«Si on était vraiment juste, le titre de Personnalité de la semaine devrait être attribué à l'ensemble du Band», plaisante Paul Dupont-Hébert, l'agent de Pascale Picard.

Louis-Bernard Robitaille LA PRESSE

En effet, le Pascale Picard Band est d'abord un groupe. Les trois (remarquables) musiciens qu'on retrouve sur scène - Mathieu Cantin, Stef Rancourt et Phil Morissette - signent avec la chanteuse toutes les musiques sur ses textes à elle. Elle passe d'ailleurs son temps en cours de spectacle à les faire applaudir par la salle.

 

Mais bon, la vedette dans cette affaire, c'est Pascale Picard. Un petit bout de femme à la lèvre percée d'une perle, à qui au premier abord on donne 18 ans. Alors qu'elle a atteint depuis peu l'âge vénérable de 26 ans. Sujet de plaisanterie pour elle. L'autre soir, au Bataclan, à Paris, alors qu'elle tente de reprendre son souffle après un morceau particulièrement déchaîné, elle précise: «C'est dur. Je n'ai plus 20 ans!»

Il faut dire que, sur scène, la «petite fille de Québec» est une boule d'énergie stupéfiante. Elle trépigne, saute dans le rythme et débite son texte à toute vitesse, avec des changements constants de tonalité qui la font comparer en France à Patti Smith, Tracy Chapman ou Sheryl Crow. Entre deux morceaux frénétiques, elle reprend donc son souffle en avalant de l'eau à la bouteille, peut-être parfois une rasade de vin. La gamine est en même temps une bum. Elle a appris son métier dans des bars de Québec où on ne buvait pas que de l'eau et où il fallait couvrir le bruit des conversations et des émissions de hockey.

On ne sait pas exactement à quel moment le déclic s'est produit en France. Elle a fait un passage remarqué au MIDEM de Cannes en janvier 2008, mais réservé par définition aux professionnels. Cela a facilité la «vente» aux radios de son premier single, Gate 22. L'album Me Myself And Us sort en juin, piloté par Valéry Zeitoun, de AZ musique (Universal), un inconditionnel qui l'a découverte à la radio lors d'un passage à Montréal.

Autant dire que la carrière du CD a vraiment démarré en septembre. Et là, divine surprise: lors d'un spectacle d'un seul soir à La Cigale, le 24 octobre dernier, on constate que la salle est prise d'assaut par un millier de fans qui connaissent déjà l'album par coeur. Le soir même, le grand patron d'Universal-France, Pascal Nègre, lui remet un disque d'or: malgré les temps actuels de piratage et d'effondrement des ventes, le Pascale Picard Band s'en va sur les 100 000 exemplaires vendus. Un succès instantané comme il s'en produit rarement, surtout en dehors des gros circuits commerciaux: Mlle Picard aura réussi à éviter les petites salles parisiennes de 100 places où les chanteurs inconnus, même talentueux, essaient de se frayer un chemin en 18 ou 24 mois.

On remettait le couvert cette semaine au Bataclan, l'une des salles les plus branchées de Paris, où le groupe jouait deux soirs de suite à guichets fermés devant 1500 spectateurs survoltés, debout à l'orchestre. Tout cela au milieu d'une tournée dans tous les coins de la France menée à un train d'enfer à bord d'un autocar aménagé pour la nuit avec 12 cabines, et dans des salles de 1000 places vendues à l'avance. Du coup, le Band est réquisitionné pour une représentation supplémentaire le 2 novembre prochain à l'Olympia. Un deuxième extrait de l'album avec vidéoclip, Smiling, vient d'être lâché dans la nature, et l'album est en train de filer sur les 150 000 exemplaires.

Une progression tellement fulgurante que le Pascale Picard Band a l'air de trouver ça presque normal. Mercredi soir, vers 23h, à l'issue du deuxième spectacle - et avant de monter dans l'autocar, direction Beauvais (en Picardie!) -, la nouvelle étoile montante du showbiz français célébrait au bar du Bataclan avec une cinquantaine d'amis et de professionnels. Le vin coulait à flots et les cigarettes (mais chut!) avaient fait leur apparition. Euphorique, joyeuse et encore galvanisée par l'adrénaline, Miss Pascale. Mais pas davantage que si elle venait de quitter 2000 spectateurs en délire au Québec: «C'est formidable d'être ici, dit-elle, mais je ne m'en rends pas vraiment compte. Et puis, un public chaleureux comme ça, c'est juste bien, quels que soient la ville ou le pays.»

Une aventure française - et peut-être européenne, la langue anglaise aidant - qui n'en est qu'à ses débuts. L'explosion soudaine du Pascale Picard Band relève pour l'instant de la génération spontanée, du bouche à oreille, du buzz, comme disent les Français. Une explosion qui, à quelques exceptions près, s'est produite pour l'instant sans le secours des grands médias généralistes ou culturels «nationaux». Le jour prochain où ils découvriront l'existence du «phénomène Pascale Picard», on pourrait passer à la vitesse supérieure. Et arriver vers des sommets impressionnants.