Québec doit réduire de manière urgente le gouffre salarial de 35% qui sépare les pharmaciens qui travaillent dans les hôpitaux de ceux du secteur privé, presse l'Association des pharmaciens d'établissement de santé du Québec (APES), qui accuse le gouvernement de «manquer de volonté politique» pour pourvoir les 275 postes actuellement vacants dans le réseau.

Daphné Cameron LA PRESSE

Sans contrat de travail depuis deux ans, les 1500 pharmaciens d'hôpitaux sont l'un des derniers groupes d'employés de l'État qui n'ont toujours pas conclu d'entente avec le gouvernement. Si le ministère de la Santé continue d'ignorer le problème, les équipes de soin dans les hôpitaux risquent de «frapper un mur», prévient Charles Fortier, président de l'APES.

«Nous sommes sur la corde raide. Nous vivons la pire pénurie du réseau, et c'est celle qui dure depuis le plus longtemps, explique-t-il. Il faut faire quelque chose pour attirer la relève. Il faut des conditions de travail pour concurrencer le secteur privé, où travaillent 80% des pharmaciens.»

Salaire moins élevé

Actuellement, les pharmaciens en milieu hospitalier ont un salaire de départ de 36,70 $ l'heure. Au sommet de l'échelle, ils gagnent 45,88 $. À titre comparatif, les pharmaciens du secteur privé commencent à environ 51 $ l'heure.

Pour pratiquer en milieu hospitalier, il est nécessaire de détenir une maîtrise. Environ 70 places sont offertes chaque année au Québec dans les deux facultés de pharmacie. Or, seulement 57 personnes se sont inscrites au programme en 2011. Le nombre a oscillé de 47 à 67 entre 2003 et 2011. Pourtant, le baccalauréat en pharmacie est l'un des programmes les plus contingentés du Québec: on n'y accepte que 1 candidat sur 10.

«On demande aux pharmaciens hospitaliers d'étudier 16 mois de plus, de gérer des cas beaucoup plus compliqués et de faire de la garde, tout cela pour un salaire beaucoup moins élevé. Il y a une équation qui ne marche pas, déplore M. Fortier. C'est comme les viaducs, on endure, on endure, mais à un moment donné ça s'écroule et il va falloir tout rebâtir. Il ne faut pas laisser la situation perdurer.»

Linda Vaillant, directrice générale de l'APES, explique que la pénurie a des effets sur les soins donnés dans les hôpitaux et qu'il est temps que le gouvernement ouvre les yeux.

«On n'a pas d'études pour le mesurer, mais on est convaincus qu'il y a des effets négatifs, explique-t-elle. On dit que de 35 à 45% des admissions aux urgences sont liées à l'usage de médicaments. Si le pharmacien n'est pas présent pour collaborer avec le médecin pour établir la cause, ça ajoute de la pression sur les équipes thérapeutiques. Ça allonge aussi le temps de préparation des médicaments, ce qui fait que la thérapie va commencer plus tard. Il y a aussi des situations où, clairement, le patient ne pourra pas sortir le jour même parce que le pharmacien n'est pas disponible pour lui expliquer comment prendre ses médicaments. Ça engorge davantage le système».

Tous les étudiants de dernière année du baccalauréat en pharmacie font un stage en milieu hospitalier et doivent y être évalués. Selon l'APES, le gouvernement veut maintenant retirer la prime d'enseignement à 400 des 500 pharmaciens qui la reçoivent. «On a l'impression de reculer, le gouvernement est même en train de regarder des solutions pour enlever de l'argent à certains membres», déplore Mme Vaillant.

Programme de bourses

Le ministère de la Santé a refusé de commenter les négociations en cours. La porte-parole du Ministère, Nathalie Lévesque, a cependant expliqué qu'un programme de bourses aux étudiants à la maîtrise en pharmacie a été mis sur pied afin d'améliorer le taux d'attraction et de rétention des pharmaciens. «Soixante-dix bourses de 40 000$ sont offertes annuellement. En contrepartie de la bourse de 40 000 $, le candidat doit s'engager par écrit à travailler deux années à temps plein en établissement de santé au terme de ses études», a-t-elle expliqué.