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Accompagnante à la naissance: un métier en développement

Quand Annik Baillargeon est tombée enceinte de son... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Quand Annik Baillargeon est tombée enceinte de son premier enfant, son conjoint Davy Derouault et elle, ont tout de suite pensé faire affaire avec une accompagnante. Ils sont maintenant les heureux parents de la petite Adélie, 6 mois.

Photo: André Pichette, La Presse

Ariane Lacoursière
Une idée de reportage suggérée par Nadia Deslaurier

La Presse

À l'heure où l'allaitement et les accouchements «au naturel» sont de plus en plus populaires au Québec, un métier commence à prendre de l'expansion: celui d'accompagnante à la naissance. Mieux connues sous le nom grec de «Doula», les accompagnantes à la naissance, qui seraient environ 200 au Québec, font tranquillement leur place dans les hôpitaux de la province.

Quand Jacinthe Ayotte est tombée enceinte de son premier enfant, il y a un peu plus d'un an, elle a reçu un cadeau bien spécial. Sa belle-mère lui a payé les services d'une accompagnante à la naissance. Avec son conjoint, elle a rencontré Jessie Jalbert, qui est littéralement devenue «leur référence» avant, pendant, et après l'accouchement.

«Je n'étais pas sûre de vouloir une troisième personne avec nous pendant l'accouchement. Mon chum m'a convaincue, et une chance. Je n'aurais pas pu me passer de Jessie», raconte Mme Ayotte.

La petite Blanche est née le 2 mai dernier à l'hôpital Pierre-Boucher, un accouchement naturel qui s'est très bien déroulé. «Si Jessie n'avait pas été là, j'aurais demandé l'épidurale c'est sûr, même si je ne voulais pas. Jessie m'a rassurée. Elle m'a fait bouger et ça m'a beaucoup aidée, raconte Mme Ayotte. Et après l'accouchement, quand je suis revenue à la maison, j'avais toujours des questions. Jessie était disponible 24 heures sur 24. Si je ne l'avais pas eue, j'aurais appelé sans arrêt à Info-Santé!»

Les accompagnantes à la naissance, qui travaillent dans différents organismes, souvent à but non lucratif ou de façon totalement indépendante, offrent différents services. Cours prénatals privés, présence à l'accouchement, consultation postnatale. «Chaque couple choisit le forfait qu'il veut. Chez nous, les prix varient en général entre 500$ et 1300$», dit l'accompagnante Karine Bergeron, du Centre de maternité Mère et Monde.

La présence constante de l'accompagnante durant l'accouchement est fort appréciée. «Les médecins et les infirmières vont et viennent. Les accompagnantes restent. On propose des positions d'accouchement, des techniques de respiration...», explique la présidente du Réseau québécois d'accompagnantes à la naissance, Marilène Vaillancourt.

Quand Annik Baillargeon est tombée enceinte de son premier enfant, son conjoint Davy Derouault et elle ont tout de suite pensé faire affaire avec une accompagnante. «Quand on est enceinte, on est comme des athlètes. Il faut se préparer à l'accouchement! Moi, je voulais vivre tout ça de la façon la plus sereine possible», explique Mme Baillargeon.

C'est Karine Bergeron qui a assuré le suivi du couple. Il y a six mois, la petite Adélie est née. Pour M. Derouault, Mme Bergeron a été essentielle durant l'accouchement. «Tu es dépassé. La personne que tu aimes le plus au monde souffre. Karine m'a rassuré», témoigne le nouveau papa.

Mme Bergeron explique qu'au départ, les pères ont souvent peur de perdre leur place au détriment de l'accompagnante durant l'accouchement. «Mais on leur fait comprendre qu'on veut au contraire les aider à être bien et à aider leur conjointe. Souvent, pendant l'accouchement, c'est le père qu'on aide le plus! Vu qu'il est moins stressé, ça aide beaucoup les mères», raconte Mme Bergeron. Un avis partagé par Mme Jalbert. «Les conjoints sont lucides pendant l'accouchement. Ils voient tout. Ils sont plus stressés. On fait la différence pour le père, qui fait ensuite la différence pour la mère», dit-elle.

Toutes les accompagnantes interrogées dans ce dossier confirment que leur métier est encore peu connu au Québec. «Le milieu médical nous accueille de mieux en mieux, dit Mme Vaillancourt, qui pratique le métier depuis huit ans. Mais il ne faut pas prendre tout le terrain.» Dans la population, différents mythes persistent. «Plusieurs pensent qu'on est des granos finies, qui prêchent l'accouchement naturel à tout prix. Au contraire. Notre but, c'est de respecter les choix des clients», note Mme Bergeron.

Bagages différents

Pour devenir accompagnante à la naissance, il faut suivre une formation de durée variable offerte dans différentes écoles privées de la province. «La plupart des accompagnantes suivent ensuite des cours de perfectionnement sur l'allaitement ou la gestion de la douleur, par exemple. Chacune a un bagage différent», note Mme Vaillancourt. Le salaire des accompagnantes, qui sont des travailleuses autonomes, varie. Mais le salaire moyen est estimé à entre 40 000$ et 50 000$ par année.

Mme Bergeron effectue en moyenne quatre accouchements par mois. Son téléphone cellulaire est ouvert en tout temps. «Et quand tu pars pour un accouchement, tu ne sais jamais si tu seras partie 2 heures ou 36 heures», illustre-t-elle. Jessie Jalbert croit que l'aspect le plus dur du métier est d'être disponible 24 heures sur 24. «Tu dois prévoir tes vacances d'avance. Mais le métier est tellement intéressant, que ça vaut la peine, dit-elle. On est vraiment privilégiés de pouvoir assister à toutes ces naissances.»

***

Vers une association des accompagnantes à la naissance

Lors de l'épidémie de grippe A (H1N1) en 2009, les hôpitaux ont restreint les visites. Durant les accouchements, une seule personne pouvait être présente aux côtés de la mère. «Certaines ont dû choisir entre leur conjoint et leur accompagnante à la naissance. Et nous, on n'avait pas été prévenus! C'est entre autres pour avoir une voix officielle qu'on planche présentement sur la création d'une association», explique l'accompagnante Annie Noël de Tilly.

Les 200 accompagnantes à la naissance du Québec ont tenu un premier forum en 2010. De cette rencontre s'est détachée une conclusion: les accompagnantes veulent se regrouper. Pas question de créer un ordre professionnel ou d'intégrer le réseau du ministère de la Santé. «On veut rester indépendante. Mais on veut s'autoréguler et on veut une voix plus officielle, dit Mme Noël de Tilly. Par exemple, quand il y a des débats sur la périnatalité, on veut pouvoir y participer.» Pour l'instant, seul le financement manque.




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