Autant que le mot coeur, le mot étoile a réveillé, depuis que le monde est monde, bien des imaginaires et suscité bien des rêves. Les enfants en ont plein le regard, les amoureux voient la voie lactée comme un ciel de lit. Mais les scientifiques, eux, au-delà de la poésie et du romantisme, font appel à des techniques pointues qui mènent à une connaissance de plus en plus riche sur les étoiles et les planètes. René Doyon est de ceux-là.

Mis à jour le 30 nov. 2008
Anne Richer LA PRESSE

L'astrophysicien montréalais René Doyon, en compagnie de deux autres savants québécois, Christian Marois et David Lafrenière, a réussi à photographier, au-delà de notre système solaire, les premières images d'un système planétaire autre que le nôtre. On estime qu'une étoile sur 10 aurait son propre système planétaire.

René Doyon, professeur au département de physique de l'Université de Montréal, chercheur au Centre de recherche en astrophysique du Québec et directeur de l'Observatoire du mont Mégantic, qui représente ses deux collègues éloignés du Québec, accepte pour l'équipe le titre de Personnalité de la semaine décerné par La Presse et Radio-Canada.

L'infini

C'est dire que nous ne sommes pas seuls au monde... peut-être. René Doyon raconte que l'équipe du Conseil national de recherche du Canada a braqué les télescopes Gemini et Keck sur une jeune étoile (quelques centaines de millions d'années), baptisée HR8799 dans la constellation de Pégase. Et ils ont trouvé non pas une seule, mais trois planètes à photographier. Cet exploit scientifique unique a fait le tour de la Terre, parce qu'il ouvre de nouvelles voies de connaissance aux chercheurs en astronomie du monde. Et fait bondir de joie René Doyon, dont la passion pour les planètes et leurs lunes reste bien vive depuis qu'il s'est engagé sur cette voie. «Des planètes qui orbitent autour d'une jeune étoile dans l'infiniment loin, l'infiniment petit. Les trois planètes que nous avons trouvées se situent dans un système éloigné de 24 unités astronomiques.»

À la veille de l'Année internationale d'astronomie, en 2009, nos chercheurs se démarquent. Avec David Lafrenière, astrophysicien et chercheur à l'Université de Toronto, ils ont réussi à lever le voile épais entre la lumière d'une étoile et celle de ses planètes, grâce à la technique de l'imagerie angulaire différentielle. «À titre d'exemple, avant de parvenir à y voir clair, c'est comme examiner une luciole à côté d'un phare éblouissant.»

En bref, toutes ces recherches et découvertes ont pour but de déterminer la composition chimique des planètes et de leurs lunes. De l'eau, de l'oxygène? «Il faudra perfectionner encore les télescopes pour y parvenir. Encore 20 ans», dit René Doyon.

La compétition

«Voilà 10 années de travail récompensé», précise l'astrophysicien. Dans le sillage de savants comme René Racine, dont il admire le travail, il ajoute qu'il faut de la patience et de la foi. «C'est un domaine extrêmement compétitif, avec les États-Unis et l'Europe surtout, mais c'est une saine compétition. Au Québec, depuis cet été, on avait une longueur d'avance», dit-il avec fierté.

La fin des dinosaures, la possibilité d'une autre espèce vivante sur une autre planète, les origines de la vie sur Terre sont des sujets passionnants qui entraînent le savant de 45 ans à la fois à faire un bilan rationnel basé sur la science et à émettre des hypothèses d'ordre philosophique. Excellent communicateur et vulgarisateur, il veut convaincre de la nécessité absolue de la recherche fondamentale. «Je suis en admiration devant l'ordre qui existe dans l'univers. Le carbone, élément essentiel de vie, nous est venu des étoiles; ne sommes-nous pas des poussières d'étoiles? L'infini, l'immortalité? Je pense qu'il n'y a rien après la mort. Mais l'origine de la conscience, ça, c'est fascinant.»

Il a 45 ans. «Je suis une personne très ordinaire», dit-il. Il rêve de bricoler, il jardine. Il aime le hockey, il fait le taxi comme tous les parents d'adolescents et de jeunes enfants (16, 13 et 8 ans). Et même s'il accepte la ville parce qu'il y travaille, le Beauceron ne renie pas sa campagne, où son père, ex-directeur d'école maintenant âgé de 80 ans, s'occupe toujours, à Sainte-Clotilde-de-Beauce, de son érablière. René est le cinquième d'une famille de six enfants, où la musique tient une place importante. Il a lui-même étudié le piano et le saxophone.

À 13 ans, il a reconnu que son talent musical n'était pas suffisant pour une carrière en ce domaine. Il a voulu devenir professeur de physique. «Je considère la passion pour la physique comme un don, dit-il. Je suis le seul qui s'intéresse aux sciences dans la famille. J'étais fasciné par le cosmos et par le fait que l'on puisse comprendre le monde avec quelques équations.» Ses études à Thetford Mines, couronnées de succès, l'ont mené à Londres, où il a terminé son doctorat en 1991. Il s'est intéressé particulièrement à l'astronomie infrarouge pour devenir le plus grand expert au Canada en instruments.

Mais si l'adolescence a marqué un tournant dans l'orientation de sa carrière, il est une anecdote précieuse qui a joué un rôle important. «Mon grand-père, menuisier sans instruction supérieure, m'a enseigné un jour à mesurer l'ombre d'un arbre avec une équerre.» L'admiration pour son grand-père et la curiosité sur le cosmos ont tracé sa route.