Le radiologiste montréalais qui fait l'objet d'une enquête du Collège des médecins et dont 15 000 mammographies seront révisées a 77 ans, a appris La Presse. Au Québec, aucune règle ne dicte un l'âge limite à partir duquel un médecin ne peut plus pratiquer. Les 2183 médecins qui ont plus de 65 ans font simplement l'objet d'une surveillance accrue de la part du Collège des médecins.

Mis à jour le 16 nov. 2010
Ariane Lacoursière LA PRESSE

À partir de quand un médecin est-il «dépassé» et ne peut plus pratiquer? Cette question est bien délicate de l'avis de plusieurs intervenants interrogés par La Presse.

Le secrétaire du comité d'inspection professionnelle au Collège des médecins, le Dr Marc Billard, reconnaît que «plus un médecin est âgé, plus il est à risque d'avoir des problèmes d'exercice». «Ça ne veut pas dire que tous les médecins de plus de 65 ans sont dangereux! Mais nos statistiques montrent que les médecins âgés ont plus de difficultés à se garder à jour», note le Dr Billard.

Ce dernier explique que puisqu'aucun âge limite n'est fixé dans la pratique médicale et que les programmes d'incitation à la retraite sont peu alléchants, plusieurs médecins retardent leur retraite. L'âge moyen de la retraite est de 68 ans chez les omnipraticiens et de 72 ans chez les spécialistes du Québec. «Dans les pays scandinaves, on frôle les 65 ans. Principalement parce que les programmes d'incitation à la retraite sont plus alléchants», note le Dr Billard.

«Les médecins sont des travailleurs autonomes sans fonds de retraite. Pour plusieurs, il est impensable de songer à arrêter de travailler. Aussi, le système a tant de failles qu'on reçoit beaucoup de pression de la part des patients pour ne pas abandonner la pratique», témoigne le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin.

Inspections ciblées

Le Collège des médecins, en partenariat avec la FMOQ et la Fédération des médecins spécialistes, vient d'ailleurs de mettre sur pied des ateliers de préparation à la retraite.

Et pour mieux surveiller la pratique des médecins vieillissants, le Collège des médecins procède depuis 10 ans à des inspections professionnelles ciblées. Les médecins qui pratiquent depuis plus de 35 ans sont plus à risque de recevoir une visite d'inspecteur.

«L'âge limite de pratique, c'est une question délicate. Parce que potentiellement discriminatoire. Tous les médecins sont différents. Certains sont vieux à 65 ans. D'autres très à jour à 75 ans. Mais chose certaine, la pratique change. Les médecins ne prennent plus leur retraite. Environ 10 % de mes membres ont plus de 70 ans. Et la très grande majorité d'entre eux sont très bons», note le président de l'Association des radiologistes du Québec, le Dr Frédéric Desjardins.

Le président de la FMSQ, le Dr Gaétan Barrette, affirme quant à lui que la problématique n'est pas tant l'âge avancé de certains médecins que l'environnement dans lequel ils pratiquent. «En milieu hospitalier, plusieurs collègues surveillent ton travail. Mais les médecins qui pratiquent seuls en cabinet ne se font pas confronter si leur pratique devient non convenable. C'est là qu'il faut cibler les inspections», soutient-il.

Le Dr Desjardins croit que la population doit se réjouir du fait que les mécanismes de contrôle actuels ont permis de retracer un radiologiste montréalais dont l'identité reste protégée et dont la pratique soulève des questions. Jeudi dernier, le Collège des médecins a dit enquêter sur ce radiologiste et a annoncé la réévaluation des mammographies analysées par ce médecin au cours des deux dernières années. Environ 15 000 patientes seraient visées par cette révision.

«Le système a fonctionné cette fois-ci. Attrape-t-on tous les médecins plus âgés dont la pratique laisse à désirer? Sûrement pas. Mais on parle de cas rares», assure le Dr Desjardins.

- Avec la collaboration d'André Noël