Après s’être réveillés, en 2017, avec un maire réélu sans opposition qui a fini déchu de ses fonctions pour manœuvres électorales frauduleuses, les citoyens de Saint-Jérôme ont aujourd’hui le choix entre trois candidats. La Presse est allée à leur rencontre.

Ariane Krol
Ariane Krol La Presse

(Saint-Jérôme) Des poteaux à trois pancartes électorales, comme on en croise ces jours-ci à Saint-Jérôme, les résidants n’avaient pas vu ça en 2017. Le maire sortant, Stéphane Maher, avait été élu avec toute son équipe de Vision Saint-Jérôme – dont la moitié, comme lui, sans opposition.

Or, ce vernis-là n’a pas tardé à craquer. Visé par des allégations de manœuvres électorales frauduleuses, le maire Maher a été l’objet d’une enquête du Directeur général des élections. Et, malgré les nombreux appels à se retirer de ses fonctions, il s’est accroché.

Le verdict est tombé plus de trois ans après le début de son mandat, le 30 novembre dernier. Pour avoir offert des emplois et d’autres avantages à deux de ses ex-conseillers pour qu’ils ne se représentent pas en 2017, Stéphane Maher a été déclaré inhabile à siéger. La conseillère de Vision Saint-Jérôme qui l’a remplacé en février dernier a démissionné après moins de deux mois, remplacée par une autre conseillère du parti, Janice Bélair-Rolland.

Au terme de ce mandat houleux, les Jérômiens ont maintenant le choix entre trois aspirants aux profils fort différents.

Janice Bélair-Rolland, 39 ans, Vision Saint-Jérôme

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Janice Bélair-Rolland, mairesse sortante et candidate à la mairie pour le parti Vision Saint-Jérôme

Élue en 2017, après avoir tenté vainement sa chance avec les libéraux aux élections fédérales de 2015, Janice Bélair-Rolland a fait carrière dans le secteur privé. Après 15 ans dans l’entreprise familiale, l’Académie des pompiers, où elle s’occupait des formations pour pompiers industriels, elle a travaillé en courtage immobilier. À la mairie, « j’ai eu l’impression de chausser de petites pantoufles que j’avais délaissées un peu plus tôt avec l’entreprise familiale », dit-elle. Emballée par « tout ce que je pouvais mener de l’avant », la mairesse sortante a décidé de se représenter.

Marc Bourcier, 64 ans, Avenir Saint-Jérôme

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Marc Bourcier, candidat à la mairie, chef du parti Avenir Saint-Jérôme

Ex-député péquiste de Saint-Jérôme, Marc Bourcier est un visage connu en ville. Élu en décembre 2016, ce retraité de l’enseignement a été défait par le caquiste Youri Chassin en 2018. Avant d’être député, il avait goûté au pouvoir municipal comme conseiller de Vision Saint-Jérôme en 2013. M. Bourcier a d’ailleurs recruté les deux ex-conseillers exclus par l’ancien maire Maher, André Marion et Mario Fauteux, pour leur offrir « une vraie chance de faire une campagne ». Il promet que les élus de son parti siégeront comme indépendants, afin d’assurer « une indépendance de parole ». Il s’engage aussi à réduire le salaire du maire de 16,5 % et à n’effectuer qu’un mandat.

Marc-Olivier Neveu, 21 ans, Mouvement jérômien

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Marc-Olivier Neveu, candidat à la mairie pour le parti Mouvement jérômien

Les dernières municipales ayant eu lieu cinq jours avant les 18 ans de Marc-Olivier Neveu, il n’a pu s’y présenter. Ce n’était pas faute d’intérêt de la part de celui qui dit avoir assisté à chaque séance du conseil depuis 2013. Après avoir milité au Bloc québécois et au Parti québécois, il a cofondé le parti municipal Mouvement jérômien en 2019 avec Simon Lynch et Marc-Antoine Lachance, qui se présentent comme conseillers. Les citoyens, dit-il, « auront le choix entre les gens qui sont là depuis plusieurs années et nous, le Mouvement jérômien, qui propose une nouvelle avenue ».

Quel développement pour Saint-Jérôme ?

Sur plusieurs priorités (ajouter du logement abordable, contrôler les taxes, améliorer le déneigement), les positions des trois candidats ne sont pas si éloignées.

Chacun défend aussi des dossiers qui lui sont propres.

Janice Bélair-Rolland fait valoir des réalisations des deux mandats de Vision, dont le Théâtre Gilles-Vigneault, la promenade qui longe la rivière du Nord et la gratuité des transports en commun.

Pour Marc Bourcier, par exemple, la Ville doit miser davantage sur son statut de « capitale de l’électrification des transports » – qu’il ne manque pas de rappeler avec un petit autobus scolaire décoré par ses soins aux couleurs du manufacturier local Lion Électrique.

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Autobus du constructeur local Lion Électrique, à Saint-Jérôme

Marc-Olivier Neveu propose notamment d’implanter des budgets participatifs, et de développer des « cœurs de quartier » dans les anciennes municipalités fusionnées de Bellefeuille, Lafontaine et Saint-Antoine.

C’est sur le développement du territoire que les divergences sont les plus criantes.

Saint-Jérôme compte quelque 80 000 habitants. Dans 20 ans, ils seront plus de 96 000, prévoit l’Institut de la statistique du Québec. Où logeront-ils, dans cette « capitale des Laurentides » où le taux d’inoccupation est inférieur à 1 % ?

Si Mme Bélair-Rolland et M. Neveu parlent tous deux de la nécessité de densifier le centre-ville, leurs visions des environs du lac Jérôme sont diamétralement opposées.

La Ville y a acquis, en 2015, 10 millions de pieds carré de terrain pour en faire le parc naturel du Lac-Jérôme. Mais une récente entente avec les promoteurs d’un projet de type écoquartier sur des terrains boisés adjacents au parc a suscité une levée de boucliers.

Pour le Mouvement jérômien, la Ville n’aurait jamais dû signer cette entente. Le parti promet d’imposer un moratoire sur le projet et de racheter les terrains.

L’écoquartier présenté à la Ville est « un super projet », maintient pour sa part la mairesse sortante. Son parti propose par ailleurs un moratoire général de six mois sur tout développement immobilier n’ayant pas encore reçu de permis, afin de revoir le plan d’urbanisme. Mais ce moratoire n’affectera pas le projet d’écoquartier, puisque le développement n’y sera pas encore commencé, estime Mme Bélair-Rolland.

Quand la Ville a racheté les terrains qui sont devenus le parc naturel du Lac-Jérôme, « il n’était pas question de faire du développement immobilier autour de ça », s’indigne pour sa part Marc Bourcier qui était conseiller au moment de la transaction. Mais racheter les terrains du promoteur, comme le propose le Mouvement jérômien, « c’est le pays des licornes », dit-il. Trop cher. Sa solution serait plutôt de faire une croix sur le projet de rue envisagé à l’intérieur du parc municipal pour accommoder le promoteur.