Critiquant le leadership de leur chef, Benoit Labonté, deux piliers de Vision Montréal ont démissionné de leurs fonctions, vendredi: Claire Saint-Arnaud, la leader de l'opposition officielle, et Robert Laramée, le conseiller spécial de M. Labonté dans l'arrondissement de Ville-Marie, quittent le parti municipal.

Éric Clément LA PRESSE

Autant Mme Saint-Arnaud, conseillère municipale dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, que M. Laramée, ex-directeur général de Vision Montréal, ont joué un rôle majeur pour favoriser la venue de Benoit Labonté dans ce parti il y a un an, le 25 novembre 2007.

Mme Saint-Arnaud, qui était également présidente du caucus de Vision Montréal, a dit à La Presse, vendredi, que «depuis l'été dernier, Benoit Labonté s'éloignait de ses élus, était dans sa bulle et travaillait en vase clos».

Déjà, il y a une semaine, elle a failli démissionner mais s'était ravisée. Finalement, elle a fait le constat que «ses attentes» ne seraient pas comblées. Elle siégera dorénavant comme indépendante.

«Quand j'ai travaillé pour que Benoit reprenne l'opposition et devienne le maire de Montréal, je n'ai jamais été aussi sincère de ma vie, dit-elle. Je croyais en lui fermement, mais je cherchais un chef. Pas un patron.»

De son côté, Robert Laramée était devenu conseiller politique spécial du maire Labonté dans Ville-Marie en juin dernier. Il a annoncé hier son départ à la fois du parti et de son emploi auprès de celui qui l'avait battu en novembre 2005 dans la course à la mairie de l'arrondissement. «Benoit Labonté n'est pas un gars d'équipe, dit-il. Et pourtant, j'ai cru en lui. Aujourd'hui, je me sens libéré.»

Dans la lettre qu'il a adressée à M. Labonté, Robert Laramée écrit : «Il y a maintenant plus d'une année, je vous ai choisi et j'avais cru possible que votre venue dans l'équipe de Vision Montréal offrirait une véritable alternative politique aux Montréalais mais bien plus, aux membres et aux élus de mon parti auquel j'appartenais depuis bientôt 15 ans. Je n'y crois plus et par honnêteté et intégrité, je quitte».

Robert Laramée dit que Benoit Labonté a fait fi «de ses idées et de ses énergies». «Je vais les offrir à d'autres, le temps venu, puisque lui n'en a pas besoin, dit M. Laramée. Je suis un petit peu tanné de ne servir que de représentant pour aller à des cocktails à titre de conseiller spécial de Ville-Marie.»

Gaétan Primeau, conseiller municipal dans le même arrondissement que Mme Saint-Arnaud, était surpris d'apprendre ces nouvelles. «Claire a travaillé très fort pour M. Labonté, dit-il. Je ne comprends pas. Quant à moi, j'ai de bonnes relations jusqu'à présent avec M. Labonté.» M. Primeau dit qu'il n'est pas question pour lui "pour l'instant" de quitter Vision Montréal.

L'été dernier, plusieurs personnes de l'entourage de Benoit Labonté sont parties, notamment son chef de cabinet, Pierre D'Amours, le 11 août, et le directeur général de Vision Montréal, Yves Lemire, le 22 août.

Par voie de communiqué, M. Labonté a remercié Mme Saint-Arnaud «pour tout le travail accompli» au sein de Vision Montréal. «Claire a toujours fait preuve d'un engagement sincère et défendu avec conviction les intérêts de ses commettants dans l'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve», a-t-il dit, ajoutant que «les décisions et changements initiés depuis son arrivée à la tête de Vision Montréal (peuvent) déplaire à certaines personnes».

«M. Labonté déçoit beaucoup de gens, a dit le conseiller Union Montréal de Ville-Marie Sammy Forcillo. Ces deux-là qui partent étaient un peu ses deux lieutenants. Il déçoit même ceux qui avaient mis toute leur confiance en lui. Ce n'est pas rassembleur. Il est incapable de travailler en équipe. J'ai travaillé avec lui et je peux vous dire que c'est un solitaire. En plus, il manque de vision.»