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Samantha Nutt

Samantha Nutt... (Photo: Rémi Lemée, La Presse)

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Samantha Nutt

Photo: Rémi Lemée, La Presse

 

Anne Richer
La Presse

Des enfants l'arme au poing. Des enfants en larmes. D'autres mutilés, écorchés vifs pour le reste de leur vie. D'autres encore orphelins, affamés. Ce sont ces images réelles qui ont transformé la Dre Samantha Nutt à tout jamais.

Plus jamais la Dre Samantha Nutt ne pouvait rester indifférente. Cette Canadienne spécialiste en médecine familiale et en santé publique a fondé il y a 10 ans War Child Canada pour venir en aide aux enfants qui vivent dans des zones de conflit et à leurs familles. Elle est l'une des 12 personnalités canadiennes choisies par le magazine Macleans pour leur rôle décisif dans la société. Time l'a décrite comme l'une des cinq principales militantes du Canada, et CBC News Sunday la considère comme un des leaders marquants au pays. La Presse et Radio-Canada la nomment Personnalité de la semaine.

 

Entretenir l'espoir

C'est en 1995, à 25 ans, comme bénévole pour l'UNICEF, qu'elle a pris conscience des conditions de vie liées à la guerre. C'était en Somalie, juste après le génocide du Rwanda. La famine y sévissait et les conditions étaient terribles, dit-elle. Depuis, elle ne cesse de témoigner de ces horreurs, et elle le fait au sein de War Child Canada, qu'elle a fondé cinq ans plus tard pour se donner les meilleurs moyens d'agir sur le terrain.

Une dizaine de projets lancés par l'organisme touchent l'éducation et les droits des enfants ainsi que la lutte contre la pauvreté, car «beaucoup d'enfants entrent dans les milices à cause du problème de la pauvreté».

«On ne pourra jamais agir en profondeur si on ne s'occupe pas d'abord des mères, assure Samantha Nutt. Prévention, vaccination, mesures d'hygiène... En Afghanistan, un enfant sur quatre meurt avant 5 ans. L'indice de survie le plus important est le degré d'éducation de la mère.»

Que ce soit en Irak, en Afghanistan, au Congo (où la situation s'aggrave), au Liberia, en Somalie, au Burundi, en Ouganda, en Birmanie, l'organisme suit l'évolution des conflits et se met à jour constamment sur les besoins réels des populations. «En tant qu'organisme humanitaire, nous sommes très bien reçus en général. Nous avons un grand respect des partenaires locaux. Mais certaines forces rebelles restent menaçantes. Il m'est arrivé à quelques reprises de me retrouver dans des situations difficiles. C'est toujours dangereux, mais nous sommes extrêmement prudents.»

La vocation

Mariée à un médecin qui a lui-même vécu en Irak et au Soudan, Samantha Nutt est aussi mère de famille. Elle va deux fois par année en Afrique mais, par prudence, elle ne voyage plus avec son mari. Du reste, elle maintient le plus gros de sa mission en Amérique du Nord et en Europe. Le travail de sensibilisation et la collecte de fonds prennent tout son temps.

Elle explique sa décision de choisir la médecine par son besoin d'aider, «d'avoir un impact, bien qu'on puisse le faire de mille et une autres manières».

Elle a 39 ans. Elle a vécu en Afrique du Sud jusqu'à l'âge de 6 ans. Son père dessinait des collections de chaussures pour enfants. À 13 ans, elle a séjourné six mois à São Paulo, au Brésil. Les voyages dans l'enfance sont déjà nombreux et sa perception du monde est rapidement mise à l'épreuve.

«Un jour, à São Paulo, raconte-t-elle, je jouais au parc avec des amis. J'ai décidé de rentrer à la maison et mes amis sont restés au parc. Je leur ai demandé à quel moment ils allaient rentrer chez eux, ils m'ont répondu qu'ils n'avaient pas de maison...»

Cet incident a peut-être servi de bougie d'allumage. Samantha Nutt n'est pas le genre de femme à croiser les bras devant les malheurs du monde et elle a, on le voit bien maintenant, décidé d'agir, d'abord par la médecine, ensuite par l'aide humanitaire internationale.

L'organisme qu'elle a fondé, dont le siège social est à Toronto, a besoin de quatre millions de dollars par année pour fonctionner.

Elle croit que, avec la générosité, tout peut arriver. Même si elle trouve que, parfois, «c'est très dur» de voir que les enfants souffrent toujours autant, elle maintient la flamme vive.

«Je crois et continue de croire en l'homme. Parfois, je ne comprends pas pourquoi... Mais je vois des progrès. Malgré trop de violence et d'instabilité, des enfants réussissent à aller à l'école, et c'est cela qui m'aide.»

Elle porte en elle, dans sa tête et dans son coeur, des personnes extraordinaires. «Des jeunes particulièrement, qui continuent de se donner à ces causes humanitaires, que j'admire et sont pour moi de véritables inspirations.»

 

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