes égorgeront un animal, pour commémorer la soumission d'Abraham à Dieu. Étonnamment, elles sont autorisées à faire l'abattage à domicile, si cela ne contrevient pas aux règlements municipaux et normes environnementales en vigueur.

«Un consommateur peut abattre un animal chez lui pour sa consommation personnelle, a reconnu la Dre Loubier. Mais le MAPAQ recommande toujours qu'on fasse l'abattage dans un abattoir.»

Quelques chiffres



20% des abattages* de viande rouge respectent un rituel religieux. La grande majorité sont des abattages halal.

1% des abattages* de volaille respectent un rituel religieux.

*Dans les abattoirs de compétence provinciale.

Source: La Dre Thérèse Loubier, coordonnatrice des activités d'inspection du secteur des viandes au MAPAQ

Qu'est-ce qui est halal?

Les aliments halal - ce qui veut dire licites - sont ceux qui sont permis selon le Coran. Parmi les aliments proscrits (dits haram), on trouve le porc, l'alcool, les animaux carnivores, le sang, la gélatine et les animaux qui ne sont pas abattus selon les rites musulmans.

Photo: André Pichette, La Presse

Selon Me Pierre Bosset, l'État peut difficilement encadrer l'étiquetage des produits casher et ne pas en faire autant pour les produits halal. Il doit accorder la même protection à toutes les religions.