Un Québécois sur cinq affiche les symptômes d'une détresse psychologique élevée, démontre une récente étude de l'Institut de la statistique du Québec. Et ces chiffres sont particulièrement élevés chez les jeunes femmes : 40 % d'entre elles souffrent de détresse élevée.

Katia Gagnon LA PRESSE

Ces données québécoises détonnent avec les chiffres dans le reste du Canada. En effet, 12,3 % de la population de la Saskatchewan affiche un taux de détresse psychologique élevée, 14 % en Alberta, 14 % en Colombie-Britannique. Mais au Québec, l'indice atteint des sommets : 22,9 % des gens atteindraient un sommet dans l'échelle de Kessler, l'outil utilisé pour mesurer la détresse psychologique.

L'échelle comporte 10 questions, qui établissent à quelle fréquence les répondants se sont sentis épuisés sans véritable raison, si nerveux que rien ne pouvait les calmer, désespérés et si agités qu'ils ne pouvaient demeurer immobile. On en arrive à un indice, qui, s'il atteint la barre du 9 sur 10, montre que les répondants souffrent d'un taux de détresse psychologique élevée.

Traditionnellement, les études ont démontré que les gens qui se retrouvent en situation de pauvreté sont ceux qui courent le plus de risques de se retrouver en état de détresse psychologique élevée. Une étude de Jean Caron, de l'hôpital Douglas, avait démontré l'an dernier que la moitié de la population de quartiers pauvres comme Saint-Henri ou Pointe-Saint-Charles affichait un haut taux de détresse psychologique.

Mais dans l'étude de l'Institut de la statistique, on découvre également que les femmes sont plus sujettes que les hommes à ressentir une grande détresse psychologique. Chez les jeunes femmes, la fréquence des symptômes atteint un sommet : 40,5 % des Québécoises de 15 à 24 ans souffrent de détresse psychologique élevée.

Ces chiffres sont surprenants, convient l'auteure de l'étude, Hélène Camirand. « Nous avons rendu ces résultats publics pour qu'ils soient débattus », dit-elle. La chercheuse n'est cependant pas en mesure d'avancer la cause de toute cette détresse chez les Québécois. « Ça fait un peu peur et c'est peu reluisant. Mais on ignore le pourquoi », dit-elle.

« L'indice constitue une mesure non spécifique de l'état de santé mentale très utile dans un contexte où très peu de données sont disponibles pour établir un portrait de la santé mentale de la population », note-t-elle cependant.

Brian Mishara, professeur au département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal, et spécialiste du suicide, a lui aussi de la difficulté à expliquer ces chiffres. « En tout cas, ce qu'on peut dire, c'est que le niveau de détresse ne s'exprime pas dans les comportements suicidaires », dit-il, soulignant que le taux de suicide chez les jeunes est en forte baisse au Québec. « Détresse psychologique n'égale pas suicide », souligne-t-il.

Il faut dire que la dépression et la détresse psychologique sont deux concepts bien différents, note M. Mishara. La personne déprimée n'aura plus le goût à rien, alors que la personne en détresse aura plutôt un haut niveau de stress et d'angoisse.