(Montréal) Québec allonge un autre 10 millions pour soutenir le transport interurbain par autocar en région.

Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne

L’annonce en a été faite mardi par le ministre du Transport, François Bonnardel.

Il s’agit d’une bonification de la première enveloppe d’aide d’urgence de 8,2  millions octroyée l’été dernier par le gouvernement Legault pour soutenir les compagnies de transport par autocar, sévèrement fragilisées par la pandémie.

Rejoint par La Presse Canadienne, le ministre Bonnardel a reconnu qu’il fallait un coup de pouce supplémentaire, d’autant plus que le programme initial avait pris fin à la mi-octobre et que le deuxième confinement à l’automne avait porté un dur coup à l’industrie.

« On a remis le programme en place jusqu’au 31 mars, on l’a bonifié, on l’a rendu rétroactif au16 octobre dernier pour compenser les pertes de certains. »

Les restrictions de déplacement et la baisse dramatique de l’achalandage forcent depuis plusieurs mois les entreprises à faire circuler des autobus parfois presque vides. Pour cette raison, seules quelques lignes principales ont été maintenues, notamment entre Montréal et Québec, Montréal et Sherbrooke, Montréal et Rouyn-Noranda, Québec et Rimouski et Québec et Saguenay. La semaine dernière, Keolis annonçait la fin de la desserte entre Rimouski et la péninsule gaspésienne à compter du 7 février.

Ailleurs, plusieurs lignes régionales ont vu leur fréquence réduite au minimum et certaines régions ne sont plus desservies du tout, notamment tout le Lac-Saint-Jean, la Côte-Nord, le Témiscamingue et l’ensemble de l’Abitibi à l’exception de Rouyn-Noranda et Val-d’Or, pour ne nommer que celles-là.

Soutien aux dessertes secondaires

Contrairement à l’aide initiale de juillet dernier, Québec étend cette fois son aide financière aux liaisons régionales secondaires.

« On a mieux précisé le volet des lignes secondaires dans le programme pour être capables de bien identifier et de supporter les lignes principales et les lignes secondaires », explique le ministre Bonnardel.

Il fait valoir que ce n’est pas seulement pour Keolis qui, outre l’annonce de fin de service en Gaspésie, a abandonné les villes intermédiaires telles que Drummondville et Victoriaville sur sa route Montréal-Québec, ne conservant que la liaison express et une desserte de Trois-Rivières par jour sur la couronne nord du Saint-Laurent.

Certes, l’aide offerte n’est pas conditionnelle et il n’y a pas d’obligation imposée aux transporteurs qui en feront la demande de recommencer à desservir les liaisons régionales secondaires.

« Il est peut-être prématuré de dire à tout le monde : vous devez recommencer vos opérations et desservir toutes les destinations que vous aviez, mais ce que je veux minimalement, c’est que les régions soient mieux desservies et qu’elles obtiennent un service minimal », précise le ministre.

Ce qui ne l’empêche pas de brandir le bâton avec la carotte.

« Il est certain que je pourrais intervenir auprès de la Commission des transports (du Québec, CTQ) si je considérais (qu’un transporteur) ne respectait pas son contrat, par exemple. Je pourrais aller jusqu’à demander à la CTQ d’utiliser ses pouvoirs pour faire respecter ses engagements de desserte. »

Il s’attend toutefois à ce que les transporteurs rehaussent leur offre dans les régions avec l’argent disponible.

5,2 millions laissés dans les coffres

François Bonnardel admet sans détour que la première enveloppe de 8,2  millions a à peine été entamée.

« La première tranche de 8,2  millions, on en a dépensé à peu près 2  millions. Avant le deuxième confinement, du début de l’automne jusqu’au 16 octobre, ça allait bien. Ce n’était pas parfait, mais ça allait beaucoup mieux. Les demandes étaient moindres et, donc, on n’a pas prolongé le programme. »

Il précise qu’un autre million représente des demandes en analyse, de sorte qu’il reste 5,2  millions inutilisés. Avec l’annonce de mardi, l’enveloppe disponible atteint en fait 15,2  millions.

Le ministre des Transports n’est pas certain des raisons qui ont fait en sorte que l’argent dorme toujours dans les coffres de l’État, mais il avance deux hypothèses : d’une part, les transporteurs avaient repris un peu de leur erre d’aller avec l’ouverture des régions durant l’été et, d’autre part, le volet d’aide pour les routes secondaires n’était probablement pas adapté à leur réalité dans le premier programme.

Quoi qu’il en soit, l’aide sera substantielle, dit-il.

« On va rembourser 75 % des déficits rétroactivement au 16 octobre. Ces sociétés, qui opéraient des lignes secondaires, vont se voir rembourser quand même des sommes considérables. On va leur demander un certain effort dans un partage trois quarts/un quart. […] Je suis persuadé que, d’ici au 31 mars, on va être capable de répondre aux différentes sociétés et assurer une liaison et une fréquence — et je ne demande pas maximale, je demande minimale », précise-t-il, tout en ajoutant qu’il pourrait prolonger au-delà du 31 mars « s’il le faut ».

Municipalités : un modèle d’affaires à revoir

Les deux regroupements municipaux, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) et la Fédération québécoise des municipalités (FQM), ont accueilli avec soulagement cette annonce.

Dans son communiqué, l’UMQ rappelle que « la question du transport interurbain par autobus est l’une de celles qui reviennent périodiquement à l’avant-plan en raison des difficultés à assurer son financement et à maintenir l’offre de services ». Elle ajoute que, lorsque la pandémie sera derrière nous, « il sera nécessaire de se pencher sur le modèle d’affaires actuellement en vigueur à cet effet et de repositionner l’enjeu du financement dans une réflexion plus globale sur le transport collectif ».

Le président de la FQM, Jacques Demers, dont l’organisme représente les MRC et municipalités des régions, abonde dans le même sens. Il va cependant plus loin, ajoutant que « le modèle actuel favorise malheureusement la desserte des liaisons les plus rentables au détriment des régions » et ajoute qu’il faut « éviter de retomber dans une situation où les municipalités sont prises en otage », évoquant la décision unilatérale de Keolis Canada par rapport à la desserte de la Gaspésie.