La concurrence du public et du privé revient hanter le milieu hospitalier et cette fois, ce sont les pharmaciens qui déplorent l'écart salarial.

Lise Millette LA PRESSE CANADIENNE

L'Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (APES) a déploré le décalage qui s'opère entre la pharmacie pratiquée dans le secteur privé et la pharmacie hospitalière.

La directrice de l'association, Linda Vaillant, a précisé que la pratique dans les hôpitaux diffère et impose aux étudiants des études prolongées en raison du degré d'expertise supplémentaire exigé. Ainsi, les étudiants doivent ajouter deux ans à leur parcours universitaire pour développer des notions de pharmacologie liées notamment au traitement du cancer et aux nombreux médicaments administrés sous forme intraveineuse.

Par contre, ces deux années se traduisent en bout de piste par des conditions salariales moins avantageuses, un type de pratique plus stressant que dans les pharmacies de quartier et une complexité des interventions. Mme Vaillant a indiqué que cette situation limite le choix des étudiants et contribue sans doute au déficit d'effectifs dans les hôpitaux.

Ainsi, par moment, certaines unités de soins dans les établissements de santé sont forcées de se priver de pharmaciens, faute de disponibilité.

Or selon Mme Vaillant, le rôle du pharmacien est étroitement lié aux médecins qui interviennent auprès des patients. Ces professionnels doivent ajuster les thérapies médicamenteuses et dresser le profil de consommation de médicaments des patients.

«Les pharmaciens d'hôpitaux sont les bras droits des médecins. Ils collaborent avec eux pour la prescription des médicaments et derrière chaque médicament administré à un patient, il y a un pharmacien, nécessairement», a-t-elle indiqué.

De l'avis de l'APES, ce travail essentiel est appelé à péricliter, sinon en qualité, du moins en nombre. Citant le ministère de la Santé, Mme Vaillant a mentionné qu'il faudrait une centaine de nouveaux pharmaciens par année en hôpitaux pour maintenir les effectifs et remplacer ceux qui quittent. À l'heure actuelle, à peine la moitié de cet objectif est atteint.

Conséquemment, les heures d'ouverture de la pharmacie centrale des établissements ont été révisées à la baisse. Cette pénurie a aussi fait en sorte qu'entre le 1er avril 2009 et le 31 mars 2010, 55 pour cent des départements de pharmacie ont eu recours à des pharmaciens dépanneurs pour assurer les soins et services.

L'APES demande à Québec de rétablir des conditions compétitives avec le secteur privé afin de ramener des jeunes dans le secteur public.

«Il manque actuellement 230 pharmaciens, qu'est-ce que ce sera dans quatre ou cinq ans si on ne rectifie pas le tir? Je préfère ne pas y penser. La situation est grave et il faut attirer une relève», a-t-elle déclarée.