Alors que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, qualifie d'inacceptables les actes de vandalisme commis dimanche dans le centre-ville, la Fraternité des policiers estime que ces gestes rappellent la pertinence d'avoir un règlement interdisant le port d'un masque lors d'une manifestation.

André Duchesne LA PRESSE

Au lendemain de la manifestation annuelle contre la brutalité policière, qui s'est terminée par l'arrestation ou l'interpellation de 221 personnes, tant le maire Tremblay que le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, ont souligné leur appui à la liberté d'expression et au droit de manifester.

Mais le ton change lorsqu'il est question du grabuge et des actes de vandalisme commis dans le cadre de cet événement. Le maire Tremblay qualifie d'«inacceptable» le fait que certains individus utilisent ce droit de manifester pour faire de la casse.

«Dans les circonstances, les policiers ont fait un travail satisfaisant, a-t-il déclaré hier matin en marge d'une conférence de presse soulignant l'inauguration de la bibliothèque familiale Père-Ambroise située dans le quartier Centre-Sud. Par contre, au niveau de l'administration, on a une responsabilité de s'assurer que dorénavant, on connaisse le tracé que les gens veulent utiliser. Et, c'est tolérance zéro pour les actes de vandalisme.»

Que les policiers connaissent à l'avance le tracé des manifestations permettrait d'éviter les situations de jeux du chat et de la souris comme on en a vu au cours de la journée de dimanche.

«On n'aurait pas eu les courses effrénées, de part et d'autre, à travers la ville de Montréal. On aurait pu concentrer dans un endroit donné la manifestation. Les jeunes et les moins jeunes auraient pu s'exprimer dans un contexte démocratique que l'on privilégie à Montréal», a dit le maire.

Identifier les personnes

De son côté, la Fraternité des policiers estime que la solution aux débordements passe par un règlement municipal interdisant aux manifestants de porter un masque. Pour le président de la Fraternité, Yves Francoeur, il s'agit de donner aux policiers «des outils additionnels pour identifier des personnes qui veulent se livrer à des actes illégaux».

La Ville avait mis à l'étude un tel règlement, mais a dû le retirer parce qu'il ouvrait la porte à la transposition du fardeau de la preuve de l'accusateur vers l'accusé, ce qui serait contraire au régime juridique actuel.

«Lorsque j'ai vu cela, je me suis dit: "Clarifions cela d'abord. N'allons pas au front avec une argumentation juridique chancelante"», dit en entrevue Claude Dauphin, membre du comité exécutif de la Ville et responsable de la sécurité publique.

Il a donc soumis la question au Service de police de la Ville de Montréal et au comité d'agglomération sur la sécurité publique afin d'avoir avis et recommandation. Une décision sera prise plus tard sur le sujet.

M. Dauphin jongle par ailleurs avec l'idée d'instaurer l'obligation, pour les manifestants, d'obtenir un permis avant d'organiser des événements. Une telle règle existait avant les fusions municipales. «Quelqu'un ou tout groupe qui veut manifester de manière pacifique ne devrait pas avoir honte à faire part, aux autorités policières, de leur parcours», dit-il.

Peu de sympathie

La façon dont la manifestation a tourné a par ailleurs attiré bien peu de sympathie envers les organisateurs. En fait, il faudrait davantage évoquer l'irritation, voire la colère que les mouvements de vandalisme ont soulevée.

Chez Destination Centre-Ville, organisme qui représente quelque 8000 places d'affaires dans le coeur de la métropole, le directeur général André Poulin, estime que la répétition de manifestations brutales toujours au même endroit risque de se traduire par une certaine désertion des lieux.

«On est un peu excédé que ça se termine toujours au centre-ville, dit-il. Malheureusement, le lieu va devenir non fréquentable et non fréquenté. Les gens vont préférer aller ailleurs.»

Pour lui, la solution passe par plus de fermeté dans l'application de la loi, pas seulement au niveau des policiers, mais aussi des tribunaux.

M. Poulin croit aussi qu'il y a un risque pour les gens d'affaires de voir leurs primes d'assurances augmenter. Au Bureau d'assurances du Canada, le responsable des médias, Alexandre Royer, précise qu'aucune étude de cas n'a été faite à la suite des différentes manifestations survenues à Montréal au cours de la dernière année. Mais il rappelle que dans le domaine de l'assurance, le principe est simple : plus on fait de réclamations, plus les primes risquent d'augmenter.