La future gare de Pointe-aux-Trembles et son stationnement de 323 places, prévus sur le parcours du train de l'Est, seront construits en partie au-dessus d'un ancien dépotoir qui produit des émanations de méthane à un degré «explosif», a appris La Presse.

Bruno Bisson LA PRESSE

Selon une étude réalisée par la firme d'ingénieurs Dessau, des milliers de tonnes de déchets domestiques et de matériaux divers sont enfouis depuis plus de 35 ans sous des terrains vagues, le long d'une partie de la voie ferrée du CN, dans l'arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles. La décomposition de ces déchets produit du méthane, un gaz inodore, incolore et très inflammable. On en a détecté dans tous les puits aménagés sur l'emplacement de l'ancien dépotoir, «en concentration supérieure à la limite inférieure d'explosivité, soit 5% pour le méthane».

L'ancien dépotoir occupe presque le quart des terrains de 125 000 m2 délimités à l'est par la rue Sherbrooke, au sud par la 52e avenue et, au nord et à l'ouest, par la voie ferrée du CN, qu'utilisera le train de l'Est.

Dans la foulée de l'implantation du train, attendue depuis au moins une décennie dans cette partie de l'île, la Ville de Montréal prévoit un vaste projet d'aménagement axé sur la gare et l'accès au train de banlieue (voir autre texte).

Cet ancien dépotoir limite toutefois les possibilités d'aménagement. Dans le rapport qu'a obtenu La Presse, on peut lire: «Aucune construction résidentielle, multirésidentielle, ou institutionnelle, ne devrait être effectuée dans le secteur de la zone d'enfouissement.»

«Des mesures prévoyant la ventilation des gaz vers la surface devraient aussi être envisagées pour les infrastructures souterraines, les aires récréatives et les stationnements qu'il est prévu d'aménager dans le périmètre des déchets enfouis», poursuit le rapport géotechnique remis à la Ville de Montréal en septembre dernier.

Selon ce qu'a appris La Presse, les quais de la gare de Pointe-aux-Trembles se trouveraient dans la partie nord-ouest du site. Les 323 places de stationnement prévues dans la phase 1 du projet seront pour leur part aménagées juste au nord de la zone contaminée.

À l'origine, l'Agence métropolitaine de transport (AMT), prévoyait 800 places de stationnement, la plupart construites directement sur l'ancien dépotoir. Le sort de cette seconde phase de stationnement est incertain.

Dans l'immédiat, la «problématique du dépotoir» retarde la préparation des aménagements de la gare. En plus des quais et du stationnement, il faut construire une voie d'accès puisqu'il n'existe aucune rue dans cet immense site, dont la superficie équivaut environ au tiers du parc La Fontaine, et qui appartient en totalité à la Ville de Montréal.

À l'AMT, la vice-présidente aux communications, Marie Gendron, a reconnu que le projet de la gare de Pointe-aux-Trembles, ou gare de l'Est, n'est pas aussi avancé que la plupart des six autres gares prévues à Montréal sur le trajet du train de l'Est.

«On y touche à peine»

«Le projet ne prévoit pas de bâtiments clos, dit Mme Gendron. Les quais sont ouverts. Quant au stationnement, il sera construit juste à la limite du dépotoir. On y touche à peine, sur la pointe.»

L'AMT ne sait toutefois pas encore quelles mesures seront prises pour capter les émanations de méthane ou pour préparer et nettoyer les terrains en fonction des usages qui y sont prévus. Mme Gendron a précisé qu'il est aussi, à ce stade, impossible d'évaluer le coût « environnemental » qui risque fort de s'ajouter aux coûts d'aménagement déjà prévus.

«Le terrain proposé pour la construction de la gare ne nous appartient pas, explique Marie Gendron. Il est la propriété de la Ville de Montréal. C'est la Ville qui mène les études et qui doit décider comment les terrains seront nettoyés ou préparés. Nous sommes en attente dans ce processus.»

À la Ville de Montréal, une porte-parole de la Direction des transports et de l'infrastructure, Julie Beauvilliers, a indiqué qu'on envisage toujours l'enlèvement complet des déchets pour les remplacer par de la terre saine. Des études supplémentaires sont en cours pour en évaluer la faisabilité et le coût.

Dans son rapport, la firme Dessau cite une étude sur ces mêmes terrains réalisée pour la Ville de Montréal en 1998, donc il y a plus de 10 ans, qui estimaient déjà le coût des travaux de décontamination à 13 millions de dollars... L'étude précisait que la couche des déchets accumulés atteignait cinq mètres d'épaisseur par endroits. Le volume total des déchets était alors estimé à 200 000 m3. Déplacer un tel volume de terre saine nécessiterait environ 5000 voyages de camions de 50 tonnes.

Le rapport Dessau précise enfin: «Si des travaux d'excavation sont réalisés à l'emplacement des matières résiduelles, des mesures de sécurité particulières devront être mises en place afin de réduire les risques d'explosion rattachés au biogaz.»