Les problèmes qui minent le réseau de la santé font régulièrement les manchettes. Mais ici et là, des initiatives novatrices produisent d'heureux résultats. En Beauce, un pharmacien et un médecin travaillent en étroite collaboration et réussissent à prendre en charge pas moins de 8000 patients. À l'Hôpital de Montmagny, on a adopté une approche qui permet de limiter les conséquences néfastes d'une hospitalisation pour les personnes âgées.

Ariane Lacoursière LA PRESSE

Omnipraticienne bien connue dans son village de Saint-Prosper, en Beauce, la Dre Louise Lantagne y pratique depuis 1986. Dans les années 90, elle traitait environ 8000 patients avec l'aide de deux collègues. En 1997, l'un de ses associés a dû abandonner sa pratique pour cause de maladie. Puis l'autre est subitement mort en 2004.

Du jour au lendemain, la Dre Lantagne a donc dû donc trouver le moyen de traiter seule ces 8000 patients. Une tâche titanesque quand on sait que la plupart des médecins omnipraticiens du Québec en traitent environ 1500.

Désireuse de ne faire aucun patient orphelin, la Dre Lantagne a décidé de travailler en étroite collaboration avec son pharmacien, Julien Sylvain. Et elle parvient depuis à répondre à la demande.

La clé de son succès est d'avoir confié le suivi des patients souffrant de maladie chronique à M. Sylvain et à son équipe. «Par exemple, M. Sylvain suit les patients qui ont des traitements aux anticoagulants (problèmes cardiaques), les diabétiques et ceux qui font du cholestérol. Il ajuste leur médication», illustre la Dre Lantagne.

Ordonnances collectives

Depuis 2002, la loi autorise les pharmaciens à ajuster des médications au moyen d'ordonnances collectives faites par les médecins. C'est ce que fait M. Sylvain, toujours en tenant la Dre Lantagne informée.

Résidante de Saint-Prosper, Suzanne Dorval a appris il y a cinq ans qu'elle souffrait de diabète. Depuis, elle mesure régulièrement le taux de sucre dans son sang et fait parvenir ses résultats à la pharmacie de M. Sylvain.

Ce dernier analyse les données puis décide s'il faut ajuster la médication de sa cliente. «Je suis toujours en contact avec M. Sylvain. Il est là pour répondre à mes questions. Il m'a bien aidée à stabiliser mes taux, dit Mme Dorval. Il me donne aussi des conseils pour ma nourriture et mon exercice.»

Suivi encadré

Le suivi offert par M. Sylvain est strictement encadré. «On a un protocole rigoureux, avec des cibles et des calculs scientifiques pour les ajustements de médication», dit-il. Chez les patients qui prennent des anticoagulants, on n'atteignait les résultats attendus que dans 45% des cas avant cette collaboration. On atteint maintenant 80%. «On obtient de meilleurs résultats parce que l'ajustement est plus rapide», affirme M. Sylvain.

Selon lui, les pharmaciens sont sous-utilisés dans le réseau de la santé. «Il y a plein de cerveaux sous-utilisés. On ne veut pas faire mieux que les autres; on veut faire mieux avec les autres, assure le pharmacien. Notre but, c'est de libérer du temps clinique pour la Dre Lantagne. Si tout le monde en faisait autant, ce serait profitable.»

La Dre Lantagne confirme que, sans l'aide de M. Sylvain, elle ne pourrait suivre autant de patients. «Les 15 ou 30 minutes que je devrais passer avec un patient pour ajuster sa dose, je peux les consacrer à voir des patients», dit-elle.

Un exemple à suivre?

La présidente de l'Ordre des pharmaciens du Québec, Diane Lamarre, croit que les ordonnances collectives devraient être plus courantes au Québec. «C'est peu répandu parce qu'il y a des réticences dans certains milieux. Mais on voit que ça peut porter ses fruits, note-t-elle. Avant, les médecins avaient le temps de faire le suivi de médication trois fois par année. Plus maintenant. Les pharmaciens peuvent le faire.»

Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin, estime lui aussi que des initiatives comme celle menée à Saint-Prosper sont plus qu'intéressantes. Le Dr Godin rappelle que 1,5 million de Québécois n'ont pas de médecin de famille. «On passe nos journées à refuser des patients. On dit depuis des années qu'on a besoin d'aide dans notre pratique, et les ordonnances collectives permettent ça», croit le Dr Godin.

Selon lui, certaines difficultés techniques ont empêché que les ordonnances collectives deviennent plus courantes au Québec. «Mais d'ici à l'automne, je crois que le dossier des ordonnances collectives va avancer au Québec», dit-il.