Faire de la musique en «harmonie» est peut-être le début d'un monde meilleur. La première règle n'est-elle pas de s'accorder? Marc-André Thibault est professeur de musique à l'école secondaire de la Cité des jeunes, dans la MRC de Vaudreuil-Soulanges. En tant que pédagogue, il a deux principales passions: les jeunes et la musique.

Mis à jour le 8 mars 2009
Anne Richer LA PRESSE

Depuis une vingtaine d'années, des centaines d'adolescents ont connu à travers lui le bonheur d'unir la voix de leur instrument à celle des autres. Harmonies débutante et avancée, Jazz Band junior et Jazz Band senior, grâce à la musique, des élèves de 12 à 17 ans traversent en «harmonie» leur adolescence, découvrent les bonheurs de l'effort et de la réussite.

 

Camps musicaux, échanges avec des ensembles musicaux européens, de nombreuses mentions Or et Argent aux festivals Musicfest, un quatrième disque en préparation, voilà en résumé le menu des jeunes musiciens.

La Presse et Radio-Canada tiennent à souligner le dévouement exemplaire et la compétence du professeur et directeur musical Marc-André Thibault en le nommant Personnalité de la semaine.

Pour s'accrocher

En avril, dans le cadre de ses échanges avec l'Europe, l'Harmonie de Cité des jeunes recevra un ensemble de 72 musiciens d'Angers, en France. Plus tard, en mai, c'est l'Harmonie avancée qui partira en tournée.

Pour Marc-André Thibault, l'un des premiers objectifs de l'art est de rayonner. «En premier lieu dans la famille et dans la communauté.» Le répertoire des jeunes musiciens est suffisamment varié pour toucher tous les auditoires: musique de films, musique classique, compositions pour harmonie d'orchestre, musiques populaires et jazz. Le professeur, enthousiaste, la tête pleine de projets, doit évidemment composer avec des contraintes budgétaires et compter sur des bénévoles dévoués, notamment le comité de parents, pour maintenir bien en vie cette harmonie dont le rôle va bien au-delà de la musique.

«C'est un outil pédagogique de grande importance, affirme le professeur. Il a servi maintes fois - et les témoignages le confirment - à redonner à un élève le goût de l'école. À travers l'apprentissage de la musique, c'est étonnant tout ce qu'on peut obtenir: la valorisation, le goût de la réussite. Sur le plan intellectuel: l'organisation, la structure. Et des valeurs importantes, entre autres celle de l'engagement. Car à 12 et 13 ans, un jeune a de la difficulté en général à se percevoir dans le temps. La musique lui donne l'énergie d'aller jusqu'au bout.»

Un orchestre est un microcosme de la société où l'adolescent se plie au devoir de respect et d'humilité, au rôle qu'il a à jouer, à sa responsabilité face au groupe. Il est légitime alors de se demander pourquoi les arts ne sont pas plus présents dans les écoles. «Il y a certains préjugés qui perdurent, croit le professeur. Que les cours ne doivent servir qu'à une carrière future. Que les arts ne sont pas essentiels.»

Tombé dedans

Que fait donc la musique à notre âme? «Elle rend l'existence plus belle, c'est une amie fidèle, consolatrice, qui nous accompagne toute notre vie; dans notre quotidien, elle rassemble, nous fait chanter, danser.»

Sa mère chantait et jouait du piano. Son père chantait du chant grégorien, entre autres choses. Ils étaient tous les deux professeurs. À 6 ans, le petit Marc-André assistait à des concerts; à 10 ans, il tournait les pages pour sa soeur aînée au piano. Frères, soeurs, cousins, cousines, tous baignaient dans la musique.

Il a commencé à enseigner à 24 ans, muni d'un baccalauréat en enseignement de la musique. Cette décision a pris le dessus sur la carrière de pianiste. Son adolescence a été partagée entre le piano et le hockey! «J'ai été chanceux de ne pas me blesser», reconnaît-il. Mais pour lui, sport et musique ne sont pas incompatibles. «L'esprit d'équipe est aussi important pour l'un que pour l'autre.»

Il a toujours vécu à Vaudreuil. Aujourd'hui, à 44 ans, père de deux enfants, il mesure son sentiment d'appartenance à cette communauté et témoigne de la sécurité et du bonheur qu'elle lui procure. Il se définit comme un homme de projets, déterminé. Son leadership est à la fois motivant et rassembleur. Actuellement, avec d'autres professionnels, il travaille à l'implantation d'un programme de musique comme celui de l'école Joseph-François-Perrault, dans le quartier Saint-Michel.

«L'école doit aller vers le centre d'intérêt des élèves si on veut qu'ils l'aiment. Je constate le bonheur de mes étudiants qui choisissent de venir à mon cours de musique.» Lorsqu'ils s'en vont, au terme de leur secondaire, le professeur a un pincement au coeur parce qu'il doit se séparer d'eux. Il les a suivis durant toutes ces années charnières. Il est heureux de constater qu'il a contribué à former des personnes engagées. Il se réjouit d'avoir pu utiliser le pouvoir de la musique pour les motiver et les rendre heureux.