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Ressource intermédiaire de la Montagne: bien loin d'un milieu familial

À la ressource intermédiaire de la Montagne, les... (Photo Édouard Plante-Fréchette, La Presse)

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À la ressource intermédiaire de la Montagne, les lieux sont déstabilisants tellement ils sont neufs et vides.

Photo Édouard Plante-Fréchette, La Presse

La vieille dame est prise de panique devant la porte vitrée du huitième étage. Elle se bat avec la poignée pour ouvrir la porte verrouillée afin d'avoir de l'aide pour téléphoner. C'est la fille de l'une des pensionnaires de l'étage qui finit par l'aider. La préposée arrive plusieurs secondes plus tard avec nonchalance pour s'assurer que tout va bien. Elle a une clef dans le cou. On peut entrer dans l'aile sans problème, mais on ne peut pas en ressortir sans cette fameuse clef.

Les lieux sont déstabilisants tellement ils sont neufs et vides. Quatre tables avec des chaises droites sont placées au milieu de la pièce centrale servant à la fois de salle à manger, de salle communautaire et de salon. Il n'y a pas de canapé devant le téléviseur haute définition. Pas de décoration à part quatre pots de fleurs en plastique. Dans une armoire, il y a un jeu de Monopoly, deux jeux de cartes, un jeu de serpents et échelles et de la pâte à modeler. Deux personnes âgées aux traits tirés échangent à une table avant d'entreprendre l'activité de prédilection de la résidence, le tour de l'étage.

«Ce n'est pas ici que je vais prendre du poids, lance la vieille dame avec un faible sourire. Il n'y a rien dans les assiettes qu'on nous sert, la nourriture est froide, et elle est infecte», ajoute-t-elle sur un ton exaspéré avant de continuer à marcher.

Nicole Robuchon a les larmes aux yeux. Sa mère a été transférée d'un centre hospitalier de soins de longue durée (CHSLD) pour emménager dans cet endroit le 30 mai. Malgré un signalement auprès du commissaire aux plaintes et à la qualité du centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Montagne, rien ou presque n'a changé. «Il y a maintenant du savon, du papier à main et une poubelle dans la salle de toilette. Mais j'ai dû acheter un verre. Et ils ont fini par mettre des numéros aux portes», affirme-t-elle.

«Les asiles de fous»

La femme qui visite sa mère tous les jours nous montre les installations. Dans ce qui devrait être une cuisinette de type résidentiel, il n'y a qu'un micro-ondes, une cafetière, un petit réfrigérateur et un évier. Avec des verres en plastique. Des plateaux de l'heure du midi traînent sur le rebord, à côté de l'unique téléphone. On se dirige vers une porte où un écriteau indique qu'il y a un bain. On a plutôt affaire à une pièce avec de la céramique blanche au mur, un jet d'eau, un plancher de béton et une chaise, sans rideau. «Ma mère a peur de se laver ici, ça lui rappelle les asiles de fous.»

La préposée vient nous ouvrir la porte. Il y a confusion entre l'infirmière de passage et elle pour savoir si la porte devrait être verrouillée ou non. On laisse tomber pour prendre l'ascenseur. Il bloque. Il nous faut une carte d'accès pour le redémarrer et atteindre l'étage plus bas, le septième. Même décor, mais il n'y a pas de pots de fleurs en plastique sur les tables. Un silence de mort règne.

«Il paraît qu'on va finir par avoir une activité par jour, comme du bingo, mais il n'y a toujours rien. Je tente de convaincre ma mère d'aller dans un centre de jour pour se changer les idées, mais elle pleure tout le temps», explique Mme Robuchon.

La visite se termine dans le hall. Quand cette RI a été inaugurée, il y a un mois, des fauteuils rouges et une plante exotique ont été installés afin d'accueillir les conseillers municipaux et le député libéral de Laurier-Dorion, Gerry Sklavounos. Par la fenêtre, on voit la terrasse; une grande dalle de béton sans chaise ni table. Il y a un trottoir bétonné, mais l'entrée est toujours en gravier. Une planche de bois permet de descendre en fauteuil roulant.

«J'ai l'impression qu'ils ont ouvert trop vite, glisse Mme Robuchon. Mais je n'arrive pas à savoir ce qu'ils entendent faire pour remédier à la situation. Ça n'a juste pas de sens, et je n'ai pas l'intention de les lâcher. Un jour, c'est nous qui serons dans ces résidences, il faut y penser.»

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Enquêtes sur les ressources intermédiaires

La situation à la ressource intermédiaire (RI) de la Montagne n'est pas un cas isolé.

Depuis l'annonce de la création des RI pour un remplacement graduel des CHSLD, en 2005, plusieurs établissements ont fait l'objet de plaintes auprès des CSSS, de même qu'auprès du Protecteur du citoyen. En janvier 2011, le gouvernement a même annoncé la fermeture du Pavillon Marquette, dans le Plateau-Mont-Royal, où les 14 pensionnaires étaient affreusement négligés.

Peu de temps après, La Presse a mis au jour la situation vécue à la Villa-Sainte-Anne, dans l'arrondissement de Lachine. Après enquête, le Protecteur du citoyen a produit un rapport contenant plusieurs recommandations, notamment à l'égard du service alimentaire, de l'assistance aux soins d'hygiène et des activités de loisirs.

Au centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Montagne, on a expliqué hier qu'on ne peut pas commenter la plainte de Mme Robuchon en particulier. Mais le directeur des communications, Jean Paiement, a expliqué que la commissaire locale aux plaintes, Mme Pauline Grunberg, a 45 jours pour donner une réponse et produire un rapport. «On a un chef de programme qui voit à régler le problème, a-t-il ajouté. Le promoteur de cette ressource intermédiaire est lié par contrat avec nous. Il va sans dire qu'il a des comptes à rendre, et qu'on peut lui frotter les oreilles.»

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Les RI en PPP

Les ressources intermédiaires sont issues d'un partenariat public-privé (PPP). La gestion de l'immeuble, les repas, les loisirs, la buanderie et les services de préposés sont pris en charge par un promoteur privé.

Dans le cas de la RI de la Montagne, le promoteur Bonneville a investi 20 millions. Il recevra environ 35 000$ par année durant 10 ans pour chacun des 112 pensionnaires.

Par définition ministérielle, une RI est une solution de rechange à l'hébergement en institution. Elle offre aux personnes en perte d'autonomie un substitut au domicile, et «elle leur permet de vivre dans la communauté tout en bénéficiant d'une surveillance en tout temps».

Pour y être admissible, il ne faut pas avoir besoin de plus de trois heures-soins par jour. En 2010, il y avait 740 lits de ressources intermédiaires dans la région métropolitaine, et l'objectif était d'en ouvrir 450 autres avant la fin de 2012.




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