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Jeunes et santé mentale

Katia Gagnon
La Presse

Près de 40% des jeunes hébergés dans des ressources de la Direction de la protection de la jeunesse de la province prennent des médicaments pour maîtriser un ou plusieurs troubles de santé mentale, établit une étude exhaustive réalisée pour le ministre de la Santé.

Les dossiers des 3600 jeunes hébergés en centre d'hébergement ou en foyer de groupe ont été examinés par un comité, formé de médecins, d'intervenants en centre jeunesse et de fonctionnaires du Ministère. Ils ont remis leur rapport au Ministère il y a près d'un an.Leurs conclusions sont troublantes: 45% des jeunes qui vivent en centre ou en foyer de groupe ont, à leur dossier, au moins un diagnostic de trouble de santé mentale. Et pour près d'un jeune hébergé sur cinq, le trouble est sévère.

Pas moins du quart des jeunes Pas moins du quart des jeunes hébergés souffrent de plus d'un trouble. Certains en comptent jusqu'à neuf. Et ces problèmes de santé mentale sont particulièrement aigus chez les enfants. Quelque 70% des 6 à 11 ans ont un - ou plusieurs - diagnostics de trouble de santé mentale à leur dossier.

Beaucoup, beaucoup de pilules

Résultat: les jeunes hébergés consomment beaucoup, beaucoup de médicaments. Quelque 37% des jeunes hébergés en centre consomment des médicaments psychotropes, comme les antidépresseurs, les médicaments pour contrôler l'anxiété, les anti-psychotiques, ou les stimulants pour le système nerveux central, comme le Ritalin ou le Concerta.

Encore plus inquiétant, un jeune sur six prend plus d'un médicament tous les jours. Certains en prennent jusqu'à quatre. Et les des deux tiers des enfants hébergés en centre, dont l'âge varie entre 6 et 11 ans, consomment eux aussi un ou plusieurs médicaments psychotropes sur une base quotidienne.

Comment expliquer ces données? "Il y a un meilleur dépistage des problèmes de santé mentale. Mais il y a aussi eu une désinstitutionnalisation des enfants souffrant de troubles mentaux. Les hôpitaux n'hospitalisent plus que pour les troubles très sévères. Quand l'épisode psychotique se résorbe, on sort rapidement le jeune de l'hôpital", souligne Pierre Charest, directeur des services professionnels au Centre jeunesse de Montréal, un des auteurs de l'étude. La clientèle autrefois hébergée à l'hôpital se retrouve donc rapidement dans les centres d'hébergement.

Est-on en train de médicaliser les problèmes sociaux? "Il y a une tendance à jeter un regard médical sur les problèmes sociaux. Mais cela ne peut s'évaluer qu'au cas par cas", dit M. Charest. D'autres solutions sont-elles envisageables? "Il faudrait voir s'il y a des alternatives à la médication, particulièrement chez les jeunes de 6 à 11 ans", croit-il.

"L'équation: ils ont plusieurs médicaments; donc, c'est mauvais, ce n'est pas nécessairement exact. Les médicaments ne sont pas foncièrement mauvais. Mais il faut que les jeunes soient suivis", a indiqué de son côté le ministre de la Santé, Philippe Couillard, lors d'une entrevue à La Presse.

Pourquoi le Ministère a-t-il mis autant de temps à rendre le rapport public? "Il s'agissait d'en faire l'analyse et surtout, de s'entendre sur des solutions", dit le ministre.

La plupart des jeunes atteints sont suivis par un médecin

Chez les adolescents comme chez les enfants, le diagnostic le plus fréquent est celui du trouble de l'hyperactivité, qui compte pour plus de la moitié des diagnostics figurant aux dossiers des jeunes. Viennent ensuite le trouble de l'opposition (27% des diagnostics) et le trouble de l'attachement (16%).

Seule bonne nouvelle: la plupart de ces jeunes sont suivis par un professionnel de la santé, quelle que soit leur région d'origine. Près de 80% des jeunes qui ont un diagnostic à leur dossier sont suivis par un professionnel, la plupart du temps un pédopsychiatre. "Cependant, il faudrait voir la nature de ce suivi", observe M. Charest. "Et ça en laisse 20% sans suivi", ajoute le ministre Couillard.

On constate cependant de curieuses disparités régionales quant au nombre de jeunes atteints de problèmes de santé mentale: 86% des jeunes hébergés en Estrie ont un trouble de santé mentale à leur dossier, contre seulement 34% en Mauricie ou 39% à Montréal. Pourquoi? "On n'a pas pu identifier les causes de cette situation. Ça demeure un point d'interrogation", dit Pierre Charest.

Chose certaine, la réalité des jeunes souffrant de trouble mentaux frappe de plein fouet les intervenants oeuvrant quotidiennement avec la clientèle des centres jeunesse, qui se retrouvent à gérer des comportements souvent déroutants et aussi d'importantes pharmacies de médicaments.

Éducateurs et travailleurs sociaux se sentent-ils démunis? "Oui!" répond résolument Pierre Charest. "L'impuissance des intervenants est très, très grande", témoigne un psychologue oeuvrant en centre, qui désire garder l'anonymat.

C'est pourquoi, au centre des recommandations, on retrouve une meilleure formation du personnel en ce qui a trait aux problèmes de santé mentale. La solution au problème passe également par la formation d'unités de traitement individualisé, où seraient regroupés les jeunes avec un trouble mental grave. Le nombre de jeunes y serait réduit et une équipe multidisciplinaire appelée en soutien. "Mais pour ça, il faut qu'on puisse recruter des médecins qui travailleraient en centre", observe Pierre Charest. Et, aussi, compter sur la collaboration de trop rares pédopsychiatres.

PROPORTION DE JEUNES HÉBERGÉS EN CENTRE DE RÉADAPTATION OU EN FOYER DE GROUPE AYANT DES PROBLÈMES DE SANTÉ MENTALE

0-18 ans : 45%

Répartition

6 à 11 ans : 70%

12 à 17 ans : 42%

18 ans ou plus 26%

> Pour 22% de la population sondée, le problème est léger à modéré

> Pour 18% , il est grave

Les diagnostics les plus fréquents sont le trouble déficitaire de l'attention (60% des jeunes ont un tel diagnostic) le trouble de l'oppostion (27% ) et le trouble réactionnel de l'attachement ( 16% )

SELON LE NOMBRE DE DIAGNOSTICS

20% des jeunes ont un seul diagnostic

11% en ont deux

14% en ont trois et plus

LES MÉDICAMENTS PRIS

> 37% des jeunes hébergés prennent au moins une catégorie de médicaments psychotropes (antidépresseurs, antipsychotiques, stimulants du système nerveux central comme le Ritalin, ou des anxiolytiques, pour combattre l'anxiété).

> 16% des jeunes hébergés prennent de deux à quatre médicaments par jour.

> 67% des enfants de 6 à 11 ans prennent des médicaments.

 




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