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Sylvain Émard

Sylvain Émard... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse)

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Sylvain Émard

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

 

Anne Richer
La Presse

Sylvain Émard ne se doutait pas qu'en mettant son coeur et son talent à réaliser l'un de ses vieux rêves, il offrirait un spectacle unique dont tout le monde allait parler. L'oeuvre Le grand continental a été présentée au public la première fois dans le cadre du Festival TransAmériques en 2009, à Montréal. Le succès a été instantané. Cette année, au mois de mai, au lieu de 60 comme la première fois, ce sont 200 danseurs amateurs que le chorégraphe a dirigés. De 12 à 72 ans, de tous formats, maladroits, voire empêtrés. Sylvain Émard leur a donné des ailes. Pour cet exploit original et rassembleur, La Presse et Radio-Canada le nomment Personnalité de la semaine.

«Le climat du monde n'est pas tellement joyeux, les gens ont besoin d'événements rassembleurs, et danser ensemble en est un», affirme Sylvain Émard. Il avoue cependant qu'il ne s'attendait pas à un tel succès.

Pour mettre en scène des gens qui veulent danser mais qui n'ont jamais appris à le faire dans les règles, le chorégraphe a dû puiser dans ses ressources de savoir-faire pédagogique. «C'est tout de même exigeant, dit-il. Répétitions deux fois par semaine durant deux mois, sans compter les devoirs à faire à la maison!» Mais pas un seul n'a voulu abandonner. «Nous adorons notre chorégraphe autant qu'il nous aime. Il sait nous encourager et nous faire dépasser nos limites avec le plus grand respect, de la rigueur, mais aussi de la tendresse», s'exclament ses danseurs, reconnaissants envers cet homme de leur avoir fait confiance.

Ces 200 personnes sont présentes sans arrêt sur la scène. Chacun trouve sa place et contribue par son énergie à créer l'harmonie. «Les mouvements sont les mêmes pour tous, mais chaque corps les exprime à sa façon. C'est ça que je trouve le plus émouvant.» À Mexico, d'où il revient, les auditions pour le choix des danseurs amateurs ont mené à des rencontres saugrenues. «Un homme était amputé. Il a dansé sur une seule jambe!» Vérité, simplicité, une ouverture non performante. C'est la raison d'être du Continental. «Il permet aux gens de vivre un rêve.»

La danse au corps

Sylvain Émard est un danseur chevronné qui a étudié auprès de maîtres reconnus: Étienne Decroux à Paris, Min Tanaka à Tokyo, Jo Lechay et Jean-Pierre Perreault à Montréal. Il a créé un nombre impressionnant d'oeuvres de danse et travaillé avec des metteurs en scène de première importance, tel Robert Lepage, pour la création d'un opéra à Londres en 2005.

Il est un pur produit de la libération du corps de la Révolution tranquille. «Je venais du milieu théâtral qui était très effervescent à l'époque. Tout était possible, tous les projets, tous les spectacles. Montréal a su trouver et développer sa propre identité artistique et n'a pas eu à subir longtemps les influences étrangères.»

Mais pour arriver à s'exprimer librement, le danseur né à Montréal dans une modeste famille a dû surmonter les préjugés. «Petit, je me cachais pour danser. Le plaisir de bouger était plus fort que tout.» Brillant à l'école, son père souhaitait que l'aîné de ses trois garçons embrasse une carrière libérale. Mais l'appel intérieur était irrésistible. «Ce n'est qu'à 23 ans que je suis venu à la danse sérieusement, après des séjours dans des arts connexes, notamment le théâtre. À l'adolescence, j'ai failli abandonner puisqu'on me disait que j'aurais dû commencer à danser à 4 ans!» Par ailleurs, les hommes sont moins nombreux en danse, ils sont une denrée rare. «Pour moi, ça a été la chance d'être admis tout de suite chez les professionnels.»

S'exprimer ensemble

Il se souvient des sous-sols d'église et de la danse en ligne qui l'a toujours fasciné. De même que les discothèques où, dans une musique éclatée, les corps sont transportés, transfigurés, où les gens dansent librement. «Ce lieu a toujours été pour moi source d'inspiration, d'observation. J'ai vu l'importance de s'exprimer ensemble sur une même musique. Je souhaitais en trouver l'essence et réussir à la transposer dans mon travail.»

L'idée de l'oeuvre Continental germait déjà à Londres lorsqu'il a travaillé avec Jean-Pierre Perreault et 135 personnes sur la scène. Il a commencé à croire que ce serait possible d'aller plus loin. Pour le reste, son inspiration vient de tous les horizons.

Avec ce lien privilégié, donner et recevoir, qu'il a avec ses danseurs, il n'y a rien d'impossible pour lui et surtout pas pour ceux qu'il amène au-delà des limites de ce qu'ils ne croyaient jamais pouvoir faire.

Les mouvements sont les mêmes pour tous, mais chaque corps les exprime à sa façon. C'est ça que je trouve le plus émouvant.

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