À son tour, le ministre de la Santé Yves Bolduc met la pédale douce sur la future franchise santé annoncée dans le budget Bachand, affirmant qu'elle sera «beaucoup plus nuancée» que ce qui a été évoqué.

Lia Lévesque LA PRESSE CANADIENNE

S'adressant aux participants à la Conférence nationale pour vaincre le cancer, vendredi à Montréal, M. Bolduc a dû répondre à une question de la salle portant sur ce sujet de la franchise santé ou ticket modérateur.

Une participante, Suzanne Poulin, a demandé au ministre Bolduc de s'opposer à ce ticket modérateur qui, selon elle, irait à l'encontre de la philosophie de prévention en santé.

«Il y a des gens qui vont s'empêcher d'aller voir le médecin quand ils vont avoir des douleurs, parce qu'ils n'auront pas les moyens de payer le montant. Et, par la suite, on va se retrouver avec des gens qui vont avoir des cancers à des stades avancés. Et ça aussi, ça va coûter plus cher, en bout de route», a-t-elle avancé.

Le ministre Bolduc a alors tenté de se faire rassurant, rappelant encore une fois qu'aucune modalité n'avait encore été arrêtée pour la franchise santé ou ticket modérateur.

Jusqu'ici, on a évoqué un tarif de 25 $ par visite chez le médecin, qui serait calculé lors de la production de la déclaration d'impôt. La franchise varierait selon le revenu du contribuable.

«Ca ne sera pas comme ce qui a été dit, là, c'est-à-dire que les gens automatiquement vont payer 25 $. Ca va être beaucoup plus nuancé que ça. Ca va y aller selon, aussi, la capacité des gens à payer. Puis il y a une limite également», a soutenu M. Bolduc.

Le ministre a demandé aux gens qui sont inquiets des répercussions de ce futur ticket modérateur de lui faire confiance. «Moi, mon objectif, ce n'est certainement pas qu'il y ait une limitation de l'accessibilité et ce n'est certainement pas qu'il y ait des délais au niveau des consultations. Faites-moi confiance. J'ai toujours été un de ceux qui a promu l'accessibilité, pas de limitation.»

Il a répété que l'accessibilité aux soins ne serait pas compromise par ces nouvelles mesures. «Je vous ai dit qu'on avait un des plus beaux programmes au niveau de l'assurance médicaments; on va avoir également encore un des plus beaux programmes au niveau de l'accessibilité des services de santé, au Québec; ça je vous le promets.»

Dimanche dernier, c'est le premier ministre Jean Charest lui-même qui avait tenté de calmer le jeu, cette fois sur la contribution santé, en affirmant que les protestations populaires n'étaient pas tombées dans l'oreille d'un sourd et qu'il y aurait «un élément de progression dans la contribution» santé.

Cette contribution doit être de 25 $ cette année, de 100 $ l'an prochain et de 200 $ en 2012.

Cancer

Par ailleurs, le ministre Bolduc ne s'est pas montré chaud à l'idée d'une nouvelle structure pour coordonner la lutte contre le cancer, rappelant qu'il existe déjà une Direction du cancer au ministère.

La création d'une telle agence est une demande de longue date émanant de groupes de lutte contre le cancer, qui souhaitent également l'élaboration d'un registre des cancers au Québec.

«Le message le plus important, c'est qu'il faut mettre l'argent au niveau des soins et de l'organisation des soins, pas au niveau de la bureaucratie. Moi, mon objectif, c'est de mettre l'argent le plus possible près du patient», a répliqué le ministre Bolduc.

Porte-parole de la Coalition priorité cancer, le docteur Pierre Audet-Lapointe n'a pas été impressionné par la portion de l'allocution du ministre qui portait sur l'organisation de la lutte contre le cancer au Québec.

C'est «du réchauffé», selon M. Audet-Lapointe. Pour le ministre, «tout va très bien; il n'y a pas de place pour une agence; les structures s'occupent très bien des patients et les patients sont bien traités, comme il dit, lorsqu'ils sont entrés dans le système. Mais toute la partie avant, il l'oublie», a déploré le porte-parole de la coalition.