Le Québec compte environ 4000 techniciens ambulanciers. Le 25 décembre, la moitié d'entre eux vont sillonner les routes en ambulance pour porter assistance aux gens en détresse. Certains verront des blessés et des morts tragiques. D'autres vivront de petits bonheurs ou recréeront la magie de Noël avec leurs collègues, entre deux appels. Regard sur une manière bien particulière de passer Noël.

Mis à jour le 23 déc. 2010
Marie-France Cyr, Collaboration spéciale LA PRESSE

Les accidents de voiture sont nombreux durant le temps des Fêtes. En 26 ans de carrière, Daniel Thibault, des Ambulances Gilles Thibault, de Sainte-Agathe-des-Monts, en a vu beaucoup à Noël. «C'est sûr que c'est triste parce que les gens se déplacent pour aller voir ceux qu'ils aiment et qu'ils ne voient souvent qu'une fois par année», dit-il.

Plusieurs ambulanciers ont vu des scènes où carcasses d'autos démolies, personnes polytraumatisées, cadeaux éventrés qui jonchent la route. Nancy Baker, de la Coopérative des techniciens ambulanciers de Québec (CTAQ), a été ébranlée par l'un de ces Noëls tragiques. «Quand je suis arrivée au réveillon, après l'accident, mon conjoint m'attendait et m'a dit qu'il m'avait vue au journal télévisé. Il m'a proposé un verre et m'a conseillé de me détendre avant de rejoindre les invités», raconte-t-elle.

Sylvain Careau, aussi de la CTAQ, a assisté à d'autres types de morts tragiques le 25 décembre: un bébé mort sur un lit, étouffé par les manteaux de la parenté qui le bordaient de chaque côté; un grand-père qui a fait un infarctus et est tombé sur le sapin, en pleine distribution de cadeau.

Lucie Carré, ambulancière à Forestville, est déjà allée chercher une dame de 74 ans en plein réveillon. «Elle avait eu un accident vasculaire cérébral très grave et est morte le lendemain, se souvient-elle. Je me suis dit que, pour cette famille, Noël ne serait plus jamais pareil.»

Fêter entre deux urgences

En dépit des risques d'assister à des drames, de nombreux ambulanciers trouvent une façon bien à eux de célébrer Noël tout en restant au service de la population.

David Maltais, qui travaille dans Laurentides-Lanaudière, se transforme par exemple en... Docteur Bingo. C'est son nom de clown, un métier qu'il exerçait avant de se recycler dans le domaine de la santé. «Chaque année, à Noël, je mets mon nez de clown et je vais modeler des ballons pour les enfants qui attendent aux urgences le 25 décembre.»

De façon moins colorée, plusieurs ambulanciers tentent de perpétuer les traditions de Noël durant leur quart de travail. «Après quelques années de service, on a un sentiment d'appartenance envers nos collègues et, aux Fêtes, on veut travailler avec eux autant que rester dans nos familles. Étant donné que mes parents demeuraient sur le territoire qu'on desservait, il nous est déjà arrivé d'aller souper chez eux rapidement pour fêter Noël», explique Emmanuelle Bourdon, qui a été technicienne ambulancière pour la Coopérative des techniciens ambulanciers de la Montérégie.

En région, de nombreux ambulanciers se retrouvent au poste pour festoyer eux aussi. «Souvent, quand on travaille le soir du réveillon, on attend au poste et on partage un repas avec tourtière et bûche de Noël. Si possible, on invite nos conjoints et nos enfants. Mais on doit quitter les lieux en vitesse dès qu'il y a un appel», explique Marie-Claude Richard, des Ambulances 22-22, en Mauricie.

Personnes esseulées

Certains ambulanciers offrent aussi un cadeau bien particulier à des personnes seules à Noël: ils leur consacrent un peu de temps. «Souvent, ce jour-là, des personnes âgées composent le 911 parce qu'elles se sentent tristes et seules, explique Christophe Cinieri, qui travaille à Montréal avec Thierry Basset. Il n'y a aucun geste médical à faire; elles ont juste besoin de présence, de réconfort. Alors, on les écoute parler, ça leur fait du bien.»

Les appels reçus à Noël sont parfois assez particuliers. Un ambulancier qui travaille au centre-ville de Montréal se souvient de l'appel d'un sans-abri dans la soixantaine qui téléphonait pour un compagnon. La nuit était très froide. Le compagnon toussait et avait une forte fièvre. Son ami a donc quitté le viaduc sous lequel ils s'étaient réfugiés et a composé le 911 à partir d'une boîte publique. Il a attendu les ambulanciers pour les guider vers son ami malade.

Diabétique, ce dernier a appris qu'il devait être amputé d'un pied, en plus de soigner une pneumonie. Sachant qu'il serait au chaud à l'hôpital, il a donné toute sa monnaie à son ami, ainsi qu'un reste de sandwich gelé et la bouteille de vodka qu'ils avaient achetée pour célébrer. «J'ai offert une couverture au sans-abri qui restait au froid, mais ce n'était rien comparé à son ami, qui lui avait donné tout ce qu'il possédait, raconte l'ambulancier, qui veut rester anonyme. J'ai été très touché par cette solidarité entre deux hommes privés de tout ce qu'on tient pour acquis.»